Royaume-Uni: La Banque d'Angleterre maintient son principal taux et présente des hypothèses d'impact de la guerre en Iran information fournie par Reuters 30/04/2026 à 14:57
par William Schomberg, David Milliken et Suban Abdulla
La Banque d'Angleterre (BoE) a laissé jeudi son principal taux directeur à 3,75%, prolongeant la pause décidée en mars quand l'institut d'émission monétaire avait dit vouloir patienter jusqu'à obtenir une vision plus claire de l'impact de la guerre au Moyen-Orient sur l'inflation.
La BoE a cependant présenté des hypothèses concernant l'impact économique de la guerre en Iran, dont l'une pourrait nécessiter une augmentation "forte" des coûts d'emprunt.
La décision du MPC, le comité de politique monétaire de la BoE, a été prise par huit voix contre une, comme le prévoyait le consensus Reuters, le chef économiste de l'institution, Huw Pill, s'étant prononcé en faveur d'un relèvement des taux de 25 points de base.
Même s'il existe un risque d'"effets de second tour importants" liés au choc des prix de l'énergie comme des demandes de relèvements de salaires ou des entreprises augmentant leurs prix plutôt que d'absorber la hausse des coûts, le marché du travail s'affaiblit et une hausse des coûts d'emprunt sur les marchés financiers contribuerait à limiter l'inflation, indique le MPC dans un communiqué.
"Le Comité est prêt à agir si nécessaire pour s'assurer que l'inflation CPI reste sur la bonne voie pour atteindre l'objectif de 2% à moyen terme", écrit le MPC, reprenant les termes employés à l'issue de la réunion de mars.
S'exprimant à l'issue de la décision rendue par le MPC, le gouverneur de la BoE, Andrew Bailey, a déclaré que les responsables de l'institution étaient confrontés à un choix difficile concernant les effets inflationnistes dits de second tour en lien avec la hausse des prix de l'énergie engendrée par la guerre. Il a estimé que les membres du MPC pourraient être contraints d'agir avant même d'obtenir des preuves tangibles d'un éventuel impact du conflit.
Le gouverneur de la BoE a souligné que plus le conflit en Iran durerait, plus son impact sur l'économie britannique risquait de s'aggraver, les effets indirects se faisant surtout sentir sur les prix alimentaires à mesure que les pressions dans le monde sur les coûts augmenteraient.
"Les effets de second tour se manifestent plus lentement que les effets directs et indirects", a-t-il déclaré, ajoutant que cela laissait "la politique monétaire face à un choix difficile".
"Comme les variations des taux d'intérêt mettent du temps à produire leurs effets, la politique monétaire ne peut pas attendre une preuve concluante de l'ampleur des effets de second tour, mais une réaction trop précoce pourrait engendrer une volatilité indésirable de la production", a-t-il ajouté.
Le gouverneur de la BoE a cependant estimé qu'il existait une marge de manœuvre importante pour absorber les pressions inflationnistes découlant de la guerre en Iran sans avoir besoin de relever les taux d'intérêt.
"Je ne peux pas vous assurer formellement qu'il n'y aura pas d'augmentation (de taux) en fonction des différents scénarios envisagés", a-t-il déclaré. "Ce que je peux vous dire, c'est qu'il existe une marge de manœuvre considérable pour s'ajuster à cela", a-t-il ajouté.
Les investisseurs estiment la Grande-Bretagne est particulièrement vulnérable face à la hausse des prix de l'énergie en raison de sa forte consommation de gaz naturel.
Les données publiées la semaine dernière ont montré une augmentation des coûts des intrants pour les entreprises, ce qui a conduit ces dernières à revoir à la hausse leurs prévisions de d'inflation des prix pour les 12 prochains mois. Parallèlement, les investisseurs expriment leurs inquiétudes sur un possible ralentissement marqué de la croissance du produit intérieur brut (PIB) du fait de la guerre.
HYPOTHÈSES SUR L'IMPACT DE LA GUERRE
Face à une profonde incertitude quant à la durée de la guerre et à l'ampleur des dégâts économiques qu'elle engendrera, la Banque d'Angleterre a abandonné sa pratique habituelle de publication de prévisions centralisées concernant l'inflation et d'autres indicateurs économiques clés.
Elle a, à la place, élaboré trois hypothèses basées sur les prix de l'énergie et différents degrés d'effets de second tour.
Dans l'hypothèse C, la pire, dans laquelle les prix de l'énergie resteraient élevés pendant une période prolongée, l'inflation pourrait culminer à 6,2 % (près du double de son niveau le plus récent) et rester supérieure à l'objectif à moyen terme de 2% pendant les trois prochaines années en se basant sur les anticipations actuelles du marché concernant les taux d'intérêt.
Si ce risque se matérialisait, il justifierait probablement un resserrement vigoureux de la politique monétaire, a déclaré la Banque d'Angleterre.
Les hypothèses A et B nécessiteraient cependant une "orientation politique moins restrictive", la hausse des taux d'intérêt du marché depuis le début de la guerre contribuant à compenser les pressions inflationnistes.
Les trois hypothèses se fondent sur les prix du marché sur les 15 jours précédant le 22 avril et ne prennent pas en compte la nouvelle flambée des cours mondiaux du pétrole survenue cette semaine. Les prix de l'énergie ont touché un nouveau sommet de quatre ans ce jeudi avec un baril de Brent proche de 125 dollars, dans un contexte de inquiétudes croissantes concernant la durée de la guerre.
Le gouverneur de la Banque d'Angleterre a déclaré qu'il accordait la plus grande importance à l'hypothèse B "même si les effets de second tour sont légèrement réduits", mais qu'il accordait également "une certaine importance" à l'hypothèse C.
Environ la moitié des autres membres du MPC ayant voté pour le maintien des taux directeurs ont également déclaré qu'ils accordaient plus d'importance à l'hypothèse B.
Certains membres du MPC "pourraient préférer agir rapidement" pour éviter que l'inflation ne devienne trop élevée, tandis que d'autres pourraient préférer attendre que ce risque se concrétise davantage, a déclaré la BoE.
Andrew Bailey avait prévenu à la mi-avril que l'institution "n'allait pas se précipiter pour prendre des décisions" sur d'éventuels relèvements de taux compte tenu de l'incertitude quant à la durée et à l'impact de la guerre.
Avant les annonces de ce jeudi de la Banque d'Angleterre, les investisseurs anticipaient près de trois hausses de taux d'un quart de point cette année.
Outre sa forte vulnérabilité aux prix élevés du gaz, l'économie britannique fait face à des soubresauts politiques, le Premier ministre Keir Starmer peinant à conserver son emprise sur Downing Street, ce qui a suscité des interrogations quant aux projets budgétaires du gouvernement.
DES RENDEMENTS OBLIGATAIRES ÉLEVÉS
Les rendements des obligations d'État britanniques sont les plus élevés des pays du G7 et le taux du Gilt à dix ans <GB10YT=RR s'affichait jeudi au-dessus de 5%, tandis que le deux ans ressortait à 4,48%, les deux échéances étant néanmoins en baisse respectivement de sept et 10 points de base.
A la Bourse de Londres, l'indice FTSE 100, quant à lui, n'a pratiquement pas réagi à la décision de la BoE, conservant un gain de 1,33%.
Sur le marché des changes, la livre sterling GBP= avance de 0,39% à 1,3524 dollar.
La décision de la BoE intervient après un statu quo déjà observé en mars et en février. La BoE a touché à ses taux directeurs pour la dernière fois en décembre 2025, avec une baisse de 25 points de base, après des pauses en novembre et septembre.
Une enquête Reuters, menée du 16 au 21 avril auprès de 62 économistes, indiquait que l'ensemble des personnes sondées s'attendaient à ce que la BoE maintienne ses taux directeurs à leur niveau actuel ce jeudi, tandis que plus de la moitié d'entre elles prévoyaient un statu quo jusqu'à la fin de l'année, malgré la menace d'une résurgence de l'inflation.
L'inflation des prix à la consommation en Grande-Bretagne a accéléré en mars pour atteindre 3,3% en rythme annuel, selon les données officielles montrant les premiers effets sur l'économie de la guerre en Iran, entrée cette semaine dans son troisième mois.
Parallèlement, les inquiétudes sur la croissance économique, même si elle est ressortie sur les trois mois à février au-dessus des attentes, conjuguées à l'affaiblissement du marché du travail font craindre une possible stagflation, justifiant aux yeux de certains responsables de la BoE le choix du statu quo pour le moment.
La Réserve fédérale américaine (Fed) a également laissé mercredi ses taux directeurs à leur niveau actuel, dans une fourchette de 3,50% à 3,75%, tout en faisant état de préoccupations croissantes sur l'inflation avec la guerre au Moyen-Orient.
La décision de la Banque centrale européenne (BCE) est attendue à 12h15 GMT.
(Reportage William Schomberg, David Milliken et Suban Abdulla, version française Claude Chendjou, édité par Benoit Van Overstraeten)