USA et Iran reprennent leurs négociations, Khamenei met en garde information fournie par Reuters 17/02/2026 à 13:21
(Actualisé avec déclarations de Khamenei, précisions)
par Olivia Le Poidevin
L'ayatollah Ali Khamenei, guide suprême en Iran, a averti mardi les Etats-Unis que toute tentative de renversement de la République islamique serait vouée à l'échec alors que reprennent à Genève des discussions indirectes entre Téhéran et Washington sur le programme nucléaire iranien sur fond de menace d'intervention militaire américaine.
Les Etats-Unis, qui ont bombardé les installations nucléaires iraniennes avec Israël en juin dernier, ont déployé un imposant dispositif naval au Moyen-Orient et leur président Donald Trump a déclaré vendredi qu'un "changement de régime" à Téhéran pourrait être "la meilleure chose qui puisse arriver".
L'Iran a pour sa part lancé depuis lundi des manoeuvres navales dans le détroit d'Ormuz, voie maritime essentielle au commerce mondial de pétrole entre le Golfe et l'océan Indien. L'agence semi-officielle Fars a rapporté mardi que ce détroit stratégique serait partiellement fermé pendant quelques heures en raison de "précautions sécuritaires" durant les manoeuvres des Gardiens de la révolution, corps d'élite iranien.
Steve Witkoff, l'émissaire spécial de Donald Trump, et Jared Kushner, gendre du président américain, participent aux discussions de Genève, qui sont menées sous l'égide d'Oman, a-t-on appris d'une source informée de la question, tandis que la délégation iranienne est conduite par le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araqchi. Ce dernier avait qualifié de "bon début" le précédent cycle de pourparlers indirects à Mascate en début de mois.
Donald Trump a déclaré qu'il serait impliqué "indirectement" dans ces pourparlers en Suisse et il s'est dit convaincu de la volonté de l'Iran d'aboutir à un accord.
"Je ne pense pas que (l'Iran) veut les conséquences d'une absence d'accord", a-t-il déclaré lundi aux journalistes à bord de l'avion présidentiel Air Force One, rappelant avoir envoyé en juin dernier des bombardiers américains B-2 frapper les principaux sites nucléaires iraniens.
"Nous aurions pu avoir un accord au lieu d'envoyer les B-2" à l'époque, alors que des pourparlers étaient déjà prévus entre les deux pays, a-t-il ajouté. "J'espère qu'ils vont se montrer plus raisonnables."
ISRAËL ET LES PAYS ARABES ATTENTIFS
L'armée américaine se prépare au scénario d'une intervention de plusieurs semaines contre l'Iran si Donald Trump ordonnait une attaque, ont dit à Reuters deux représentants américains, s'exprimant sous couvert d'anonymat.
Peu après le début des discussions indirectes à Genève, à la résidence de l'ambassadeur d'Oman auprès des Nations unies, les médias officiels iraniens ont cité des propos de l'ayatollah Ali Khamenei affirmant que les Etats-Unis ne pouvaient pas renverser la République islamique fondée en 1979.
"Le président des Etats-Unis dit que leur armée est la plus puissante au monde mais la plus puissante armée au monde peut parfois être giflée si violemment qu'elle ne peut pas s'en relever", a dit le guide suprême iranien.
Un responsable iranien a déclaré mardi à Reuters que la réussite des discussions à Genève dépendait de l'absence d'exigences irréalistes de la part des Etats-Unis et de leur sincérité quant à l'hypothèse d'une levée des sanctions étouffant l'économie iranienne.
L'une des difficultés de ces négociations porte sur leur périmètre même. L'Iran n'entend discuter que de son programme nucléaire, tout en affirmant son droit à l'enrichissement d'uranium, alors que les Etats-Unis veulent aussi aborder d'autres points tels que l'arsenal iranien de missiles balistiques.
Le secrétaire d'Etat américain, Marco Rubio, avait aussi précédemment évoqué le sort réservé à la population iranienne alors que la République islamique a réprimé dans le sang en janvier un mouvement de contestation d'une ampleur inédite depuis la révolution de 1979.
Israël et les pays arabes alliés des Etats-Unis suivent de près ces discussions. L'Etat hébreu considère le programme nucléaire iranien comme une menace existentielle, même si Téhéran le présente comme purement pacifique, tandis que les alliés arabes de Washington craignent un embrasement régional en cas d'échec des pourparlers.
Marco Rubio a admis lundi que parvenir à un accord serait "difficile". "Il y a là une opportunité pour parvenir diplomatiquement à un accord", a-t-il dit lors d'une conférence de presse à Budapest. "Mais je ne veux pas l'exagérer non plus."
(Olivia Le Poidevin, avec Steve Holland à bord d'Air Force One, Phil Stewart à Washington, Humeyra Pamuk à Budapest, Parisa Hafezi à Dubai, Rishabh Jaiswal à Bangalore; version française Jean Terzian, Blandine Hénault et Bertrand Boucey, édité par Kate Entringer)