Présidentielle : le vote Mélenchon comme une "évidence" à Rennes 2
information fournie par AFP 13/10/2026 à 10:38

L'entrée bloquée d'un bâtiment de l'Université Rennes 2, le 12 octobre 2026 ( AFP / Loic VENANCE )

Un choix "évident" en faveur de celui qui "défend le plus les jeunes" : à Rennes 2, faculté marquée à gauche, la majorité des étudiants interrogés par l'AFP soutiennent La France insoumise (LFI) en vue de la présidentielle.

Installée sur une chaise longue pour une pause ensoleillée, Zoé "dit adhérer totalement à ce que dit Jean-Luc Mélenchon", en pleine mobilisation de la jeunesse contre l'austérité et pour de meilleures conditions d'études.

"J'apprécie les valeurs d'humanité qu'il met en avant", glisse la jeune femme de 20 ans qui suit des études en Histoire de l'art et souhaite conserver l'anonymat comme les autres étudiants interrogés par l'AFP.

"Il est fort, il s'exprime bien. C'est un grand rhéteur quand on compare à Glucksmann, Bardella ou Le Pen", assure la jeune femme, en constatant que LFI est "extrêmement majoritaire sur le campus".

D'après une enquête électorale de la fondation Jean Jaurès publiée en septembre, Jean-Luc Mélenchon caracole en tête au niveau national chez les 18-24 ans, avec 41 % à 44 % des intentions de vote, loin devant Marine Le Pen (20 % à 22 % dans cette tranche d'âge).

Une "grande tendance"

"On voit cette grande tendance avec un vote des jeunes qui se dessine beaucoup pour LFI, avec une communauté forte sur les réseaux sociaux dans un contexte de tri-polarisation LFI, le bloc du centre et l'extrême droite. Il y a 20 ans leurs voix étaient plus éclatées", note Noémie Piolat, chercheuse à Sciences Po.

A Rennes 2, haut lieu de la contestation étudiante, certains s'étonnent qu'on puisse s'interroger sur leur vote en avril tant le choix du parti de gauche radicale leur paraît "évident".

Un entassement de chaises bloque l'entrée d'un bâtiment de l'Université Rennes 2, le 12 octobre 2026 ( AFP / Loic VENANCE )

Agathe, en licence Humanités, votera LFI à la présidentielle car Jean-Luc Mélenchon s'adresse particulièrement "aux jeunes". Ses discours en faveur des plus défavorisés font mouche dans une faculté où 40% des 20.000 étudiants sont boursiers.

Depuis une semaine, l'université est bloquée par les étudiants, solidaires des lycéens. À l'intérieur des bâtiments d'importantes dégradations ont été constatées, entraînant le dépôt de plaintes.

La jeune députée LFI d'Ille-et-Vilaine Marie Mesmeur, ancienne syndicaliste étudiante, engagée en soutien du mouvement, estime "parler à la jeunesse touchée par la précarité" avec des propositions comme "la garantie d'autonomie", sorte de revenu minimum, ou encore "l'abrogation de Parcoursup et du tri social à l'entrée de l'université".

"Dans sa sociologie", Rennes est "insoumise", assure-t-elle, car de nombreux étudiants "découvrent la précarité" dans l'une des métropoles de province où les prix des logements sont les plus élevés.

"Diabolisation"

A Rennes 2, on croise de nombreux jeunes portant des tee-shirts propalestiniens ou d'autres vêtements affichant des slogans anti-policiers comme Acab (All Cops Are Bastards).

Deux étudiantes, qui ont profité d'un repas à un euro au resto U, soulignent qu'il est "difficile" de trouver de la "nuance" politique sur le campus où les graffitis appelant à la révolte sont légion. "Ceux qui ne sont pas LFI se sentent un peu exclus ou ne s'expriment pas", relève l'une d'elles, sous couvert d'anonymat.

Un étudiant passe devant un graffiti sur le campus de l'Université Rennes 2, le 12 octobre 2026 ( AFP / Loic VENANCE )

Au niveau national, une source gouvernementale constate "une LFIsation brutale de l'université, des étudiants et enseignants", notamment dans les facultés de Sciences humaines et sociales, comme Rennes 2, "avec des positions très démagogues". "Le PS a disparu et a été remplacé par LFI", résume cette source, ce qui peut donner "un sentiment de dérive de l'université" dans la société française parfois choquée par les prises de position des Insoumis.

Non loin d'un stand de l'Union pirate, syndicat proche de LFI, Noa, étudiante de 18 ans en Art du spectacle, estime cependant que le programme des Insoumis "est très précis dans les domaines de la culture, de la jeunesse, de l'écologie".

Elle dénonce "une diabolisation de Jean-Luc Mélenchon" qui explique, selon elle, "qu'il ne soit pas plus populaire" dans l'ensemble de la population. "Il y a beaucoup de désinformation sur ce parti dans les grands médias financés par les ultra riches", affirme-t-elle.