Royaume-Uni: sur le départ, Starmer muscle le budget militaire pour moderniser l'armée
information fournie par AFP 30/06/2026 à 15:23

Le Premier ministre britannique Keir Starmer dans le Berkshire (sud de l'Angleterre), le 30 juin 2026 ( POOL / Stefan Rousseau )

Drones, dissuasion nucléaire et Navy "hybride": le Royaume-Uni prévoit de porter son budget militaire à près de 300 milliards de livres (348 millions d'euros) durant les quatre prochaines années pour moderniser les forces britanniques dans un contexte de montée des menaces.

Après plusieurs mois de retard en raison de contraintes budgétaires, le Premier ministre démissionnaire Keir Starmer a dévoilé mardi un plan d'investissement dans la défense depuis le site d'un fabricant de drones dans le Berkshire (sud de l'Angleterre).

Malgré son départ prochain de Downing Street, le chef du gouvernement travailliste avait promis de présenter ce plan avant le sommet de l'Otan en Turquie les 7 et 8 juillet.

"Nous devons faire le nécessaire pour affronter résolument ce nouveau monde, assurer la sécurité de notre pays et saisir les opportunités découlant de l'investissement dans notre puissance souveraine", a déclaré Keir Starmer.

"Nous allons transformer nos forces armées en offrant à l'industrie la certitude nécessaire pour investir et en apportant à nos alliés de la clarté sur nos intentions", a-t-il insisté.

"Un pas important"

Tirant les leçons des conflits en Ukraine et au Moyen-Orient, le plan met l'accent sur le développement des drones et des systèmes autonomes grâce à un investissement de 5 milliards de livres (5,8 milliards d'euros) dans des drones de déminage ou encore des drones d'attaque explosifs au faible coût, a détaillé le ministère de la Défense dans un communiqué.

Le gouvernement va également mobiliser 63 milliards de livres pour "renforcer la dissuasion nucléaire britannique", 11 milliards pour reconstituer les stocks de munitions et d'armements et 8 milliards pour le projet de futur avion de combat (Gcap) développé en partenariat avec le Japon et l'Italie.

L'objectif est également de transformer la Royal Navy, qui a récemment montré ses limites au Moyen-Orient, en une marine "hybride", combinant des navires dits autonomes fonctionnant grâce à l'intelligence artificielle avec une flotte plus traditionnelle. Au moins six nouveaux navires de guerre seront construits.

Keir Starmer s'est dit "confiant" dans le fait que ce plan permette au Royaume-Uni d'assumer ses responsabilités envers l'Otan dans l'éventualité d'une offensive russe d'ici 2030.

Le secrétaire général de l'Alliance Mark Rutte a salué sur X "un pas important vers l'objectif de consacrer 3,5% du PIB à la défense" d'ici 2035, sur lequel se sont engagés les membres de l'Otan l'an dernier.

Crise politique

Les tergiversations autour de ce plan ont aggravé la crise politique qui a mené à la chute de Keir Starmer la semaine dernière. Elles avaient poussé celui qui était alors ministre de la Défense, John Healey, à claquer la porte du gouvernement, suivi par le secrétaire d'Etat aux Forces armées, Al Carns.

M. Healey avait accusé le chef du gouvernement et la ministre des Finances Rachel Reeves de ne pas avoir débloqué les fonds nécessaires.

Dans une volonté d'afficher l'unité de l'exécutif, la ministre était présente mardi avec le ministre de la Défense Dan Jarvis aux côtés de Keir Starmer.

Plusieurs autres responsables militaires s'étaient aussi inquiétés du risque d'un plan au rabais qui ne permette pas au Royaume-Uni de respecter ses engagements auprès de l'Otan, dans un contexte de fortes pressions américaines.

Ce plan "nous prépare d'ici 2035 à une guerre qui pourrait se produire en 2030", a raillé mardi sur la BBC le général à la retraite Richard Barrons.

Il est "sous financé" et les futures capacités arriveront "trop tard alors que la menace à laquelle nous sommes confrontés est immédiate", a également critiqué le porte-parole de l'opposition conservatrice en matière de défense, le député James Cartlidge.

Dan Jarvis, ministre britannique de la Défense, dans le Berkshire (sud de l'Angleterre), le 30 juin 2026 ( POOL / Stefan Rousseau )

Démissionnaire, Keir Starmer ne sera plus en poste pour la mise en œuvre du plan. Son probable successeur Andy Burnham devrait arriver à Downing Street mi-juillet.

Le gouvernement a indiqué que le plan avait été retravaillé depuis le départ de John Healey pour donner plus de place aux nouvelles technologies et moins aux programmes traditionnels et très chers visant à développer à horizon lointain de nouvelles capacités de pointe.

Au total, ce sont 15 milliards de livres (17,3 milliards d'euros) supplémentaires qui ont été débloqués sur quatre ans, loin des 28 milliards réclamés par l'état-major.

Pour les financer, le gouvernement va geler des projets "pas immédiatement vitaux" dans l'énergie et les transports, a indiqué Keir Starmer. Il a prévu de rogner sur le budget de l'aide internationale.