Quatre inculpés en Belgique pour corruption présumée au Parlement européen
information fournie par Reuters 11/12/2022 à 17:29

Photo d'archives de la députée Eva Kaili au Parlement d'Athènes

par Philip Blenkinsop

BRUXELLES (Reuters) - Un juge belge a inculpé quatre personnes dimanche pour avoir reçu de l'argent et des cadeaux d'un État du Golfe afin d'influencer les décisions du Parlement européen, des accusations qui ont suscité la consternation à Bruxelles.

Les procureurs ont perquisitionné 16 maisons et saisi 600.000 euros à Bruxelles vendredi dans le cadre d'une enquête pour des faits présumés de blanchiment d'argent et de corruption.

Six personnes ont été initialement placées en détention. Quatre ont été inculpées et deux libérées, ont déclaré les procureurs dans un communiqué, sans nommer les personnes impliquées.

Les procureurs ont déclaré qu'ils soupçonnaient depuis des mois qu'un État du Golfe tentait d'influencer les décisions prises à Bruxelles. Une source ayant connaissance de l'affaire a déclaré que cet État était le Qatar, hôte de la Coupe du monde de football.

Un responsable qatari a démenti les accusations.

"Toute association du gouvernement qatari avec les allégations rapportées est sans fondement et gravement mal informée", a déclaré le fonctionnaire, ajoutant que le Qatar travaillait par le biais d'un engagement d'institution à institution et dans le plein respect des lois internationales.

Le Parlement européen a déclaré ce week-end avoir suspendu les pouvoirs et fonctions de l'un de ses vice-présidents, la socialiste grecque Eva Kaili, à la lumière de l'enquête belge.

Le parti socialiste grec PASOK a déclaré dans un communiqué qu'il excluait Eva Kaili de ses rangs.

Il n'a pas été précisé dans l'immédiat si elle avait été inculpée dans cette affaire. Son bureau n'a pas répondu aux appels téléphoniques ni à un courriel demandant un commentaire.

Les procureurs ont déclaré avoir également perquisitionné le domicile d'un deuxième législateur européen samedi, sans arrêter personne. Marc Tarabella, membre du parti socialiste belge, a confirmé qu'il s'agissait de son domicile et qu'un ordinateur et un téléphone portable avaient été saisis.

"La justice fait son travail de collecte d'informations et d'enquête, ce que je trouve tout à fait normal. Je n'ai absolument rien à cacher et je répondrai à toutes les questions des enquêteurs", a-t-il déclaré dans un communiqué

Le commissaire européen à l'économie, Paolo Gentiloni, a déclaré à la télévision italienne Rai 3 que l'affaire semblait "très grave".

"S'il était confirmé que quelqu'un a pris de l'argent pour tenter d'influencer l'opinion du Parlement européen, ce sera vraiment l'une des histoires de corruption les plus dramatiques de ces dernières années", a-t-il ajouté.

Le Parlement européen doit voter cette semaine sur une proposition visant à étendre l'exemption de visa au Koweït, au Qatar, à Oman et à l'Équateur. Certains législateurs ont suggéré que le débat et le vote soient reportés.

(Reportage Philip Blenkinsop, avec Andrew Mills à Doha, George Georgiopoulos à Athènes, Andreas Rinke à Berlin et Keith Weir, version française Benjamin Mallet)