Présidence du Sénat : Gérard Larcher aisément reconduit, sous l'oeil du nouveau groupe RN information fournie par AFP 01/10/2026 à 18:39
Sans surprise, le président du Sénat Gérard Larcher a été réélu jeudi pour un nouveau mandat aux commandes de la chambre haute. Une mission inédite attend ce ténor de la droite: gérer l'arrivée en force d'un groupe Rassemblement national dans l'hémicycle, une première.
Une formalité: avec 203 voix sur 302 exprimées, le sénateur des Yvelines a reçu la confiance de ses pairs dès le premier tour du scrutin au Palais du Luxembourg, recevant une longue ovation au moment de l'annonce des résultats, à droite comme à gauche.
A 77 ans, celui qui a déjà cumulé 15 ans au "plateau", le siège réservé au président dans l'hémicycle, remporte ce vote pour la sixième fois. Il est désormais reconduit jusqu'en 2029.
Signe que sa mainmise sur l'institution reste incontestée, Gérard Larcher n'a eu aucun opposant lors du vote de jeudi, mis à part les présidents des trois groupes de la gauche, minoritaire à la chambre haute. Son score de 203 voix dépasse largement le simple périmètre de sa majorité constituée des Républicains et de l'Union centriste, même si une quarantaine de sénateurs ont voté blanc.
"Dans l'esprit de liberté, de responsabilité et de respect mutuel qui est la marque de notre Assemblée, chaque voix sera respectée, j'en serai le garant", a-t-il lancé après son élection, une première prise de parole scrutée à l'aune de l'arrivée d'un groupe d'extrême droite dans l’hémicycle.
Dans un discours orienté sur son projet parlementaire bien plus que sur l'irruption de ce nouveau groupe, Gérard Larcher a surtout voulu défendre le Sénat, "point d'équilibre d'une démocratie que je sens à la peine".
"Respecter le suffrage"
Ni le groupe macroniste, ni les groupes centristes n'ont tenté de lui barrer la route lors de cette élection courue d'avance, ne présentant aucun candidat.
Pas plus que le nouveau groupe Rassemblement national et ses alliés de l'Union des droites pour la République (UDR), qui se sont abstenus. "On sait très bien qu'on n'est pas en mesure d'obtenir la présidence", a expliqué la présidente du groupe Edwige Diaz, en profitant pour annoncer le nouveau nom de son groupe, baptisé Union nationale pour les territoires.
Pour les 15 élus RN-UDR, l'ouverture de la session parlementaire de jeudi devait être un jour de fête, après des élections sénatoriales réussies. Mais les accusations d'antisémitisme visant Jordan Bardella après la publication par Mediapart d'écrits attribués au patron du RN ont nettement terni l'ambiance au sein du parti lepéniste, qui ne comptait que trois élus au Sénat avant dimanche.
L'arrivée de ce groupe, "c'est le symbole de l'expression de la démocratie municipale", a réagi Gérard Larcher devant la presse après son élection, appelant à "respecter le suffrage universel indirect" issu des élections sénatoriales.
"Pas une secousse"
"Gérard est un président d'expérience. Il a traversé des épreuves, des gouvernements successifs d'orientation politique diverses. C'est le personnage le mieux armé pour faire en sorte que l'arrivée de ce groupe (RN-UDR) soit un événement, et pas une secousse", salue le sénateur LR Roger Karoutchi.
M. Larcher a dit souhaiter que le Sénat reste une Assemblée "ouverte, diverse, exigeante et respectueuse des sensibilités qui la composent".
Alors que plusieurs opposants à gauche appellent à l'instauration d'un "cordon sanitaire" pour empêcher le RN d'accéder à des postes-clé au Sénat comme une vice-présidence, il a rappelé l'existence de "règles qui font fonctionner le bureau", plus haute instance du Sénat, où les groupes sont représentés à juste proportion. Mais il s'est dit ouvert à certaines modifications du règlement, notant que "la physionomie du Sénat" avait changé.
"Traiter le groupe RN comme un groupe comme les autres, cela participe à sa normalisation", s'inquiète pour sa part la présidente du groupe écologiste Mélanie Vogel, qui prépare un courrier pour appeler les autres groupes à empêcher l'accès de l'extrême droite à une vice-présidence.
L'installation du nouvel hémicycle prendra encore quelques jours, les sénateurs ayant jusqu'à lundi pour se rattacher aux différents groupes. L'incertitude est de mise notamment au sujet du groupe des Indépendants à majorité Horizons, dirigé par Claude Malhuret. Plusieurs sources parlementaires s'attendent à le voir perdre des plumes après des dissensions internes ces derniers jours, alors qu'il comptait 20 élus avant les sénatoriales.