Privatiser la FIFA et les milliards de sa Coupe du monde : le projet de Gianni Infantino et l'entourage Trump provoque un tollé mondial
information fournie par Boursorama avec Media Services 29/07/2026 à 12:49

Le président de la fédération internationale de football souhaite privatiser l'institution et ses activités lucratives, dont la plus grande compétition sportive mondiale, à travers une société commerciale XXL ouverte à des actionnaires minoritaires. Parmi la liste des intéressés : le frère de Jared Kushner, gendre de Donald Trump.

Gianni Infantino et Donald Trump, lors de la cérémonie de remise des médailles de la finale de la Coupe du monde 2026, à New York, le 19 juillet 2026 ( GETTY IMAGES NORTH AMERICA / JUSTIN SETTERFIELD )

A peine achevée une Coupe du monde hors normes, la Fifa voit toujours plus grand: l'instance mondiale a annoncé mardi 28 juillet vouloir créer une société afin de gérer ses activités commerciales et attirer des investisseurs extérieurs, promettant une manne de 10 milliards de dollars pour financer le développement du foot. L'annonce a suscité une levée de boucliers à l'échelle mondiale, y compris auprès de fédérations traditionnellement rangées du côté de la Fifa et son président.

"L'administration de la Fifa explore l'idée de réunir tous les droits commerciaux - la diffusion, le sponsoring, la billetterie, l'octroi de licences - avec la mise en œuvre opérationnelle de ses tournois à travers la création de la Fifa Forward Enterprise (FFE)", précise le communiqué de l'instance qui gère le foot mondial. "La Fifa invitera des tiers à réaliser des investissements minoritaires, et sans contrôle" au sein de cette société, ajoute-elle. Selon plusieurs médias, cette participation extérieure s'élèverait initialement aux alentours de 20%. "La Fifa garderait le contrôle exclusif de la FFE à travers une représentation majoritaire au conseil d'administration", précise le communiqué, ainsi que "l'autorité exclusive" sur la gouvernance du football, les compétitions, le calendrier, les décisions réglementaires...

Selon plusieurs médias dont The Times et Sky Sports , Gianni Infantino a fixé une date-butoir aux fédérations nationales pour soutenir son plan : ces dernières ont jusqu'au 19 septembre pour apporter leur soutien au projet d'ouverture de la Fifa aux investisseurs privés. Selon la même source, chaque soutien serait rétribué par des subventions généreuses chiffrées à 40 millions de dollars.

Association à but non lucratif, la Fifa conserve une partie de ses revenus, notamment pour organiser ses compétitions, à commencer par la Coupe du monde, et rémunérer ses salariés - dont Gianni Infantino, qui perçoit plusieurs millions de francs suisses annuels. Le reste est affecté à des programmes de développement, qui seront selon elle revalorisés grâce à la création de cette FFE. Celle-ci "lèverait 4,2 milliards de dollars" dès cette année, et "tous ses bénéfices nets seront réinvestis dans le football", assure la Fifa, qui promet à ses membres des retombées économiques via un nouveau mécanisme de financement, le Fifa Fast Forward Programme (FFFP).

"Commercialisation effrénée du football"

Le projet a provoqué des réactions indignées, dans le camp européen d'abord. Régulièrement critique de la Fifa, l'UEFA, qui regroupe les fédérations européennes, a ainsi réagi avant même l'officialisation du projet. "Ça franchit une ligne que les institutions gouvernant le football ne devraient jamais franchir", a-t-elle écrit dans un communiqué. "L'âme et la gouvernance du football ne sont pas des capitaux sur lesquels faire de la spéculation, surtout sans aucune transparence sur la destination des bénéfices financiers. Aucun d'entre nous n'est le propriétaire du football. Ce n'est pas à la Fifa de le vendre", ajoute-t-elle.

"La relation étroite entre le président de la Fifa et le président des États-Unis a pris une dimension financière qui porte un grave préjudice au football. Personne n'a le droit de vendre notre sport", a jugé pour sa part Sepp Blatter, le prédécesseur d'Infantino à la Fifa (1998-2015), dans un message diffusé sur X.

L'UEFA prête au rapport de forces?

Javier Tebas, le président de la Ligue espagnole, a lui visé directement le président de la FIFA. ""Les compétitions et les droits commerciaux de la Fifa ne sont pas le patrimoine personnel d'Infantino. Celui qui mélange politique, discipline, argent et pouvoir sans transparence ne peut rien diriger. Infantino n'est pas la solution à la gouvernance de la Fifa. C'est le problème". Philippe Diallo, président de la FFF, a exprimé ses inquiétudes face à un projet qui "soulève beaucoup d'interrogations", tandis que la Fédération anglaise s'est dite "profondément préoccupée". La fédération allemande a elle dénoncé une "attaque absolue contre le football", rappelant le poids potentiel du bloc européen dans un éventuel bras de fer avec la Fifa. "Lors de la Coupe du monde, six équipes européennes étaient en quarts de finale et trois en demi-finales. Si le football européen fait bloc contre ces projets, cela aura un poids considérable", a estimé le vice-président de la DFB Hans-Joachim Watzke, également vice-président du comité exécutif de la FIFA.

Les réactions négatives ont également gagné la sphère politique, Andy Burnham, le nouveau Premier ministre britannique, estimant que "le football n'appartient pas aux investisseurs" mais à ceux "qui remplissent les tribunes et qui se tiennent au bord du terrain semaine après semaine, qu'il pleuve ou qu'il fasse beau". "La Coupe du monde n'est pas un produit. C'est la plus grande compétition du sport mondial, et elle n'a jamais appartenu à qui que ce soit pour être vendue."

"Pas touche à notre sport", a pour sa part réagi l'UE, par la voix du commissaire Glenn Micallef, estimant que "la commercialisation effrénée du football était devenue nocive". "Ce n'est pas du baseball, a t-il encore ajouté, au sujet de Coupe du monde de football, plus grand évènement sportif planétaire.

En dépit de sa rivalité de l'UEFA, la FIFA jouit traditionnellement d'un large soutien structurel à travers de monde. Malgré cela, la Confédération de football d'Amérique du Nord, centrale et des Caraïbes (Concacaf) s'est dite mercredi "profondément préoccupée par l'absence de toute procédure réglementaire" ayant conduit à l'élaboration du plan défendu par Gianni Infantino. Informée de ce projet "par le biais des médias et d'un communiqué de presse", la Concacaf partage "la déception de nombreux acteurs de notre région et du monde du football face au fait que ces détails aient été élaborés et rendus publics avant même qu'une discussion n'ait eu lieu avec les instances dirigeantes et les parties prenantes concernées".

"Libérer le potentiel commercial"

En intégrant l'ensemble des programmes de financement déjà existants, la Fifa espère dégager une enveloppe supérieure à 10 milliards de dollars sur les quatre prochaines années pour financer le développement du football. En l'état, la Fifa prévoyait de distribuer environ 2,7 milliards de dollars à ses fédérations membres sur la période 2027-2030.

Cette annonce est dans la lignée de la volonté de son président Gianni Infantino de "libérer le potentiel commercial" de la Fifa, avait-il déclaré à la veille de l'ouverture d'un Mondial géant en Amérique du nord, dans une formule à 48 équipes (contre 32 auparavant) et 104 matches. Et ce ne pourrait être que le début puisque Infantino a assuré depuis que l'hypothèse de passer à 64 équipes dès le Mondial-2030 allait être étudiée. Pour réaliser ce projet de société commerciale, qui doit encore être validé par le Conseil de la Fifa, l'instance travaille avec la banque d'affaires J.P. Morgan et le fonds d'investissement Thrive Eternal, qui "devrait prendre la tête du groupe d'investisseurs potentiels pour la FFE". Ce fonds d'investissement a été créé par Joshua Kushner, le frère de Jared, gendre de Donald Trump.

"Il semble que le faux Prix de la paix et le bail géant conclu avec la Trump Tower n'étaient pas suffisants. Maintenant, Gianni Infantino tente la passe de trois en cherchant un accord de plusieurs milliards de dollars avec le frère de Jared Kushner pour vendre des parts des droits commerciaux de la Coupe du monde à des investisseurs privés", ont réagi les Elus démocrates de la commission judiciaire de la Chambre des représentants au Capitole. "Les fans de foot ont déjà été privés du Mondial par les tarifs excessifs des places, et les intérêts d'oligarques et de grandes entreprises vont maintenant encore plus ternir la beauté de ce jeu", ont-ils abondé.

D'après The Times , qui s'est fait l'écho de ce projet avant son officialisation, Infantino, qui a régulièrement affiché sa proximité avec le président américain, pourrait à terme devenir directeur général de la FFE, avec à la clé des revenus personnels qui pourraient être décuplés.