Rubio dans le Golfe pour défendre l'accord avec Téhéran
information fournie par Reuters 25/06/2026 à 16:28

(Actualisé avec fin de la tournée de Rubio)

par Gram Slattery

Le secrétaire d'État Marco Rubio a assuré jeudi aux alliés des Américains dans le Golfe que tout accord avec l'Iran tiendrait compte de leurs intérêts, à l'issue d'une tournée au Moyen-Orient visant à rallier des partenaires régionaux qui nourrissent de fortes réserves sur les discussions avec Téhéran.

S'exprimant lors d'une réunion des ministres des Affaires étrangères arabes du Golfe à Bahreïn, où est stationnée la Ve flotte de l'U.S. Navy, Marco Rubio a martelé que Washington cherchait à instaurer une paix durable avec l'Iran, adversaire de longue date, sans compromettre la sécurité de ses alliés dans la région, dont beaucoup jugent l'accord trop conciliant après avoir subi des attaques iraniennes durant le conflit.

L'Iran a combattu deux des armées les plus puissantes du monde - les États-Unis et Israël - au cours du conflit et a pris le contrôle effectif du détroit stratégique d'Ormuz, perturbant fortement les flux pétroliers et ébranlant les marchés mondiaux de l'énergie et l'économie.

Marco Rubio a déclaré à la presse que les alliés du Golfe partageaient des préoccupations très sérieuses et souhaitaient être informés de chaque étape de l'accord de paix, qui comprend des dispositions concernant Ormuz.

Si l'Iran menace ou bloque les navires dans le détroit d'Ormuz, "alors, nous aurons un problème", a-t-il dit, après avoir auparavant affirmé aux ministres que "qu'aucun pays sur terre n'avait le droit de faire payer l'entrée dans les eaux internationales".

Le chef de la diplomatie américaine a aussi précisé ne pas avoir abordé un fonds de reconstruction pour l'Iran de 300 milliards de dollars, qui figure dans le projet d'accord. Les États du Golfe redoutent que Téhéran n'utilise ces ressources pour relancer ses capacités militaires.

Le ministre des Affaires étrangères de Bahreïn, Abdullatif bin Rashid Al Zayani, qui présidait la réunion, a salué l'annonce d'Oman de la mise en place d'un corridor pour assurer le passage sécurisé des navires dans le détroit.

Oman a assuré lors de la réunion que les futurs dispositifs concernant le détroit d'Ormuz n'incluraient pas de péages de transit.

La tournée de trois jours de Marco Rubio dans le Golfe constituait la première mission diplomatique de haut niveau depuis l'accord-cadre conclu la semaine dernière entre les États-Unis et l'Iran pour mettre fin au conflit, déclenché le 28 février par des frappes américaines et israéliennes contre l'Iran.

Lors de ses précédentes étapes aux Émirats arabes unis et au Koweït, Marco Rubio a tenté de convaincre ses interlocuteurs que le projet d'accord n'était pas excessivement favorable à l'Iran, qui a ciblé plusieurs États du Golfe pendant la guerre.

"Nous ne ferons rien qui pénalisera la sécurité de nos alliés, nos alliés de longue date dans la région", a-t-il dit à la presse au Koweït.

Le président américain Donald Trump a affirmé mardi que l'Iran avait accepté des inspections nucléaires "pour l'éternité", tandis que Téhéran a démenti toute concession de ce type dans les négociations.

Les deux pays, qui ont achevé un premier cycle de discussions en Suisse lundi, ont également livré des versions divergentes concernant la levée de sanctions financières visant l'Iran, le contrôle du détroit d'Ormuz et la guerre parallèle menée par Israël au Liban.

Les six pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) - l'Arabie saoudite, le Qatar, Oman, les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Koweït - sont des alliés stratégiques des États-Unis.

Tous ont apporté un soutien logistique, à des degrés divers, à Washington durant le conflit et ont tous été frappés par des attaques aériennes iraniennes en conséquence.

Ils demeutent le socle de l'architecture sécuritaire américaine au Moyen-Orient et tout réexamen de leur relation avec Washington pourrait avoir un impact significatif sur la stratégie militaire américaine dans la région.

Le projet d'accord entre les États-Unis et l'Iran ne comporte aucune limite sur les missiles balistiques iraniens, prévoit un fonds de reconstruction de 300 milliards de dollars et comprend des dispositions susceptibles d'accroître l'influence régionale de Téhéran et son contrôle sur des voies maritimes pétrolières cruciales.

Certains alliés du Golfe des États-Unis craignent en privé que cet accord intérimaire n'ouvre la voie à une normalisation entre Washington et l'Iran, pays majoritairement chiite que la plupart des États du CCG dirigés par des sunnites considèrent comme leur principal adversaire.

(Gram Slattery, version française Nicolas Delame)