Sécurité de la Norvège : le plus gros fonds du monde pourrait rouvrir la porte aux fabricants d'armes nucléaires
information fournie par Boursorama avec Media Services 15/10/2026 à 11:49

Le ministre des Finances norvégien, Jens Stoltenberg, ancien secrétaire général de l'Otan, a pointé le "paradoxe" qui empêchait le pays d'investir dans un secteur pouvant contribuer à la défense du pays scandinave dans le contexte de réarmement mondial.

Jens Stoltenberg, ministre norvégien des Finances et ancien secrétaire général de l'Otan, à Oslo, le 18 août 2025 ( NTB / FREDRIK VARFJELL )

Oslo appelé au pragmatisme face aux tensions du monde ? Le fonds souverain de la Norvège, le plus gros au monde avec plus de 2.000 milliards d'euros d'actifs, devrait de nouveau être autorisé à investir dans des entreprises impliquées dans la fabrication d'armes nucléaires, a estimé une commission consultative jeudi 15 octobre.

Fin juin, la valeur du fonds souverain de Norvège atteignait la somme vertigineuse de 22.683 milliards de couronnes, soit 2.071 milliards d'euros.

Pour des raisons d'éthique, le fonds exclut aujourd'hui 14 sociétés, dont des géants comme Airbus, BAE Systems, Boeing, Lockheed Martin et Safran, qui développent ou produisent des armes nucléaires ou certains de leurs composants.

Sur fond de critiques visant l'exposition du fonds à des groupes accusés de jouer un rôle dans la guerre à Gaza, le gouvernement norvégien a ordonné un passage en revue de ses règles éthiques.

Une commission mise sur pied à cette fin et présidée par un ancien gouverneur de la banque centrale norvégienne, Svein Gjedrem, a rendu ses recommandations jeudi.

"Des entreprises susceptibles d'être déterminantes pour la sécurité de la Norvège"

Les producteurs d'armes nucléaires resteraient exclus "sauf s'il s'agit d'une entreprise établie dans un État doté de l'arme nucléaire au sens du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) et allié de la Norvège", énonce le rapport.

"Cela signifie que plusieurs entreprises d'armement britanniques, françaises et américaines seront réintégrées dans le fonds" , a décrypté M. Gjedrem en présentant le document de 434 pages. Les autres critères d'exclusion éthique comme la fabrication de certaines armes (biologiques, chimiques, mines, bombes à fragmentation...), l'extraction de charbon, la production de tabac ou de cannabis, resteraient, eux, inchangés, selon la commission.

Le rapport a été remis au ministre des Finances Jens Stoltenberg, anciennement secrétaire général de l'Otan. Concernant les producteurs d'armes nucléaires, M. Stoltenberg a relevé "le paradoxe" qui veut aujourd'hui que "le fonds norvégien ne puisse pas investir dans des entreprises susceptibles d'être déterminantes pour la sécurité de la Norvège" à l'heure où la Russie multiplie les menaces d'emploi de l'arme atomique et où la Chine muscle son propre arsenal.

La commission recommande aussi une réforme du Conseil d'éthique, organisme indépendant aujourd'hui chargé de fournir des recommandations à la Banque de Norvège qui gère le fonds.

Le Conseil resterait chargé d'évaluer les risques de violations graves par les entreprises des normes éthiques, mais il perdrait la possibilité, déjà mise en pause, de recommander directement l'exclusion de ces sociétés du portefeuille. Les recommandations contenues dans le rapport doivent encore être soumises à consultation avant que le gouvernement ne présente ses conclusions au Parlement au printemps 2027. Certains partis, en particulier à gauche, ont d'ores et déjà critiqué le rapport, une responsable écologiste le qualifiant de "totalement insensé". Avec, notamment, des participations dans plus de 7.000 entreprises à travers le monde, le fonds norvégien est le plus gros investisseur individuel au monde. Il détient en moyenne 1,5% de toutes les entreprises cotées sur la planète.

Mastodonte d'investissements

Alimenté par les revenus pétroliers de l'Etat norvégien, le fonds était à la fin juin investi en actions à travers le monde à hauteur de 72,1%, en obligations (25,8%), dans l'immobilier (1,6%) et dans les projets d'énergies renouvelables non cotés (0,5%). Les placements en actions ont rapporté 13% sur le dernier semestre.

Le fonds est le plus gros investisseur unique au monde. Détenant des participations dans près de 7.100 entreprises, il contrôle en moyenne 1,5% de chaque groupe coté sur la planète. En valeur, ses placements les plus importants sont dans Nvidia (612 milliards de couronnes), Apple (522 milliards), Alphabet (499 milliards), Microsoft (347 milliards) et TSMC (332 milliards).