Sécheresse: plus d'un milliard d'euros pour soutenir l'agriculture
information fournie par AFP 04/09/2026 à 14:02

La ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, le 4 septembre 2026 à Paris ( AFP / LOU BENOIST )

Après un été de canicules, incendies et sécheresse inédits, le gouvernement a annoncé vendredi un milliard d'euros d'aides d'urgence pour soutenir une agriculture française éprouvée, des annonces jugées insuffisantes par les représentants du secteur.

"Le pays a un double impératif devant lui: indemniser les pertes pour éviter des faillites et relancer la production agricole. (...) Car si nous perdons structurellement en potentiel productif, nous perdrons des paysages, des parts de marché, de la souveraineté, des produits de qualité", a dit la ministre de l'Agriculture Annie Genevard, lors d'une conférence de presse.

"Dossier numéro un de la rentrée", avait assuré le Premier ministre Sébastien Lecornu, l'agriculture bénéficiera donc d'un milliard d'euros d'"argent nouveau", a annoncé Mme Genevard.

"C'est une réponse forte, un effort conséquent de solidarité de la part de tous les Français dans une situation budgétaire difficile," a-t-elle ajouté.

Mais pour la FNSEA, elle "n'est pas à la hauteur", a dit à l'AFP son secrétaire général Hervé Lapie. "On a une perte de 10 milliards, il nous faut au moins deux milliards".

Pour Stéphane Galais, porte-parole de la Confédération paysanne qui espérait au moins trois milliards, le plan exclut plus de 80% des paysans.

Le secteur agricole exprime sa détresse, avec des pertes de rendement pouvant atteindre 50 %, et même 80% dans les productions végétales, et un élevage très fragilisé par des pertes de fourrage voire d'animaux pour la volaille.

Ces financements passeront notamment par l'indemnisation de solidarité nationale (ISN), principal dispositif de l'État pour compenser les pertes de récolte liées aux aléas climatiques exceptionnels, une mesure qui intervient au-delà d'un certain seuil de pertes.

Le gouvernement estime le montant nécessaire à 520 millions d'euros et promet d'accélérer "avances et paiements".

Egalement prévu dans ce plan, baptisé CASI (Climat, Adaptation, Sécheresse, Incendie), un dégrèvement de taxe foncière sur les propriétés non bâties (TFPNB) au bénéfice "des exploitations agricoles les plus durement touchées", pour 330 millions d'euros.

"Anticiper l'avenir"

Des champs après une récolte précoce de céréales précipitée par une vague de chaleur et la sécheresse, près de Monbahus, dans le sud-ouest de la France, le 8 juillet 2026 ( AFP / Philippe LOPEZ )

"Deuxième objet de ce plan", permettre une poursuite de l'activité agricole, a dit la ministre: "nous assurer que nous ne perdrons pas d'animaux, que les semis seront bien réalisés pour l'an prochain, car il en va de notre souveraineté agricole et de la pérennité de toute la chaîne économique".

D'où la création d'un "fonds de réarmement agricole" de 235 millions d'euros, sous le pilotage des préfets, pour l'achat de fourrages, semis, indemniser les dommages d'incendies, etc.

Ce fonds sera disponible "dès la semaine prochaine", a dit Mme Genevard, ajoutant que la répartition par départements est en cours.

Le gouvernement veut aussi "renforcer" la prise en charge des cotisations sociales MSA (20 millions d'euros "dès l'automne"), et l'accompagnement social et psychologique.

Au total les financements nouveaux s'élèvent à quelque 1,1 milliard d'euros, Mme Genevard évoquant parmi leur provenance des crédits de son ministère "dégelés".

Jeudi, Sébastien Lecornu a demandé des "économies nouvelles" dans le budget 2026 par des gels et annulations de dépenses pour financer ces aides.

L'attente des agriculteurs est énorme tant la situation de certains d'entre eux est désespérée, avec une estimation de 30 à 35.000 exploitations en péril.

Après sa conférence de presse, Mme Genevard était attendue à la foire agricole de Châlons.

Les associations de l'élevage de la FNSEA ont, à elles seules, estimé à plus de 5 milliards d'euros le surcoût lié au manque de fourrage provoqué par la sécheresse.

La Confédération paysanne préconisait une aide directe de 5.000 euros par agriculteur, soit un total de deux milliards, pour qu'aucune ferme ne disparaisse.

Pour Thomas Obrecht, céréalier de la FDSEA (150 ha à Kunheim, Haut-Rhin), ce milliard "c'est toujours ça de pris, mais ça ne pèse pas bien lourd quand on voit le niveau de pertes de production", qu'il évalue, dans la plaine d'Alsace, à 50% pour les cultures non irriguées.

"C'est bien si cette année on compense, mais il faudrait plus nous aider à changer les choses, à s'équiper, protéger certaines cultures... plus pour anticiper l'avenir que pour tout le temps vivre sous perfusion", a réagi Marylène Bordy, maraîchère (1 ha) à Chaumergy (Jura). "Sinon c'est sans fin."

La ministre a promis "dans les prochaines semaines un plan pour le rebond qui lui aussi sera massif", avec "des dispositions dans le futur budget".

Interrogée sur la transition agroécologique, l'éventuelle relocalisation de cultures, elle estime que "les agriculteurs n'ont pas attendu qu'on leur fasse la leçon", ajoutant que "c'est toute une conversion de l'appareil de production agricole qu'il nous faudra faire dans les années qui viennent".