RN et LR s'insurgent contre la hausse des visas pour les Algériens envisagée par Paris
information fournie par AFP 17/07/2026 à 19:02

L'ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, à l'aéroport du Bourget, près de Paris, le 1er juin 2026 ( AFP / Kenzo TRIBOUILLARD )

Jordan Bardella a dénoncé vendredi une "capitulation" et Bruno Retailleau un "renoncement" après que l'ambassadeur de France en Algérie a évoqué une "hausse" du nombre de visas délivrés aux Algériens pour "revenir probablement" au niveau d'avant-crise entre les deux pays, soit 250.000 par an.

Tout est parti d'un entretien filmé diffusé mercredi par le média Tout sur l'Algérie, avec l'ambassadeur Stéphane Romatet, revenu à Alger début mai, un an après avoir été rappelé à Paris.

"Avant la crise, nous délivrions à peu près 250.000 (visas) par an. Ce chiffre a chuté et notre objectif, c'est de faire en sorte (...) que ce chiffre puisse redémarrer à la hausse et revenir probablement au niveau qui était celui antérieur à la crise", a-t-il déclaré.

Cet "objectif" affiché est justifié par la volonté de "préserver les liens humains" entre les deux pays, afin que "la population ne subisse pas les conséquences" des tensions diplomatiques, a-t-il expliqué.

Ces déclarations ont vivement fait réagir les tenants français d'une ligne dure à l'égard d'Alger, à commencer par Jordan Bardella.

Le président du Rassemblement national a dénoncé sur X une "capitulation du macronisme face au régime algérien (...) malgré les provocations et la détention d'un journaliste français", Christophe Gleizes, emprisonné depuis plus d'un an.

Son allié Eric Ciotti a renchéri dans la foulée, dénonçant "une capitulation, une humiliation, une trahison".

Même tonalité chez le patron des Républicains, Bruno Retailleau, ex-ministre de l'Intérieur partisan du bras de fer avec Alger: "la diplomatie n'est pas l’aplaventrisme", tonne le candidat de LR à la présidentielle qui veut que la France exige des contreparties.

"Aucun objectif chiffré n'a été fixé"

"Je demande solennellement au président de la République de renoncer à toute augmentation du volume de visas et que leur délivrance soit clairement et strictement conditionnée à la libération de Christophe Gleizes et à la reprise par Alger des ressortissants algériens que la France souhaite expulser", a-t-il écrit dans un communiqué.

Le Premier ministre français Sébastien Lecornu (g) et son homologue marocain Aziz Akhannouch se donnent une accolade à l'issue d'une conférence de presse au ministère des Affaires étrangères à Rabat, le 16 juillet 2026 au Maroc ( AFP / Abdel Majid BZIOUAT )

"Aucun objectif chiffré n'a été fixé" s'agissant des visas, a précisé vendredi le Quai d'Orsay, selon qui "la délivrance de visas aux ressortissants algériens ne fait pas partie des sujets discutés" dans le cadre de la relance des relations entre Paris et Alger.

Cette interview a été diffusée au moment d'une visite du Premier ministre Sébastien Lecornu consacrant la nouvelle entente entre la France et le Maroc, après la reconnaissance par Paris de la souveraineté marocaine sur le territoire disputé du Sahara occidental, qui avait provoqué une crise profonde à l'été 2024 entre la France et l'Algérie.

La crise s'était aggravée avec l'arrestation en novembre 2024 de l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal (gracié et libéré en novembre 2025), puis la mise en examen en avril 2025 d'un agent consulaire algérien accusé d'être impliqué dans l'enlèvement en France d'un influenceur algérien, Amir DZ. Cette affaire avait conduit à l'expulsion réciproque d'une douzaine de diplomates et agents consulaires et au rappel de l'ambassadeur Romatet.

Pendant la période de glaciation entre la France et l'Algérie, qui ont renoué le dialogue au printemps à travers plusieurs visites ministérielles, "le nombre de visas accordé à des ressortissants algériens a baissé de plus de 20% en 2025", a indiqué le Quai d'Orsay.

"Il ne s’agissait pas de mesures punitives contre la population", seuls des dirigeants étant visés par des mesures restrictives, "mais des conséquences de la réduction de notre dispositif consulaire" en raison de la réduction à l'été 2025 des personnels dans les consulats en Algérie, faute d'effectifs accrédités suffisants, a-t-il fait valoir.