Procès à Orléans d'un réseau pédocriminel: jusqu'à 16 ans de prison pour quatre membres
information fournie par AFP 11/06/2026 à 20:36

Des peines de 10 à 20 ans de prison réquises au procès d'un réseau pédocriminel ( AFP / Damien MEYER )

"Des actes monstrueux": quatre membres d'un vaste réseau pédocriminel en ligne, dont trois ont aussi été reconnus coupables de viols sur mineurs, ont été condamnés à des peines de 6 à 16 ans de prison jeudi à Orléans.

Dans cette affaire, 930.000 fichiers pédopornographiques ont été retrouvés par les enquêteurs, qui ont estimé à 120 le nombre de victimes.

Les accusés, âgés de 37, 51, 52 et 64 ans, comparaissaient depuis lundi devant la cour criminelle du Loiret.

"Ce dossier et cette affaire sont un tableau assez fidèle des actions des pédophiles sur internet, mais aussi globalement en France et ailleurs", a estimé l'avocat général, Nathanaël Bénet, lors de ses réquisitions.

Il a évoqué des "crimes, des délits abominables et des actes monstrueux", décrivant "l'horreur" rencontrée dans ce dossier.

Les quatre membres du réseau ont présenté leurs excuses aux victimes avant la clôture des débats. Pendant plusieurs années, ils ont utilisé de faux profils pour approcher leurs victimes et il leur est aussi reproché la consultation, la détention et la diffusion d'images pédopornographiques.

120 victimes

Parmi eux, Hervé D., Manuel C. et Noé R. étaient également jugés pour des viols commis sur des mineurs.

Ils ont été respectivement condamnés à des peines de 11, 15 et 16 ans de réclusion criminelle.

Entre 18 et 20 ans de réclusion criminelle avaient été requis à leur encontre.

Pour le quatrième, Jérémie P., qui comparaissait libre et était aussi jugé pour corruption de mineur, une peine de six ans de prison avec mandat de dépôt a été prononcée, soit une durée inférieure aux dix ans réclamés par le ministère public.

Pour tous, des périodes de sûreté aux deux tiers s'ajoutent aux condamnations, qui comprennent également des suivis sociojudiciaires courant jusqu'à 15 ans.

L'enquête, initiée en 2022 après une infiltration des gendarmes sur les réseaux sociaux, a permis de démanteler plusieurs groupes utilisant des messageries chiffrées comme ICQ, Snapchat ou Telegram pour échanger des fichiers pédopornographiques et entrer en contact avec des mineures.

Au cœur du mode opératoire bien rodé de ces hommes, le grooming, pratique consistant à mettre en confiance des jeunes victimes afin d'obtenir des contenus à caractère sexuel.

Au total, 120 victimes ont été détectées, dont 21 Françaises identifiées, âgées de 3 à 15 ans.

L'une d'elles a été victime d'agressions sexuelles et de viols de ses trois à six ans, entre 2019 et 2021, par Manuel C., informaticien proche de ses parents.

"Chemin"

Onze faits distincts ont été intégralement filmés et documentés dans un total de 91 fichiers. Des actes d'abord niés lors de ses auditions, mais qu'il a finalement reconnus à l'audience mardi.

Manuel C., qui concentre près du tiers du million de fichiers retrouvés par les enquêteurs, a expliqué être parvenu à "faire tomber toutes les barrières", tout en niant dans le même temps "toute attirance pour les enfants".

"Il a ajouté aux crimes de la manipulation, s'en prenant à une proie facile. Sa cruauté laisse une empreinte" sur la fillette et ses parents, a fustigé l'avocate de la victime Me Elena Campario.

Six membres du réseau ont été interpellés en 2023, dans le cadre de ce dossier.

Ils ne sont que quatre à avoir comparu: l'un d'eux s'est suicidé en détention provisoire. Un autre, arrêté en Belgique en état de récidive, a été condamné début 2025 à une peine de dix ans de prison.

Le procès s'étant tenu en plein scandale lié à la mort de Lyhanna, la défense s'est inquiétée de possibles répercussions. L'avocate de l'un des accusés a demandé à la cour, au cours de sa plaidoirie, "de ne pas céder aux sirènes d'une tribune populaire".

"Il y a encore beaucoup de chemin pour protéger tous les enfants victimes de violence", a lancé plus tôt l'avocat général à la fin de son réquisitoire.