Royaume-Uni: loin de la remise à outils, des abris de jardin convertis en "petits paradis" information fournie par AFP 13/08/2026 à 15:04
"Bienvenue dans ma cabane!", lance d'une voix forte Peter McLaughlin, pour couvrir le vacarme des pistons qui vont et viennent tandis que des volutes de vapeur blanche s'échappent d'une cheminée de son abri de jardin londonien.
Au son d'un sifflet assourdissant, ce passionné de bateaux à vapeur de 68 ans s'installe dans un fauteuil de capitaine à côté d'une énorme chaudière qu'il appelle "La bête".
Peter McLaughlin estime que sa cabane, reconstitution d'une salle des machines de navire, lui a "sauvé la vie" après que des problèmes de santé l'ont forcé à prendre sa retraite, dès 50 ans, après avoir exercé le métier de poseur de câbles.
Près de 20 ans plus tard, son refuge faisait partie des 38 cabanes présélectionnées pour le concours de "Cabane de l'année" 2026, dont c'était la 20e édition.
Longtemps simples remises pour outils et tondeuses rouillées, vélos cassés et vieux pots de peinture, les abris de jardin connaissent un véritable renouveau en tant que sanctuaires personnels, explique le fondateur de ce concours et "chef des cabanophiles" Andrew Wilcox.
Témoin de cet engouement, le concours, auquel participent des centaines de créateurs et de créatrices de cabanes dans tout le Royaume-Uni, s'est doté de catégories thématiques comme "havre écolo", "pub" et "atelier/studio".
Cette année, la cabane gagnante était aménagée en espace de jeux type wargames, fruit du travail d'un groupe de copains du Lancashire, dans le nord-ouest de l'Angleterre.
Dans le sanctuaire de Peter McLaughlin, dans la banlieue ouest de Londres, flotte une odeur d'huile et de charbon. Le sol est jonché de pompes, moteurs, horloges, manomètres et autres objets liés à la vapeur.
Certaines pièces ont été dénichées en ligne, d'autres dans des lieux où cet homme a travaillé, comme l'emblématique centrale électrique de Battersea, dans la capitale britannique, démantelée dans les années 1980.
"Dans tous les endroits où j'allais, je ramassais des choses. On les jetait et je me disais: +non, on ne peut pas faire ça+", raconte-t-il.
Sa cabane est si importante pour lui que c'est "la première chose" dont il a demandé des nouvelles en se réveillant à la suite d'une opération chirurgicale salvatrice il y a quelques années.
Lieu de retrouvailles
L'histoire d'amour de la Grande-Bretagne avec les abris de jardin remonte loin. Les écrivains George Bernard Shaw et Roald Dahl travaillaient tous deux dans des cabanes au fond de leur jardin.
Celle de Bernard Shaw était célèbre pour être montée sur un mécanisme pivotant, afin de pouvoir suivre la course du soleil au fil de la journée.
Une réplique grandeur nature de la cabane de Roald Dahl – dans laquelle il a écrit des classiques comme "Charlie et la chocolaterie" – a même été recréée dans le musée du centre de l'Angleterre qui lui est consacré.
Parmi les thèmes de cabanes populaires: le pub.
A Crosby, près de Liverpool, le "Fraser Arms" de Steven Fraser, un facteur de 47 ans, est devenu un point de ralliement pour une quinzaine de ses amis d'enfance.
Ils se retrouvent désormais régulièrement dans sa cabane-pub de six mètres sur deux, décorée du sol au plafond de photos-souvenirs.
Désormais pères de famille aux budgets limités, ils ont remplacé virées en ville et voyages à l’étranger par des soirées au fond du jardin.
"Etre soi-même"
Un tournoi de fléchettes très disputé, une fête de Noël et une soirée Oktoberfest rythment l'année.
"Il n'y a pas d'embrouilles, on est juste ensemble, on met de la musique et tout le monde est content", dit Steven Fraser.
Les "cabanes pour hommes" sont également de plus en plus populaires: aménagées dans d'anciens bâtiments industriels ou salles paroissiales, des hommes souvent âgés peuvent s'y retrouver, s'y faire des amis, partager des connaissances pratiques comme la menuiserie...
Qu'il s'agisse de lieux collectifs ou d'espaces pour solitaires, Alex Johnson, l'auteur d'un récent ouvrage intitulé The Philosophy of Sheds (La philosophie des cabanes, non traduit), voit ces lieux comme des refuges antistress, permettant de "se retirer dans un monde entièrement façonné par soi-même".
Sa propre cabane, modeste, est devenue une vocation, avec une newsletter et un blog qui lui valent une audience mondiale.
"Une cabane est un sanctuaire. On peut l'aménager comme on veut, la décorer, mettre la musique que l'on veut", explique-t-il. "C'est un petit paradis... Le seul endroit où on peut être soi-même."