Russie-Les mercenaires de Wagner rentrent dans leurs bases, le calme règne à Moscou
information fournie par Reuters 25/06/2023 à 11:42

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      Les combattants de Wagner ont quitté Rostov
    

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      Prigojine arrête la progression de ses hommes vers Moscou
    

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      Un accord prévoit son installation en Biélorussie -
Kremlin
    

  
       ROSTOV-SUR-LE-DON/VORONEJ, 25 juin (Reuters) - Les
mercenaires du groupe Wagner emmenés par Evguéni Prigojine se
sont retirés au cours de la nuit de samedi à dimanche de
Rostov-sur-le-Don, dans le sud de la Russie, après avoir mis fin
à leur progression vers Moscou qui, pendant toute une journée, a
constitué un défi sans précédent pour le président russe
Vladimir Poutine en 23 années de pouvoir.
    Dans le cadre d'un accord présenté comme le fruit d'une
médiation du président biélorusse Alexandre Loukachenko, les
combattants de Wagner, qui servent de supplétifs à l'armée russe
dans la guerre en Ukraine, ont accepté de rentrer dans leurs
bases et obtenu des garanties pour leur sécurité tandis que leur
chef est censé s'installer en Biélorussie.
    On ignore où se trouve Evguéni Prigojine ce dimanche. Des
vidéos l'ont montré samedi soir quitter à bord d'un SUV le
quartier général de l'armée russe à Rostov-sur-le-Don, qui sert
de base logistique à l'"opération militaire spéciale" en
Ukraine.
    Sur ces images, on peut aussi voir des habitants acclamer
les mercenaires.
    Considéré jusqu'à présent comme un allié de Vladimir
Poutine, Evguéni Prigojine a justifié son coup de force par sa
volonté d'écarter les commandants militaires russes, au premier
rang desquels le ministre de la Défense Sergueï Choïgou et le
chef d'état-major Valéry Guérassimov, qu'il accuse de faillir en
Ukraine par leur corruption et leur incompétence.
    "En 24 heures, nous nous sommes approchés à moins de 200 km
de Moscou. Durant ce temps, nous n'avons pas fait verser la
moindre goutte de sang de nos combattants", a dit le chef de
Wagner, en tenue militaire, dans une vidéo tournée dans un lieu
non précisé.
    "Ayant conscience (...) que du sang russe serait versé d'un
côté, nous faisons faire demi-tour à nos colonnes et retournons
vers nos bases de combat comme prévu."
    
    JOUR CHÔMÉ LUNDI À MOSCOU
    Après avoir pris Rostov, ses mercenaires ont parcouru samedi
plusieurs centaines de kilomètres vers le nord en direction de
Moscou dans ce qu'Evguéni Prigojine a qualifié de "marche pour
la justice". Emmenant avec eux des chars et des blindés, les
hommes de Wagner ont brisé les obstacles érigés pour tenter de
freiner leur progression, a-t-on pu voir sur des vidéos.
    A Moscou, les autorités avaient alors conseillé aux
habitants de rester chez eux et déployé l'armée en prévision de
l'arrivée des combattants de Wagner, qui n'ont guère semblé
rencontrer de résistance de la part de l'armée régulière.
    Après la volte-face d'Evguéni Prigojine, la capitale de la
Russie était calme ce dimanche, avec peu de signes témoignant
d'un éventuel renforcement des mesures de sécurité. Lundi a été
déclaré jour chômé afin de permettre un apaisement complet.
    Toutes les restrictions de déplacement ont été levées
dimanche dans la région de Rostov, ont déclaré les autorités
locales citées par les agences de presse russe.
    Le gouverneur de la région de Voronej au nord de Rostov,
Alexandre Goussev, a pour sa part déclaré sur Telegram que "les
mouvements des unités de Wagner dans la région de Voronej
touchent à leur fin". "Cela se déroule normalement et sans
excès", a-t-il ajouté.
    Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin, a déclaré que, dans
le cadre de l'accord annoncé samedi soir, les poursuites
judiciaires engagées contre Evguéni Prigojine pour mutinerie
seraient abandonnées, que ce dernier allait s'installer en
Biélorussie et que les combattants de Wagner ralliés à sa cause
n'encourraient aucune sanction en raison de leurs états de
service passés en faveur de la Russie.
    Dmitri Peskov a refusé de dire quelles concessions avaient
été éventuellement accordées à Evguéni Prigojine pour le
convaincre de rentrer dans le rang, alors que dans une
allocution télévisée prononcée samedi matin, quelques heures
après le début de la mutinerie, Vladimir Poutine avait dénoncé
une trahison mettant en péril l'existence même de la Russie et
promis des sanctions.
    Le président ukrainien Volodimir Zelensky a jugé samedi soir
que ces événements révélaient au grand jour le chaos régnant au
coeur du pouvoir à Moscou alors que l'Ukraine a lancé depuis
début juin une contre-offensive destinée à reconquérir ses
territoires occupés par la Russie.
    "Aujourd'hui, le monde peut constater que les maîtres de la
Russie ne contrôlent rien. Et cela signifie vraiment rien.
Simplement un chaos total", a dit Volodimir Zelensky.
    
    

    
 (Rédaction de Reuters, rédigé par Peter Graff et Gareth Jones,
version française Bertrand Boucey)