REPORTAGE-Dans un champ de maïs en Ukraine, des drones et une visseuse pour cibler l'armée russe information fournie par Reuters 28/05/2026 à 17:27
par Vladyslav Smilianets et Valentyn Ogirenko
Dans un champ de maïs de l'est de l'Ukraine, des soldats projettent des drones dans les airs à l'aide d'une fronde, visant des troupes et des sites militaires russes situés à des dizaines de kilomètres de là.
"Nous ciblons les bases ennemies sur le terrain, les dépôts de munitions et les systèmes de défense aérienne", déclare le commandant du 1er Centre des Forces de systèmes sans pilote - une unité d'élite spécialisée dans les drones - qui a demandé à être identifié par son nom de guerre "Kyt", signifiant "Baleine".
Ses hommes ont sorti des drones de leurs caisses et les ont assemblés sur le site même de leur lancement. Avec un ordinateur portable, un soldat a ensuite programmé une cible dans chaque appareil avant qu'il ne soit chargé sur la fronde. Enfin, un autre met les hélices en marche à l'aide d'une visseuse électrique et les drones sont déployés dans le ciel.
L'Ukraine consacre d'importantes ressources à ces "frappes intermédiaires" qui visent les défenses aériennes et la logistique militaire russes situées entre 30 et 180 km derrière la ligne de front. Le président Volodimir Zelensky a déclaré ce mois-ci que ces frappes avaient quadruplé depuis février.
Des responsables ukrainiens et des analystes militaires leur attribuent le mérite de contribuer à ralentir l'avancée russe, modifiant ainsi la dynamique sur le champ de bataille. Selon une carte en code source ouvert de DeepState, la Russie n'a conquis qu'environ 50 km² de territoire ukrainien au mois de mai.
"L'arrière de l'ennemi n'est plus un refuge sûr", a déclaré mercredi le ministre de la Défense Mykhaïlo Fedorov, un passionné de technologie âgé de 35 ans, en annonçant un financement supplémentaire de 5 milliards de hryvnias (97 millions d'euros) pour les unités de frappes intermédiaires les plus efficaces.
Selon "Baleine", l'Ukraine mène des centaines de missions de ce type.
"PETITS DRAGONS"
Les drones de fabrication ukrainienne - connus sous le nom de "drakocha" ou "petits dragons" - pourraient frapper toutes les régions de l'Ukraine occupée et même le territoire russe, assure-t-il. " C'est en profondeur, et cela s'intensifie."
Selon DeepState, la Russie s'est emparée d'environ 12% du territoire ukrainien depuis 2022, ce qui signifie qu'elle contrôle désormais environ un cinquième du pays en incluant les terres saisies en Crimée et dans l'est de l'Ukraine en 2014.
Selon l'Institut pour l'étude de la guerre (Institute for the Study of War), basé aux Etats-Unis, les "frappes intermédiaires" entravent la capacité de Moscou à acheminer des troupes et du matériel vers le front en touchant des artères clés telles que l'autoroute M-14, qui relie Rostov à la Crimée, en longeant la ligne côtière de la mer Noire et de la mer d'Azov.
Des analystes du secteur de la défense estiment que ces attaques ne peuvent à elles seules inverser la tendance face à la Russie, mais qu'elles présentent l'autre avantage de faciliter les frappes de drones à plus longue portée contre les infrastructures pétrolières russes.
Selon "Baleine", la guerre déclenchée par Moscou en février 2022 a vu tour à tour chaque camp prendre un avantage technologique avant que l'autre ne rattrape son retard.
"C'est un processus constant. Dès que nous trouvons une technologie, ils élaborent des moyens de la contrer", déclare-t-il, soulignant que la Russie dispose d'une grande expérience en matière de technologies de défense aérienne. "Il ne faut pas sous-estimer l'ennemi. "
(Reportage Vladyslav Smilianets et Valentyn Ogirenko ; rédigé par Daniel Flynn, version française Benjamin Mallet, édité par Sophie Louet)