Soupçons de traite de femmes: une Américaine expertisée dans l'enquête française sur Al-Fayed information fournie par AFP 27/04/2026 à 11:05
Une Américaine a été récemment expertisée en France par une psychologue dans l'enquête parisienne visant l'ancien propriétaire du Ritz Mohamed Al-Fayed, soupçonné notamment de traite de femmes, "une étape clé" dans les affaires de violences sexuelles, selon son avocate.
A l'experte, Pelham Spong, 42 ans et originaire de Caroline du Sud, a raconté fin mars "l'ampleur" qu'a pris cette affaire dans sa vie. "Il y a mon histoire, mais je connais une trentaine de femmes victimes. A chaque fois qu'une femme me raconte son histoire, la douleur se multiplie. Toutes ces histoires vivent en moi", a-t-elle confié, lors d'un entretien avec l'AFP pendant son séjour à Paris.
"L'expertise est une étape clé pour mesurer le retentissement des faits sur les victimes", a souligné auprès de l'AFP son avocate, Me Anne-Claire Le Jeune. "Dans des affaires de violences sexuelles, où les faits sont parfois durs à établir, elle apporte un éclairage technique, de nature à corroborer les déclarations des plaignantes".
Longtemps installé à Londres, l'Egyptien Mohamed Al-Fayed est décédé à 94 ans en 2023, sans jamais être inquiété en dépit de plaintes auprès de la police britannique sur ses agissements qui auraient duré plus de 35 ans.
Une enquête journalistique de la BBC a relancé l'affaire en septembre 2024. Mi-février 2026, la police londonienne indiquait avoir recueilli les témoignages de "154 victimes". Mais son travail reste critiqué par des plaignantes, qui lui reprochent de minimiser les faits.
Et plusieurs femmes ont décidé de placer leurs espoirs dans la justice française.
Le parquet de Paris est le premier à avoir, à l'été 2025, ouvert une enquête pour traite d'êtres humains afin de faire la lumière sur ce réseau présumé qui se serait aussi étendu en France et de rechercher des complices éventuels.
Dans sa plainte déposée à Paris, Pelham Spong raconte, qu'en août 2008 dans la capitale française, une recruteuse lui a proposé un travail d'assistante de direction chez Al-Fayed, propriétaire de l'hôtel 5 étoiles Le Ritz, et de Harrods, temple du luxe de Londres.
- "Instinct de survie" -
Pelham Spong décrit notamment une rencontre avec Al-Fayed au Ritz, dont elle accuse la direction d'avoir été "au courant de l'utilisation de l'hôtel comme base" pour "interroger et sélectionner" des femmes, ensuite "envoyées au Royaume-Uni, et ailleurs dans le monde, pour être agressées sexuellement".
Elle indique avoir passé "une semaine d'orientation professionnelle" à Londres. Elle dénonce alors un examen médical avec des actes gynécologiques et affirme qu'Al Fayed l'a reçue dans son bureau à 22h30, "dans une sorte de robe de soie" pour lui signifier que son futur poste inclurait "des relations sexuelles avec lui".
"Tout mon coeur a fait +Oh fuck !+ Mais j'ai ri", confie-t-elle, voulant croire à "une blague". "Je suis sérieux. Vous allez faire l'amour avec moi", aurait-il insisté. "Je lui ai répondu que je ne pouvais pas faire ça. Il a commencé à être plus agressif et il m'a dit, +Dieu t'a donné un cerveau. Dieu t'a donné la beauté. Pourquoi tu ne t'en sers pas ?+. Comme si j'étais stupide de ne pas servir de mon corps pour avancer dans la vie".
Pelham Spong affirme qu'Al-Fayed l'a alors embrassée de force. Pourquoi avoir poursuivi le recrutement ? "Par instinct de survie", répond Pelham Spong, qui espérait pouvoir convaincre le milliardaire de l'embaucher sans rapport sexuel. En vain. Alors Pelham Spong n'accepte pas le job.
A posteriori, Pelham Spong analyse "l'organisation et la facilitation de (son) arrivée à Londres depuis Paris" comme "une traite vers le Royaume-Uni à des fins d'exploitation sexuelle".
Sollicité fin février par l'AFP, le Ritz s'était dit "profondément attristé par les témoignages" et affirmait vouloir "coopérer pleinement". De son côté, Harrods a mis en place au Royaume-Uni un processus d'indemnisation.
Mi-avril, dans une lettre adressée "aux survivantes" dont l'AFP a eu connaissance, la police britannique a indiqué avoir interrogé "quatre suspects" en février et en mars dans son enquête sur "ceux qui ont facilité les agissements de Mohamed Al-Fayed".