Repas décalés, sieste sous les arbres: les volailles s'adaptent à la canicule
information fournie par AFP 20/06/2026 à 17:14

Petit-déjeuner à l'aube, promenade "à la fraîche" puis sieste sous les arbres: les consignes données à des éleveurs de la Sarthe pour aider leurs volailles à surmonter les vagues de chaleur sont aussi simples qu'efficaces ( AFP / JEAN-PHILIPPE KSIAZEK )

Petit-déjeuner à l'aube, promenade "à la fraîche" puis sieste sous les arbres: les consignes données à des éleveurs de la Sarthe pour aider leurs volailles à surmonter les vagues de chaleur sont aussi simples qu'efficaces.

"C'est du bon sens, comme pour les humains", résume le docteur Martine Cottin, vétérinaire attitrée des volailles IGP (Indication géographique protégée) de Loué.

Mais contrairement aux humains, le poulet ne transpire pas. Quand il a chaud, "il ne peut qu'hyperventiler en ouvrant le bec pour transpirer par la langue" et se refroidir par "l'air qu'il rejette", explique-t-elle.

Pour un poulet, la température optimale est de 20 à 22°C. A 35 ou 36°C, "ça commence à être critique", avertit le Dr Cottin.

Météo-France prévoit des températures pouvant atteindre 40°C dans la Sarthe en début de semaine. Dans de telles conditions, les élevages intensifs, avec des densités de volailles importantes, sont obligés d'utiliser de gros ventilateurs et des brumisateurs pour éviter d'atteindre ce seuil potentiellement mortel.

Amaury David, éleveur de poulets de Loué à Auvers-Le-Hamon, n'a, lui, qu'à ouvrir les portes de son poulailler.

"En ce moment, on laisse les poulets dehors 24 heures sur 24, les clôtures électriques c'est uniquement pour les renards", sourit l'agriculteur de 47 ans, en désignant les volailles rousses et blanches rassemblées sous les arbres voisins du poulailler.

Outre "le parcours en liberté" des volailles dans des prairies, le cahier des charges des Fermiers de Loué oblige un éleveur à planter au moins 30 arbres dans l'année qui suit son installation. L'ombre et la circulation d'air sous ces bosquets y abaissent la température de 3 à 4°C, selon le Dr Cottin.

Repas "à la fraîche"

La vétérinaire, qui veille sur un millier d'élevages, insiste aussi sur la nécessité de "ne pas donner à manger l'après-midi aux oiseaux" car la digestion produit de la chaleur supplémentaire.

Les consignes pour les jours de chaleur à venir ? "C'est sieste l'après-midi" et repas "à la fraîche", dit-elle, "on les laisse tranquilles pour qu'ils puissent récupérer".

Amaury David suit ces prescriptions à la lettre et a nourri ses poulets tôt le matin, vers 05Hh00. Il ne leur donnera pas leur second repas avant 23H00 ou minuit. "Et on fait le moins d'interventions possibles aux heures les plus chaudes", insiste-t-il.

"Jusqu'à présent, je n'ai jamais eu vraiment de problème avec la chaleur, mais il faut anticiper pour ne pas subir", relève l'éleveur, "malheureusement habitué" à ces canicules à répétition.

Sur l'IGP de Loué, "on a la chance d'avoir des bâtiments bien isolés, avec des sols en terre battue qui gardent la fraîcheur et des parcours en herbe. On n'a pas du tout le phénomène des îlots de chaleur qu'on rencontre aujourd'hui en ville", se félicite le docteur Cottin.

Les cochons aussi

Les cochons n'ont ni plumes ni bec, mais ne transpirent pas davantage que les poulets.

Un défi pour les éleveurs bretons, qui produisent plus de la moitié de la viande porcine française et sont confrontés eux aussi à des vagues de chaleur de plus en plus longues et intenses, relève Frédéric Kergoulay, chargé d'études à la Chambre d'agriculture de Bretagne.

La température idéale dans une porcherie est d'environ 23°C. Lors d'une canicule, les porcs peuvent subir un "stress thermique qui ralentit leur croissance", allonge la phase d'engraissement et réduit la fertilité. "Dans les cas les plus sévères, des mortalités peuvent survenir", avec des pertes pouvant atteindre "plusieurs milliers d'euros", souligne M. Kergoulay.

Pour limiter les effets de la chaleur dans les porcheries, la première mesure consiste à ventiler les bâtiments. Comme pour les volailles, les éleveurs porcins peuvent aussi utiliser des systèmes de brumisation ou de "cooling", un dispositif de refroidissement installé dans les entrées d'air.