Répression en Iran : des chiffres non-officiels laissent entrevoir un massacre des manifestants, l'UE appelée à sortir du "commentaire" information fournie par Boursorama avec Media Services 13/01/2026 à 13:57
Si le blackout numérique imposé par le régime iranien bloque largement les informations sur le nombre de manifestants tués, les documents et rapports sur la réalité du terrain pointent une répression d'une extrême violence, avec un recours massif aux tirs directs à balles réelles pour mater la contestation populaire.
Combien de manifestants abattus en Iran à l'abri des regards du monde? Pendant que la coupure général d'internet à travers le pays prive depuis plus de quatre jours le monde d'informations sur la répression en cours, plusieurs organisations laissent entrevoir mardi 13 janvier l'ampleur de la violence déployée par les forces armées.
L'ONG Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège, a déclaré avoir confirmation de la mort de 648 manifestants et d'environ 10.000 arrestations depuis le début du mouvement le 28 décembre. Mais le chiffre réel des morts pourrait être bien plus vertigineux, craint IRH, évoquant des rapports pour l'heure non confirmés allant jusqu'à 6.000 morts. Le réseau Iran International, pro-opposition, évoque avance quant à lui le chiffre de 12.000 morts, dans un rapport notamment basé sur des données médicales et plusieurs sources au sein de l'appareil sécuritaire et gouvernemental iranien.
Bain de sang et "tueries à grande échelle"
Sur une vidéo authentifiée dimanche par l'AFP, on voit des dizaines de corps enveloppés dans des sacs noirs devant une morgue de la capitale, et ce qui semble être des Iraniens à la recherche de leurs proches disparus. Le Centre pour les droits de l'homme en Iran (CHRI), dont le siège est à New York, a affirmé dimanche que les hôpitaux étaient "débordés" par l'afflux de manifestants blessés et que les réserves de sang diminuaient. Selon BCC Persian , l'Organisation iranienne de transfusion sanguine a exhorté la population à donner du sang ,la Société iranienne de radiodiffusion (IBC) publiant un communiqué demandant aux citoyens de se porter volontaires.
"Les autorités iraniennes ont intensifié de manière significative leur répression meurtrière depuis le 8 janvier, avec des rapports crédibles faisant état de tueries à grande échelle menées par les forces de sécurité à travers le pays", a également affirmé l'ONG Human Rights Watch, confirmant plusieurs vidéos et sources faisant état d'une répression massive à balles réelles contre les manifestants.
Face à cette répression sanglante, la réaction européenne est venue dans le week-end d'Ursula Von der Leyen, indiquant dans un post publié dimanche 11 janvier "surveiller la situation avec attention". Mardi, la présidente de la Commission européenne a ensuite indiqué que de nouvelles sanctions contre Téhéran allaient être "rapidement" proposées aux 27, après un bilan "effroyable" des victimes de la répression des manifestations en Iran.
"Nous ne sommes pas des commentateurs de l'histoire"
"Je ne supporte plus ces communiqués de l'Union européenne qui disent 'nous surveillons la situation'" , a pour sa part réagi l'eurodéputé Raphaël Glucksmann, à l'antenne de France Inter , appelant notamment classer les Gardiens de la Révolution, bras armé du régime, sur sa liste des organisations terroristes.
"Nous ne sommes pas des commentateurs de l'histoire. Au Parlement européen, nous demandons depuis des années que les Gardiens de la Révolution, qui sont l'instrument de la répression, soient placés sur la liste des organisations terroristes de l'UE", a t-il abondé. "Cela nous permettra d'aller traquer les financements, de cibler leurs leaders, de couper toute relation commerciale, financière" car "il faut que le régime des mollahs tombe", a-t-il affirmé. A droite, le président du parti Les Républicains Bruno Retailleau a affirmé que la France "ne peut se contenter" de ces "appels abstraits à l'apaisement", mais "doit soutenir clairement toute solution politique alternative crédible au régime des mollahs". "L'Histoire jugera notre attitude. Soit nous aurons été au rendez-vous du courage, soit nous aurons choisi le confort du 'pas de vague' diplomatique", a-t-il lancé dans Le Point .
Du côté des voisins européens, le chancelier allemand Friedrich Merz a lui haussé le ton mardi en estimant que le pouvoir en Iran vivait ses "derniers jours et dernières semaines" . Et la Finlande et l'Espagne ont convoqué l'ambassadeur iranien en poste dans leurs capitales respectives.
L'ONU a pour sa part réagi par la voix de son chef des droits de l'homme, qui s'est dit "horrifié" par la répression de la contestation. "Comme nous l'avions vu récemment en 2022, de larges pans de la population iranienne sont descendus dans la rue pour réclamer des changements fondamentaux dans la gouvernance de leur pays", mais "une fois encore, la réaction des autorités consiste à recourir à une force brutale pour réprimer des revendications légitimes de changement", a relevé Volker Türk. "Ce cycle de violence terrifiante ne peut pas continuer. Le peuple iranien et ses revendications en matière d'équité, d'égalité et de justice doivent être entendus", a-t-il insisté.