Russie: six militants antiguerre condamnés à de lourdes peines de prison
information fournie par AFP 08/04/2026 à 15:13

Des militants russes antiguerre du mouvement de jeunesse pro-démocratie Vesna attendent dans le box des accusés l'annonce de leur verdict au tribunal de Saint-Pétersbourg, le 8 avril 2026 ( AFP / Olga MALTSEVA )

Un tribunal de Saint-Pétersbourg a condamné mercredi six militants russes antiguerre du mouvement de jeunesse pro-démocratie Vesna à des peines allant de 6 à 12 ans de prison, a constaté une journaliste de l'AFP présente à l'audience.

Agés de 24 à 30 ans, Anna Arkhipova, Vassili Neoustroïev, Ian Ksenjepolski, Evguéni Zateïev, Pavel Sinelnikov et Valentin Khorochenine étaient notamment accusés de "participation à une organisation extrémiste", "appels publics contre la sécurité de l'Etat" et diffusion de "fausses informations" sur les forces armées russes.

Depuis l'attaque à grande échelle contre l'Ukraine en février 2022, le pouvoir russe réprime toute critique du conflit et a déjà condamné à de lourdes peines des centaines de personnes qui avaient dénoncé la guerre.

Le mouvement Vesna (Printemps, en russe), né en 2013 à Saint-Pétersbourg, avait été déclaré à l'automne 2022 "extrémiste" et "agent de l'étranger", en pleine vague de mobilisation militaire en Russie, contre laquelle cette organisation s'était opposée.

Les six accusés sont apparus mercredi dans une salle d'audience bondée. Après l'annonce du verdict, plusieurs personnes ont crié "la honte!" et d'autres se sont mises à pleurer, a rapporté une journaliste de l'AFP.

Ces militants avaient été arrêtés dans différentes villes, le 6 juin 2023, et se trouvaient depuis en détention provisoire. Tous sont reconnus comme "prisonniers politiques" par l'organisation Memorial, également bannie en Russie.

La militante russe antiguerre Anna Arkhipova du mouvement Vesna, dans le box des accusés, attend le verdict au tribunal de Saint-Pétersbourg, le 8 avril 2026 ( AFP / Olga MALTSEVA )

"Ma motivation est simple: je suis contre la guerre. Je veux le meilleur avenir possible pour la Russie", avait déclaré fin février Anna Arkhipova, 28 ans, lors de sa dernière prise de parole au tribunal avant le verdict, citée par le média spécialisé Mediazona, classé "agent de l'étranger" par les autorités russes.

Anna Arkhipova a été condamnée à la plus lourde peine: 12 ans d'emprisonnement.

Auprès de l'AFP, Lina, l'épouse d'un des autres accusés, Evguéni Zateïev, 24 ans, condamné à six ans et deux mois de prison, a dit être soulagée que son mari n'écope pas d'une peine plus sévère.

Mais elle a dénoncé les sentences "monstrueuses" décidées contre Anna Arkhipova, Ian Ksenjepolski et Vassili Neoustroïev, condamnés respectivement à 12, 11 et 10 ans d'emprisonnement. "J'espère que ceux qui sont coupables de ces répressions seront punis un jour", a-t-elle affirmé, sous donner son nom de famille.

Pour sa part, Lioudmila Vassilieva, 84 ans, une militante antiguerre et survivante du siège de Léningrad (1941-1944), a dénoncé après le verdict la persécution de "ces jeunes gens qui sont l'avenir" de la Russie, a-t-elle dit à l'AFP.

Le mouvement Vesna, peu connu avant 2022, était né d'une scission au sein du parti politique libéral Iabloko. Il était ouvert aux Russes âgés de 14 à 35 ans.

Même s'il ne comptait qu'une centaine de membres actifs dans ses rangs, il était parvenu à se faire un nom, notamment à Saint-Pétersbourg, après plusieurs actions spectaculaires anti-Kremlin, avant la guerre.

Après l'assaut de Moscou contre l'Ukraine, alors que les principales figures de l'opposition étaient déjà en prison ou en exil, il avait appelé les Russes à manifester et coordonné des rassemblements en faveur de la paix.

Mais c'est après avoir organisé des manifestations contre la vague de mobilisation militaire ordonnée en septembre 2022 par Vladimir Poutine pour poursuivre l'offensive en Ukraine qu'il s'était vraiment retrouvé dans le viseur des autorités, qui avaient ensuite entamé des poursuites contre ses membres.