Prison avec sursis requise pour les CRS jugés pour avoir matraqués des "gilets jaunes" information fournie par AFP 12/02/2026 à 19:39
Des peines de six à vingt mois de prison, toutes assorties de sursis, ont été requises jeudi contre neuf CRS jugés à Paris pour avoir matraqué des manifestants dans un Burger King lors de l'acte 3 des "gilets jaunes", le 1er décembre 2018.
"Le désordre ne suspend jamais le droit, le droit n'est pas un luxe réservé aux jours calmes, le droit est précisément ce qui doit tenir quand tout bascule", a lancé la procureure, Marie Dubarry, soulignant que le tribunal jugeait "le moment précis où l’usage de la force a cessé d’être nécessaire et proportionné".
Neuf policiers, tous membres à l'époque des faits de la CRS 43 basée à Chalon-sur-Saône, comparaissent depuis lundi pour violences volontaires avec plusieurs circonstances aggravantes.
La justice leur reproche d'avoir ce jour-là, troisième samedi de manifestations des "gilets jaunes", matraqué et frappé à coups de pied des manifestants qui s'étaient introduits dans un Burger King à proximité de la place de l'Etoile pour y trouver refuge, sans sommation et sans leur laisser le temps d'évacuer l'endroit.
Cet épisode, qui n'a duré que 2 minutes et 37 secondes, a été filmé sous différents angles par des manifestants, des journalistes ou encore des caméras de vidéosurveillance.
- Séquence filmée -
"Toute la séquence est filmée, c'est rare et c'est précieux, parce que cela empêche de réécrire l’histoire", a observé la représentante du parquet.
Quatre personnes physiques, frappées à coups de matraque ou coups de pied, se sont constituées parties civiles dans ce dossier. Mais 16 victimes non identifiées, qui ne se sont pas manifestées auprès de la justice, ont aussi été comptabilisées par les enquêteurs.
Lors de leurs interrogatoires, lundi et mardi, les prévenus ont admis avoir manqué de "lucidité" lors de cette opération en début de soirée dans le Burger King, menée après des heures d'affrontements avec des manifestants autour de l'Arc de Triomphe, dans un climat "insurrectionnel".
A la barre, ils ont raconté avoir cru que les personnes qui s'étaient introduites dans le fast-food, pourtant fermé, étaient des pilleurs.
En réalité, les occupants s'y étaient réfugiés pour reprendre leur souffle alors que l'air était saturé de gaz lacrymogènes aux alentours de la place de l'Etoile et n'y avaient commis aucune dégradation ni aucun pillage.
Les policiers ont aussi confié leur sentiment d'avoir été "abandonnés" par leur chaîne hiérarchique et mis en cause directement la Préfecture de police de Paris.
Jeudi matin, leur commandant, cité comme témoin, a éreinté la chaîne hiérarchique, estimant que lui-même et d'autres personnes auraient dû se retrouver au côté des neuf CRS sur le banc des prévenus. Pendant les investigations, la juge d'instruction avait estimé que la responsabilité pénale du gradé ne pouvait pas être engagée.
"Je trouve ça scandaleux", a-t-il tonné: "Ils sont obligés d'obéir, ceux qui donnent les ordres ne sont jamais responsables".
Devant le tribunal, il a reproché à la chaîne de commandement de ne pas avoir relevé son unité, alors que ses hommes n'avaient pas mangé depuis 6H00 du matin.
"Quand vous êtes exténué, déshydraté, vous devenez déraisonnable", a fait valoir leur avocat, Laurent-Franck Liénard, qui a plaidé la relaxe.
- Maîtrise exigée -
"La force ne peut avoir pour finalité de punir, d'humilier, de compenser une journée difficile", a estimé de son côté la procureure, tout en précisant que personne ne niait "la violence de cette journée", ni la "difficulté de la mission" des CRS 43.
"Plus la situation est chaotique, plus la maîtrise est exigée, parce que ce sont des professionnels entraînés et aguerris", a-t-elle ajouté.
"Je pense que vous vous êtes sentis humiliés, et le moment où vous êtes arrivés devant le Burger King, vous êtes en colère, meurtris, humiliés, agacés", a avancé Me Emmanuel Daoud, avocat d'une partie civile, à l'adresse des prévenus.
En réalité, il s'agissait de "rendre la monnaie de sa pièce" aux manifestants, a estimé Me Moad Nefati, qui défend un homme qui a reçu une trentaine de coups de matraque. "Oui, ces fonctionnaires de police, quand ils sont entrés dans le Burger King, ils avaient soif de vengeance", a abondé Me Arié Alimi, avocat de deux autres victimes.
Jugement attendu le 17 mars.