Présidentielle : Édouard Philippe abat sa carte retraites, le camp sortant sous pression
information fournie par AFP 29/09/2026 à 18:49

Le président d'Horizons Edouard Philippe le 18 septembre 2026 à Paris ( AFP / Kenzo TRIBOUILLARD )

"Allongement progressif" à 65 ans et 45 annuités de cotisation : attendu au tournant depuis des années, Édouard Philippe a dévoilé mardi sa réforme des retraites, une étape importante de sa campagne présidentielle, attendue dans un camp sortant fébrile face au RN et à LFI.

C'est à deux jours de la présentation des budgets par le gouvernement, sur fond de journée de grève dans la fonction publique, de mouvement dans les lycées et en pleine polémique autour de Jordan Bardella que le candidat Horizons a présenté le contenu de sa réforme, dans une vidéo d'une vingtaine de minutes publiée sur ses réseaux sociaux.

La réforme des retraites est un dossier crucial pour l'ancien Premier ministre, présenté, depuis un entretien accordé à Challenges en 2021, comme l'homme de la "retraite à 67 ans" par ses adversaires. Mais aussi parfois par son concurrent Gabriel Attal, et même par un soutien comme Gérald Darmanin, qui s'y disait "opposé".

Exit l'étiquette des "67 ans", donc, pour le mieux placé des candidats de la droite et du centre devant M. Attal et Bruno Retailleau (LR), selon des sondages qui montrent surtout l'absence de dynamique pour le camp sortant. "Édouard n'a pas pris un point depuis son meeting en majesté du 5 juillet", s'inquiète un dirigeant de parti.

Après dix ans de présidence d'Emmanuel Macron, les enquêtes d'opinion accordent toujours une avance considérable à Marine Le Pen et pointent une progression estivale de Jean-Luc Mélenchon, donné pour la première fois au second tour lundi dans un sondage Harris.

Alors que MM. Philippe et Attal ont évoqué un ralliement en faveur du mieux placé, "la multiplication des candidats dans le bloc central" entraîne "le risque de se cannibaliser", juge un proche du candidat Horizons.

En attendant, chacun cherche à se démarquer, jouant sur la forme, avec parfois de l'acidité, ou le fond, comme M. Philippe mardi.

"Un Français sur trois" avant 65 ans

"Pour retrouver l'équilibre de notre système par répartition, je propose de porter progressivement la durée de cotisation à 45 ans et l'âge de départ à 65 ans pour les Français qui le peuvent", explique Edouard Philippe, qui vante une réforme "responsable pour tous et juste pour chacun" et nécessaire pour conjurer une crise financière.

"On va reprendre la réforme de 2023" d’Élisabeth Borne, suspendue en 2025, et "on va poursuivre pour qu'en moins de 10 ans, nous soyons passés à 65 ans pour l'âge légal de départ, et 45 annuités", avec un gain chiffré en année pleine d'environ 30 milliards d'euros, détaille le maire du Havre, qui ne touche pas à l'âge d'annulation de la décote (67 ans).

Mais "un Français sur trois pourra partir avant 65 ans, entre 60 et 64 ans", assure-t-il, évoquant "ces femmes et ces hommes qui ont commencé à travailler très jeune, ou qui exercent des métiers pénibles, ou dont le corps ne suit plus parce que le travail les a usés".

Le candidat Horizons à la présidentielle Edouard Philippe à Paris le 18 septembre 2026 ( AFP / Kenzo TRIBOUILLARD )

Pour sa réforme, Édouard Philippe précise que "l'âge de la retraite des personnes en mauvaise santé n'évoluera pas. Il restera à 55 ans pour les personnes en situation de handicap, à 60 ans pour des personnes avec incapacité permanente et à 62 ans pour ces personnes en invalidité. (...) Et les dispositifs de carrière longue continueront de permettre des départs anticipés à celles et ceux qui ont commencé à travailler tôt selon leur parcours".

Il prend l'"engagement", "une fois que nous aurons remis notre système à l'équilibre", d'en confier la gestion aux partenaires sociaux, qui devront observer "une règle d'or d'équilibre".

Le candidat Horizons à la présidentielle Edouard Philippe, le 17 septembre 2026, à Corzé dans le Maine-et-Loire ( AFP / Sebastien Salom-Gomis )

Edouard Philippe propose par ailleurs de "compléter" le système par répartition, "qui doit rester le socle de notre système", "par un volet capitalisation" reposant sur deux instruments: un système de capitalisation obligatoire et collectif pour l'ensemble des salariés, "neutre pour le coût du travail" selon son entourage, et la généralisation du plan d'épargne-retraite, amorcé par l’État à hauteur de 500 euros lors de la signature du premier contrat de travail.

"Dire qu'il faut travailler plus longtemps n'est pas très populaire" mais "je veux protéger les Français", plaide l'ex-Premier ministre, qui critique en creux le projet sans âge légal de départ de Gabriel Attal, "financièrement intenable et surtout socialement incroyablement injuste".