Procès à Orléans d'un réseau pédocriminel: des peines de 10 à 20 ans de prison requises information fournie par AFP 11/06/2026 à 13:41
"Des crimes et des délits abominables": des peines de 10 à 20 ans de prison ont été requises jeudi à Orléans à l'encontre de quatre hommes soupçonnés d'avoir appartenu à un vaste réseau pédocriminel en ligne, dont trois sont aussi accusés de viols sur mineurs.
Dans cette affaire, 930.000 fichiers pédopornographiques ont été retrouvés par les enquêteurs, qui ont estimé à 120 le nombre de victimes.
Les accusés, âgés de 37 à 64 ans, comparaissent depuis lundi devant la cour criminelle du Loiret.
"Ce dossier et cette affaire sont un tableau assez fidèle des actions des pédophiles sur internet, mais aussi globalement en France et ailleurs", a estimé l'avocat général, Nathanaël Bénet, lors de ses réquisitions.
Il a évoqué des "crimes, des délits abominables et des actes monstrueux", décrivant "l'horreur" rencontrée dans ce dossier.
"On a du mal à imaginer que pour chaque image, chaque vidéo, c'est une victime qui restera marquée à vie", a ajouté l'avocat général.
Les quatre accusés se voient reprocher l'utilisation de faux profils pour approcher leurs victimes, ainsi que la consultation, la détention et la diffusion d'images pédopornographiques.
120 victimes
Parmi eux, trois sont aussi jugés pour des viols commis sur des mineurs. Des peines de 18 à 20 ans de réclusion criminelle, assorties de périodes de sûreté aux deux tiers et des injonctions de soins, ont été requises à leur encontre.
Pour le quatrième, qui comparaît libre, le ministère public a réclamé une peine de dix ans de prison, avec mandat de dépôt.
L'enquête, initiée en 2022 après une infiltration des gendarmes sur les réseaux sociaux, a permis de démanteler plusieurs groupes utilisant des messageries chiffrées comme ICQ, Snapchat ou Telegram pour échanger des contenus pédopornographiques et entrer en contact avec des mineures.
Au cœur de leur mode opératoire, bien rodé, le grooming, pratique consistant à mettre en confiance des jeunes victimes afin d'obtenir des images ou vidéos à caractère sexuel.
Au total, 120 victimes ont été détectées, dont 21 Françaises identifiées, âgées de 3 à 15 ans.
L'une d'elles a été victime d'agressions sexuelles et de viols de ses trois à six ans, entre 2019 et 2021, par Manuel C., informaticien aujourd'hui âgé de 64 ans.
"Cruauté"
Onze faits distincts ont été intégralement filmés par ses soins, la plupart sur des plages corses durant l'été, documentés dans un total de 91 fichiers.
Des actes d'abord niés lors de ses auditions, mais qu'il a finalement reconnus à l'audience mardi.
"J'étais obligé de tout filmer. Les vidéos restaient sur mon ordinateur car je ne supprimais rien, c'est maladif", a-t-il affirmé à la barre.
Manuel C., qui concentre près du tiers du million de fichiers retrouvés par les enquêteurs, a expliqué être parvenu à "faire tomber toutes les barrières normales qu'une enfant doit avoir par rapport +à ces choses-là+", en niant en même temps "toute attirance pour les enfants".
"Il a ajouté aux crimes de la manipulation, s'en prenant à une proie facile et extrêmement jeune", a fustigé l'avocate de la victime Me Elena Campario, affirmant que "sa cruauté" a laissé "une empreinte" définitive sur la fillette et ses parents.
Dans cette affaire, six membres du réseau ont été interpellés en 2023.
Ils ne sont que quatre à comparaître: l'un d'eux s'est suicidé en détention provisoire. Un autre, arrêté en Belgique en novembre 2023 en état de récidive, a été condamné début 2025 à une peine de dix ans de prison.
Le procès se tenant en pleine affaire Lyhanna, la défense s'est inquiétée de possibles répercussions.
"Il y a encore beaucoup de chemin pour protéger tous les enfants victimes de violence", a conclu l'avocat général.
Le verdict est attendu jeudi en fin de journée.