Présidentielle: une actualité judiciaire qui alimente les doutes autour d'Édouard Philippe
information fournie par AFP 20/05/2026 à 17:16

Edouard Philippe en meeting à Reims le 10 mai 2026 ( AFP / Martin BUREAU )

L'ouverture d'une information judiciaire, notamment pour des soupçons de détournement de fonds publics au Havre, ajoute une ombre au tableau de la campagne présidentielle d'Édouard Philippe, déjà critiquée au sein du bloc central pour son rythme jugé poussif, à moins d'un an du scrutin.

Un juge d'instruction va enquêter sur Édouard Philippe pour des faits présumés de détournement de fonds publics, favoritisme, prise illégale d'intérêt et concussion (malversation d'un fonctionnaire) au Havre, ville dont il est maire, a indiqué le Parquet national financier (PNF) mardi à l'AFP.

Une lanceuse d'alerte, ancienne fonctionnaire de la métropole portuaire, avait dénoncé ces faits présumés en septembre 2023 auprès du PNF qui avait ouvert une enquête et mené des perquisitions en avril 2024. Puis elle avait déposé une plainte en juin 2025 avec constitution de partie civile.

Les faits sont contestés depuis le début par l'ancien Premier ministre, candidat déclaré à l'élection présidentielle depuis septembre 2024.

"Il n'y a rien de nouveau, c'est une vieille affaire", a évacué mercredi sur Public Sénat le secrétaire général d'Horizons et co-directeur de campagne de M. Philippe, Christophe Béchu.

L'ancien ministre a évoqué "une soi-disant lanceuse d'alerte". "Parce qu'elle s'est constituée partie civile, il y a automatiquement un nouvel acte de procédure". Mais "deux ans d'enquête" préalables "n'ont débouché sur rien, et c'est la raison pour laquelle elle a relancé la procédure", soutient M. Béchu.

Interrogé, le maire d'Angers a réfuté toute idée d'"épée de Damoclès" judiciaire au dessus de la campagne du président d'Horizons, disant "n'absolument pas croire que cette affaire va prospérer d'une quelconque manière".

Avec le risque, néanmoins, d'une possible mise en examen aux effets incalculables sur l'issue d'une campagne présidentielle, dix ans après les mésaventures judiciaire et électorale du candidat des Républicains (LR), François Fillon.

Edouard Philippe est actuellement, selon les sondages, le mieux placé pour disputer la victoire au Rassemblement national, qu'il soit représenté par Marine Le Pen ou Jordan Bardella.

-Pas "candidat naturel"-

Étaient également visées par la plainte Stéphanie de Bazelaire, adjointe chargée de l'innovation et du numérique, ainsi que Claire-Sophie Tasias, directrice générale des services de la communauté urbaine havraise.

La plainte demande que la justice étudie "si un pacte a été conclu" entre Édouard Philippe et Mme de Bazelaire, présente sur sa liste en 2020 et qui a vendu la même année une start-up du numérique "très florissante", pacte ayant pour but "un soutien politique, financier et relationnel en contrepartie de la gestion de la Cité numérique".

Les soupçons portent sur une convention d'objectifs pluriannuelle pour l'animation de la Cité numérique, signée en juillet 2020 notamment par M. Philippe et Mme de Bazelaire, en tant que présidente bénévole de l'association LH French Tech.

LH French Tech a été désignée après un appel à manifestation d'intérêt lancé par la communauté urbaine et dans le cadre d'un service d'intérêt économique général (SIEG). L'association, seule candidate, devait toucher 2,154 millions d'euros de compensation de service public pour mener des projets.

Selon la plainte, LH French Tech a été créée en juillet 2020 par la colistière de M. Philippe dans le seul but de répondre à ce projet.

Cette actualité judiciaire intervient deux mois après la réélection de M. Philippe au Havre, et quelques jours après une réunion des cadres du parti Horizons à Reims, afin de lancer la campagne présidentielle.

Le parti prévoit une réunion publique le 5 juillet à Paris et a programmé d'ici la rentrée une série d'initiatives (réunions d'appartement, grande "consultation des jeunes", rencontres avec les entrepreneurs...). Mais le programme "massif" promis par l'ex-Premier ministre devra attendre, les Français n'étant "pas encore" dans la présidentielle, a-t-il expliqué.

Un rythme attentiste qui suscite des critiques au sein du bloc central, alors que Gabriel Attal multiplie les initiatives, dédicaces de son livre et réunions publiques et pourrait se déclarer candidat ce week-end dans l'Aveyron.

"Edouard a raté un truc depuis deux ans: s'il avait fait son travail, s'il était allé voir les députés, les élus, leur dire +je vous embarque+, il serait le candidat naturel de la droite et du centre. Il n'y aurait pas de Gabriel Attal et il n'y aurait pas de Bruno Retailleau", estime une source proche du patron de Renaissance.