Présidentielle : attendu au tournant, le Rassemblement national planche sur son programme pour les retraites information fournie par Boursorama avec Media Services 22/05/2026 à 17:15
Marine Le Pen ne semble pas prête à revenir sur sa promesse d'un retour aux 62 ans. Mais face à la baisse de la natalité et à une économie en berne, il va falloir trouver des alternatives.
Activité des seniors, âge de départ, pénibilité... Le programme du Rassemblement national sur les retraites n'est pas encore prêt, à un an de l'élection présidentielle. Le parti d'extrême-droite doit encore faire des arbitrages et proposer des pistes. Avec la difficulté supplémentaire qu'il ne sait pas qui sera sa ou son candidat à l'Élysée.
Deux candidats, deux approches, mais au moins un constat commun : "On n'est pas assez à travailler en France" , a résumé Marine Le Pen vendredi sur BFMTV et RMC .
Pour la patronne du RN, pas besoin donc d'une énième "réforme paramétrique" qui "n'agit que sur l'âge du départ à la retraite". Et pas question, par conséquent, de toucher à sa promesse d'un retour aux 62 ans , voire 60 ans pour ceux qui ont commencé leur carrière avant 20 ans. La triple candidate à l'Élysée n'en démord pas, ce serait "une forte incitation pour les jeunes pour rentrer sur le marché du travail", ce qui est un des "deux objectifs" de cette réforme présentée comme à la fois "juste" et "économiquement pertinente et performante".
Mais l'équation n'est pas tout à fait résolue : "Il nous manque un bout sur lequel ça mérite qu'on travaille encore (...) c'est comment on fait augmenter le taux d'activité des seniors" , ajoute-t-elle. Sur ce point, le parti à la flamme est "en train de réfléchir" à d'autres "incitations", d'un côté au cumul emploi-retraite pour qu'il y ait "un avantage à continuer à travailler, y compris à temps partiel", de l'autre aux entreprises "pour qu'elles arrêtent (...) de les considérer comme inemployables à compter de 60 voire 55 ans".
Des pistes imprécises, qu'il va falloir affiner sans trop tarder. "Nous allons être amenés à faire, Jordan et moi, des arbitrages" , assure celle qui expliquait récemment avec ironie que la personnalité du candidat "joue un tout petit rôle" dans l'orientation du programme. Or, on ne saura que le 7 juillet si la justice empêche ou pas Marine Le Pen de concourir une quatrième fois à l'élection suprême.
"Faible productivité, la faible croissance économique, faible taux d'activité"
Entre temps, une autre échéance décisive viendra rebattre les cartes : le rapport annuel du Conseil d'orientation des retraites, prévu le 11 juin, fixera les termes du débat avec ses habituelles prévisions de déficit à court, moyen et long terme. L'instance a déjà préparé les esprits à de mauvais présages, avec une natalité revue en nette baisse, en partie compensée par un immigration deux fois plus importante qu'auparavant -à rebours de la réduction drastique prônée par l'extrême droite.
C'est dans ce contexte que Jordan Bardella a semblé ouvrir la porte à un relèvement de l'âge de départ à la retraite. "Nous sommes en train d'examiner cette question", a-t-il en effet lâché dans un entretien au quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung paru le 12 mai. D'accord avec son aînée pour que "ceux qui ont commencé à travailler tôt et qui exercent des métiers physiquement pénibles" arrêtent avant les autres, le jeune président du RN estime aussi que "ceux qui ont commencé plus tard doivent davantage contribuer". Le favori des sondages a pourtant payé pour apprendre : aux législatives de 2024, son exemple d'une personne entrée dans la vie active à 24 ans et pouvant partir "avec 42 années de cotisations, c'est-à-dire à 66 ans" avait semé le trouble dans les rangs nationalistes.
Aujourd'hui appelé à remplacer sa mentor -si celle-ci devait être confirmée inéligible- Jordan Bardella ne s'aventure plus sur ce terrain. Et souligne plutôt leur diagnostic commun : "Nos principaux problèmes sont la faible productivité, la faible croissance économique et le faible taux d'activité".
Lui "plaide en faveur d'un système de formation en alternance sur le modèle allemand". Elle parle "d'agir sur la création de richesse" et de "baisse de la fiscalité de production". Tout, sauf le sujet qui fâche, l'âge de départ. Peut-être parce qu'il y a "quand même une petite hésitation" admet un cadre, qui constate que "Jordan s'interroge" mais "ne voit pas Marine revenir là-dessus". Et se demande "si ce sera la priorité du début de mandat". Raison de plus pour ne pas trancher trop vite.