La République
démocratique du Congo (RDC) n'annulera pas les résultats de
l'élection présidentielle organisée la semaine dernière, en
dépit des appels répétés de l'opposition en faveur d'un nouveau
scrutin, a déclaré jeudi le porte-parole du gouvernement,
Patrick Muyaya.
Les résultats partiels du vote qui a eu lieu le 20 décembre
montrent que le président sortant, Félix Tshisekedi, possède une
avance considérable sur ses adversaires.
L'élection contestée menace de déstabiliser davantage la
RDC, le premier producteur mondial de cobalt et d'autres
minerais et métaux industriels, déjà touchée par la pauvreté et
une crise sécuritaire dans l'est du pays.
La police a dispersé par la force mercredi une manifestation
interdite dans la capitale du pays, Kinshasa, organisée par des
personnes dénonçant les dysfonctionnements qui ont entaché le
dernier scrutin.
L'opposition a signalé des irrégularités et des fraudes à
grande échelle. La commission électorale (CENI) nie ces
accusations.
Patrick Muyaya a déclaré que l'opposition devrait attendre
la publication des résultats définitifs et les contester devant
les tribunaux si nécessaire.
"La cohérence voudrait que comme ils (les membres de
l'opposition) ont commencé le match, qu'ils attendent la fin du
match (...) Comme ça, ils pourront voir comment contester les
résultats", a-t-il déclaré aux journalistes.
L'équipe de Moïse Katumbi, l'un des principaux rivaux de
Félix Tshisekedi, a exclu le recours aux voies légales pour
contester les résultats, affirmant que les institutions de
l'État s'étaient engagées à faire basculer le vote en faveur du
président, et que le scrutin devait être annulé. D'autres partis
d'opposition ont également appelé à un nouveau vote.
Patrick Muyaya a indiqué que le gouvernement s'engageait à
assurer un scrutin équitable et transparent.
"La contestation des résultats ne se fait pas dans la rue.
Nous, comme gouvernement, allons prendre des dispositions pour
nous assurer que l'ordre public est en tout temps et en tout
lieu maintenu à travers la République ", a-t-il déclaré.
La CENI devrait publier à nouveau les résultats
préliminaires de l'élection présidentielle avant le 31 décembre.
Selon le dernier décompte, Félix Tshisekedi devance largement
ses 18 adversaires, avec plus de 77% des quelque 9,3 millions de
voix dépouillées jusqu'à présent.
La Symocel, une équipe d'observateurs locaux, a adressé le
26 décembre une lettre à la CENI pour signaler la mauvaise
gestion du matériel électoral et la conduite d'opérations
électorales en dehors des centres de vote par les fonctionnaires
de la commission dans plusieurs provinces.
"Le taux de ce phénomène (...) est si élevé et est de nature a
fausser de manière imparable les résultats des scrutins que
votre institution proclame progressivement", indique la lettre.
Le coordinateur de la Symocel, Luc Lutala, a confirmé
mercredi l'authenticité de la lettre et déclaré à Reuters qu"il
y a autant de problème dans le déroulement que dans le
dépouillement de ce scrutin".
La CENI n'a pas répondu dans l'immédiat à une demande de
commentaire.
(Rédigé par Anait Miridzhanian, version française Dagmarah
Mackos, édité par Kate Entringer)