Qui est Mojtaba Khamenei, nouveau guide suprême iranien ?
information fournie par Reuters 09/03/2026 à 12:26

L'Iran nomme le fils de Khamenei, Mojtaba, au poste de guide suprême

Mojtaba Khamenei, fils du défunt ayatollah Ali Khamenei, a été nommé ‌dimanche successeur de son père comme guide suprême de la République islamique après des années passées à nouer d'étroites relations avec les Gardiens ​de la révolution et à consolider son influence forte au sein de l'institution cléricale iranienne.

Agé de 56 ans, ce religieux de rang intermédiaire, qui se présente comme le "gardien" de la pensée de son père, s'est opposé aux partisans d'un dialogue avec l'Occident dans le cadre des efforts ​visant à freiner les ambitions nucléaires iraniennes.

Ses relations avec le Corps des Gardiens de la révolution (CGRI), l'armée idéologique du régime, lui donnent un pouvoir accru au sein de l'appareil politique et ​sécuritaire iranien.

"Il jouit d'un fort soutien au sein du CGRI, en ⁠particulier parmi les jeunes générations radicalisées", estime Kasra Aarabi, spécialiste du CGRI au sein de l'United Against Nuclear Iran, une organisation ‌basée aux Etats-Unis.

Pour ses détracteurs, Mojtaba Khamenei n'a pas les qualifications religieuses requises pour devenir guide suprême. Sa nomination va à l'encontre de la volonté des fondateurs de la République islamique de rompre avec la tradition dynastique de ​la monarchie des shahs.

Son nom pour la succession ‌a pourtant très vite circulé, en particulier depuis la mort d'un autre candidat pour ce rôle, ⁠l'ancien président Ebrahim Raïssi tué dans un accident d'hélicoptère en 2024.

RÔLE EN COULISSES

Né en 1969 à Machhad, Mojtaba Khamenei a vu pendant son enfance son père se mobiliser au côté de l'ayatollah Rouhollah Khomeini contre la dictature du shah.

Mojtaba Khamenei a combattu pendant la guerre Iran-Irak (1980-88) et ⁠effectué des études religieuses aux ‌séminaires de Qom, épicentre de la théologie chiite.

Il portait jusqu'ici le titre d'hodjatoleslam, inférieur à celui d'ayatollah dans la ⁠hiérarchie religieuse chiite, et le turban noir du sayyed, descendant direct du prophète Mahomet.

Il n'avait jamais occupé de position officielle au sein du ‌gouvernement de la République islamique. On a pu le voir à des rassemblements en faveur du régime mais il ⁠ne s'est que rarement exprimé en public.

Mojtaba Khamenei est visé depuis 2019 par des sanctions du département ⁠du Trésor américain, qui a estimé ‌à l'époque qu'il représentait le guide suprême "à titre officiel même s'il n'a jamais été élu ni nommé à un poste gouvernemental", hormis son ​travail au sein du cabinet de son père.

Mojtaba Khamenei, affirmait encore le ‌Trésor américain, s'est vu confier certaines prérogatives par son père et entretient d'étroites relations avec le commandant de la force Al-Qods du CGRI, chargée des opérations extérieures, et ​les Bassidji, milice religieuse affiliée aux Gardiens, "pour promouvoir les objectifs régionaux de déstabilisation et les objectifs intérieurs d'oppression de son père".

Dès 2007, un câble diplomatique américain dévoilé par WikiLeaks citait trois sources iraniennes décrivant Mojtaba Khamenei comme le meilleur moyen d'atteindre Ali Khamenei.

Le fils d'Ali ⁠Khamenei est considéré souvent comme à l'origine de l'ascension fulgurante du président ultraconservateur Majhmoud Ahmadinejad, élu en 2005, dont il a soutenu la réélection contestée par une vague de manifestations quatre ans plus tard.

Il a été, en 2022, une cible privilégiée des manifestants du mouvement "Femme, vie, liberté" protestant contre la mort en détention de l'étudiante Mahsa Amini après son arrestation par la police des moeurs.

Son épouse, fille d'une figure de la ligne dure, l'ancien président du Parlement Gholamali Haddadadel, a été tuée dans les bombardements israélo-américains.

(Rédigé par Tom Perry, Michael Georgy et Parisa ​Hafezi; Jean-Stéphane Brosse pour la version française)