Sabotage du gazoduc Nord Stream en 2022 : le parquet allemand accuse les autorités ukrainiennes d'avoir ordonné l'opération
information fournie par Boursorama avec Media Services 02/07/2026 à 15:23

L'Ukraine n'a jamais reconnu sa responsabilité dans le sabotage, mais elle n'a pas plus caché sa satisfaction après le sabotage.

La station de reception de Nord Stream 2 à Lubmin, en Allemagne. (illustration) ( AFP / JOHN MACDOUGALL )

Ce sont les autorités ukrainiennes qui ont commandité le sabotage des gazoducs russo-allemands Nord-Stream peu après l'invasion russe de l'Ukraine, a accusé jeudi 2 juillet le parquet allemand au lendemain de l'inculpation d'un premier suspect.

Le suspect "et d'autres militaires ont élaboré, à la demande des autorités ukrainiennes, un plan visant à détruire les gazoducs Nord Stream 1 et Nord Stream 2 ", a indiqué le parquet dans un communiqué, rappelant que ces conduites sous-marines ont été sabotées à l'explosif en septembre 2022.

Il est accusé d'un "crime de guerre consistant en une attaque contre des infrastructures civiles" , d'avoir "causé une explosion à l'aide d'explosifs", de destruction d'ouvrage et de "perturbation d'installations publiques".

L'Ukraine a toujours démenti avoir orchestré le sabotage, mais elle n'a pas non plus caché sa satisfaction, jugeant légitimes toute attaque en mesure d'affaiblir la capacité du Kremlin à financer sa guerre. Dans des propos rapportés par des médias ukrainiens, le président Volodymyr Zelensky a jugé mercredi, jour de l'annonce de l'inculpation, "prématuré" de réagir, n'ayant pas "le détail de ce processus".

L'accusé avait été arrêté le 21 août 2025 en Italie puis extradé en septembre d'Italie vers l'Allemagne. Son avocat italien, Nicola Canestrini, réagissant dans un communiqué à l'inculpation, a dit ne pas "en avoir peur" car un "procès (...) démontrera qu'une condamnation de l'accusé est hors de question".

"Accusations tronquées"

Il a ensuite vivement dénoncé le chef d'accusation de "crime de guerre", relevant que celui-ci n'était pas dans le dossier de l'accusation pour obtenir son extradition, qui ne contenait, selon lui, que des poursuites pour sabotage et destruction d'infrastructures. "L'accusation la plus grave au regard du droit pénal international a été délibérément omise du mandat d'arrêt et n'a été ajoutée qu'après", a-t-il dénoncé, jugeant que le transfert vers l'Allemagne avait donc "été obtenu en présentant de manière trompeuse un ensemble tronqué de chefs d'accusation" .

Identifié alors sous le nom de Serguiï Kuznietsov, le suspect avait affirmé qu'il était à l'époque des faits, et jusqu'en 2023, un commandant de l'armée ukrainienne et soutenait qu'il était en Ukraine au moment du sabotage.

Selon l'accusation, le suspect et ses complices (plongeurs, skipper et artificier) ont loué un voilier en Allemagne avant de mettre cap sur l'île danoise de Bornholm. De là, son équipe a fixé des charges explosives sur les tuyaux, avant de les activer et de détruire les gazoducs.

Financer la guerre russe

"L'objectif était d'empêcher durablement les livraisons de gaz via les gazoducs et de faire en sorte que la Russie ne puisse plus utiliser les revenus issus du commerce du gaz naturel pour financer son effort de guerre", note le parquet.

Nord Stream 2 n'était pas en service alors. Nord Stream 1 fournissait lui, avant l'invasion russe de l'Ukraine, "environ la moitié des besoins annuels en gaz naturel" de l'Allemagne, rappelle le communiqué.

Moscou s'était félicité pour sa part de l'arrestation de Kuznietsov en août 2025, et réclamé que l'enquête identifie aussi "les commanditaires". Un an plus tôt, la diplomatie russe accusant Washington d'avoir donné "l'ordre".

Avant même la guerre en Ukraine, Berlin avait été critiqué pour la construction de Nord Stream, lancé en 2011, car les tubes ont accru la dépendance énergétique européenne à l'égard d'un pays hostile. Après l'invasion, l'UE a d'ailleurs dû mettre fin à l'essentiel de ses importations d'hydrocarbures russes, entraînant une envolée des coûts de l'énergie.