RDC: une humanitaire française tuée par une frappe de drone dans l'est
information fournie par AFP 11/03/2026 à 16:14

Un combattant du groupe armé M23 monte la garde le 11 mars 2026, à Goma, dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), devant une maison où une employée de l'ONU a été tuée dans la nuit par une frappe de drone ( AFP / Jospin Mwisha )

Une employée humanitaire française de l'Unicef a été tuée par une frappe de drone à Goma, grande ville de l'est de la République démocratique du Congo (RDC), aux mains du groupe antigouvernemental M23 depuis janvier 2025.

Cette travailleuse humanitaire, ainsi que deux civils, ont été tués par des "drones d'attaque", a affirmé la Mission des Nations unies en RDC (Monusco) dans un communiqué publié mercredi.

"Nous sommes, à l'Unicef, profondément bouleversés et indignés par le décès de notre collègue Karine Buisset, tuée lors d’une attaque de drone sur un bâtiment abritant des travailleurs humanitaires à Goma", a réagi le Fonds des Nations unies pour l'Enfance dans un autre communiqué.

Des proches et collègues de Karine Buisset, employée de l'ONU tuée dans la nuit par une frappe de drone sur sa maison de Goma, dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), quittent les lieux le 11 mars 2026 ( AFP / Jospin Mwisha )

Le M23 ("Mouvement du 23 mars") s'est emparé depuis fin 2021, avec le soutien du Rwanda et de son armée, de vastes parties de l'est de la RDC, région riche en ressources et ravagée depuis 30 ans par des conflits.

Le porte-parole du M23 a accusé l'armée de la RDC d'avoir mené cette attaque. Les autorités congolaises n'ont pas réagi dans l'immédiat. L'AFP n'a pas été en mesure de confirmer, de sources indépendantes, l'origine de ces frappes.

Positionnées à plusieurs centaines de kilomètres de Goma, les forces de Kinshasa mènent régulièrement des frappes de drones à longue portée sur les positions du M23 dans l'est.

Le M23 fait également usage de drones kamikazes sur le front, selon des sources sécuritaires.

Des témoins ont indiqué avoir entendu des détonations et des bruits de drones dans la nuit de mardi à mercredi à Goma, capitale de la province du Nord-Kivu, située à la frontière du Rwanda.

- Maison touchée par erreur? -

Des sources humanitaires et les secours dépêchés sur place ont confirmé à l'AFP que Karine Buisset avait été tuée pendant la nuit par une frappe ayant touché la résidence où elle se trouvait, située dans le quartier de Himbi.

Nombre d'expatriés, de personnels et de sièges d'organisations humanitaires sont installés dans ce quartier aisé et résidentiel, situé au bord du lac Kivu.

Des pompiers éteignent, 11 mars 2026, le feu d'une maison frappée dans la nuit par un drone, tuant une employée de l'ONU qui l'occupait à Goma, dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC) ( AFP / Jospin Mwisha )

De vastes propriétés y ont été réquisitionnées par des cadres du M23 après la prise de la ville.

Des sources sécuritaires contactées par l'AFP estiment que les frappes visaient des responsables ou des proches du groupe armé et que la maison occupée par cette humanitaire française avait été touchée par erreur.

Une résidence appartenant à l'ancien président Joseph Kabila, condamné à mort par contumace par Kinshasa pour son soutien présumé au M23, se trouve à quelques centaines de mètres du lieu de la frappe, selon ces sources.

Un travailleur humanitaire qui se trouvait à proximité de la maison de Karine Buisset au moment de la frappe a affirmé à l'AFP avoir entendu deux explosions, une première précédée par un bruit de drones, puis une seconde, suivie par le bruit d'un drone s'éloignant du site.

Mercredi matin, des pompiers, des membres de la Monusco et des responsables du M23 étaient présents sur le site, a constaté un correspondant de l'AFP.

- "respect du droit humanitaire" -

La maison était gravement endommagée, partiellement incendiée, et sa toiture détruite. Les murs et le mobilier sont apparus criblés de petits impacts ressemblant à ceux de l'explosion d'une bombe à fragmentation.

Un employé des pompes funèbres se reflète, le 11 mars 2026, dans la vitre de la maison endommagée dans la nuit par une frappe de drone qui a tué l'employée française de l'ONU Karine Buisset, à Goma dans l'est de la République démocratique du Congo. ( AFP / Jospin Mwisha )

Aucun débris de drone ou de projectile n'a été identifié à ce stade, selon les secours présents sur place.

"J'appelle au respect du droit humanitaire et des personnels qui sont sur place et qui s'engagent pour sauver des vies", a écrit sur X le président français Emmanuel Macron, adressant "le soutien et l'émotion de la Nation" à la famille et les proches de la victime.

Le chef par intérim de la Monusco Bruno Lemarquis a condamné "avec la plus grande fermeté l’usage d'armes et de drones d’attaque" et rappelé "que les attaques contre le personnel de l'ONU pourraient constituer des crimes de guerre".

Vue aérienne de la ville de Goma, dans l'est de la RC, le 10 septembre 2023 ( AFP / ALEXIS HUGUET )

La RDC et le Rwanda ont entériné début décembre, sous l'égide de Washington, un fragile accord de paix qui n'a pas fait cesser les combats.

L'Angola, autre médiateur dans le conflit de l'est de la RDC, a proposé à Kinshasa et au M23 d'observer un cessez-le-feu à compter du 18 février, sans plus d'effet sur le terrain.

Les Etats-Unis ont annoncé début mars des sanctions contre l'armée rwandaise pour son soutien au M23.

Début mars, le M23 a annoncé la mort de l'un de ses porte-parole dans une frappe de drone à proximité du site minier de Rubaya, situé dans la province du Nord-Kivu, qui fournit entre 15 % et 30 % de la production mondiale de coltan.

Le M23 a, de son côté, revendiqué plusieurs attaques en février et mars sur l'aéroport stratégique de Kisangani (nord-est), d'où décollent les drones à longue portée utilisés par l'armée de la RDC.

L'armée rwandaise a également déployé des brouilleurs au-dessus de Goma pour se prémunir d'attaques aériennes, selon des experts de l'ONU.