Russie: quinze hommes condamnés à la perpétuité pour l'attaque jihadiste du Crocus City Hall en 2024 information fournie par AFP 12/03/2026 à 11:16
La justice russe a condamné jeudi à la perpétuité les quatre tireurs ainsi que onze complices de l'attaque jihadiste du Crocus City Hall qui avait fait 150 morts près de Moscou en 2024, le pire attentat en Russie depuis près de 20 ans.
Des hommes armés avaient fait irruption le 22 mars 2024 dans la salle de concert avant de tirer sur la foule et d'y mettre le feu, une attaque revendiquée par le groupe Etat islamique (EI) - sa plus sanglante sur le continent européen.
Un juge russe a prononcé ce verdict contre les quatre assaillants, Chamsidine Faridouni, Dalerdjon Mirzoïev, Makhammadsobir Faïzov et Saïdakrami Ratchabolizoda, tous citoyens du Tadjikistan, lors d'une audience à Moscou selon une journaliste de l'AFP sur place.
Ils avaient ouvert le feu au Crocus City Hall peu avant un concert de rock et incendié le bâtiment, piégeant de nombreuses personnes à l'intérieur.
Onze autres hommes considérés comme leurs complices ont également été condamnés à la perpétuité.
Lors du verdict, plusieurs hommes sont apparus, la tête baissée, dans la cage en verre réservée aux accusés, devant des agents des forces de sécurité.
Ce verdict est conforme aux réquisitions du parquet.
Quatre autres hommes jugés parallèlement pour liens avec le terrorisme ont reçu des peines allant de 19 ans et 11 mois d'emprisonnement à 22 ans et six mois de prison. L'ensemble du procès s'était déroulé à huis clos jusqu'au verdict public.
L'attaque, qui a fait 150 morts et plus de 600 blessés, dont des enfants, avait provoqué une onde de choc en Russie, alors que le pays était à l'époque engagé depuis deux ans dans un conflit militaire meurtrier en Ukraine.
Ivan Pomorine, un directeur de la photographie de 45 ans, était présent dans la salle de spectacle le soir du massacre. Il devait filmer le concert.
"On dirait qu'ils (les accusés) ne sont pas ceux qui ont pu organiser l'attaque", a-t-il dit à la presse depuis la salle d'audience, appelant à poursuivre en justice tous les responsables de l'attentat.
"Le deuxième anniversaire approche et pour nous, c'est comme si c'était hier", a-t-il ajouté.
Le Kremlin avait pointé du doigt une implication de Kiev dans cet attentat mais n'a jamais étayé ses accusations. Les autorités ukrainiennes ont démenti toute responsabilité.
Jeudi, dans un communiqué, le Comité d'enquête russe, l'un des principaux organes judiciaires du pays, a affirmé que ce "crime inhumain" avait été "planifié et commis" dans l'intérêt du gouvernement ukrainien pour "déstabiliser la situation politique" en Russie.
Selon cette source, plusieurs accusés avaient également projeté de faire exploser un complexe de loisirs dans la ville de Kaspiisk, dans la région russe du Daguestan, mais ce projet avait été déjoué.
Après l'attaque, la Russie avait renforcé ses lois et son discours anti-migrants, alors que de très nombreux ressortissants d'Asie centrale vivent et travaillent dans le pays. Ce virage avait conduit à des tensions entre Moscou et les pays de la région.
- Pire attaque depuis Beslan -
Les quatre assaillants, âgés de 20 à 31 ans à l'époque, travaillaient comme chauffeur de taxi, ouvrier d'usine ou du bâtiment. Quelques heures après l'attaque, les forces de l'ordre avaient affirmé les avoir arrêtés alors qu'ils tentaient de fuir au Bélarus et en Ukraine.
Ils avaient ensuite été présentés devant un juge, apparaissant devant les caméras le visage tuméfié et avec des traces visibles de torture, tandis que l'un d'entre eux avait été amené inconscient en fauteuil roulant.
Outre les assaillants, 15 autres personnes étaient jugées pour leur avoir vendu une voiture, loué un appartement et d'autres accusations.
Selon l'agence de presse étatique TASS, deux de ces complices présumés ont demandé au tribunal d'être envoyés combattre en Ukraine plutôt que d'être condamnés à la prison à perpétuité.
L'avocat de l'un d'entre eux a expliqué que son client voulait "racheter sa culpabilité par le sang".
La Russie a été visée par de multiples attentats depuis une trentaine d'années, notamment à Moscou et dans le Caucase russe.
L'armée russe a mené deux guerres en Tchétchénie dans les années 1990 et 2000 contre une rébellion séparatiste qui s'est progressivement islamisée avant de prêter allégeance à l'EI en 2015.
Si l'influence du groupe jihadiste est aujourd'hui limitée, des attaques se produisent encore périodiquement, en particulier en Tchétchénie et au Daguestan, ou dans des prisons russes.