Réunion de la BCE: l'euro fort complique l'équation monétaire information fournie par Boursorama avec AFP 02/02/2026 à 08:20
La vigueur de l'euro devrait dominer la réunion jeudi de la Banque centrale européenne, ravivant les craintes d'un reflux excessif de l'inflation et de retombées négatives pour les économies exportatrices, à commencer par l'Allemagne.
Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a souligné que la BCE "suit de près cette appréciation de l'euro et ses conséquences possibles en termes de baisse de l'inflation".
La hausse de la monnaie unique s'est accélérée la semaine dernière, l'euro atteignant brièvement un plus haut de quatre ans et demi au-dessus de 1,20 dollar, après que le président américain Donald Trump a jugé "formidable" l'affaiblissement du billet vert.
Si la BCE ne vise aucun niveau de change précis, elle rappelle régulièrement que les fluctuations de la monnaie sont surveillées, car elles influencent directement la trajectoire de l’inflation.
"C'est l'un des éléments qui guidera notre politique monétaire et nos décisions sur les taux d'intérêt au cours des prochains mois", selon M. de Galhau, également membre du Conseil des gouverneurs de la BCE.
Dans l'immédiat, aucun changement de cap n'est attendu. Pour la cinquième fois consécutive, la BCE devrait maintenir ses taux d'intérêt inchangés, les responsables jugeant que l'inflation se stabilise autour de 2%, l'objectif de l'institution.
- Merz s'inquiète -
Le "grand sujet" de la réunion de jeudi à Francfort "sera la vigueur de l'euro face au dollar et ce que les responsables auront à en dire", résume Felix Schmidt, chez Berenberg, interrogé par l'AFP.
Le dollar s'affaiblit notamment en raison des inquiétudes suscitées par la politique jugée imprévisible de Donald Trump sur la première économie mondiale.
Cela rend les importations libellées en dollars moins chères et peut accentuer les pressions désinflationnistes en zone euro, alors même que la BCE anticipe déjà une inflation inférieure à son objectif cette année et l'an prochain.
La poursuite de l'appréciation de l'euro pourrait contraindre la BCE à "réagir en termes de politique monétaire", estime Martin Kocher, gouverneur de la Banque centrale autrichienne.
Ce qui reviendrait à envisager à terme de nouvelles baisses de taux afin de soutenir l'inflation, stimuler l'activité et, indirectement, affaiblir la monnaie unique utilisée dans 21 pays depuis l'entrée de la Bulgarie dans la zone euro 1er janvier 2026.
Or, en présence d'un euro fort, "les situations sont contrastées" dans la zone économique, souligne auprès de l'AFP Michel Martinez, économiste chez Société Générale.
Il se réfère au taux de change effectif réel, mesurant la valeur de l'euro face à l'ensemble des principales monnaies, en tenant compte des écarts d'inflation.
En France, ce taux de change réel reste "très en dessous de sa moyenne historique", en raison de la faible progression des prix et des salaires, explique-t-il.
À l'inverse, en Allemagne, le chancelier Friedrich Merz a qualifié l'euro fort de "charge supplémentaire considérable pour l'industrie exportatrice", un handicap pour un secteur clé déjà fragilisé et pour une économie qui espère renouer avec la croissance cette année.
- "Euro global" -
La vigueur de l'euro reflète toutefois aussi l'attractivité croissante de l'Europe par rapport aux États-Unis, notent plusieurs observateurs.
Les investisseurs américains sont de plus en plus ébranlés par les choix de Donald Trump, entre hausses de droits de douane et attaques contre l'indépendance de la Réserve fédérale américaine.
Cette dernière, présidée par Jerome Powell, a toutefois maintenu ses taux inchangés mercredi dernier, résistant aux pressions du président américain.
Christine Lagarde avait estimé en mai que l'ordre économique mondial ouvert et dominé par le dollar était "en train de se fracturer", laissant à l'euro, deuxième monnaie de réserve mondiale, une opportunité accrue.
Mais les inquiétudes actuelles rappellent qu'"il est difficile de concilier l'ambition d'un euro global avec une économie orientée vers l'exportation", souligne Carsten Brzeski, chez ING.