"Prendre au sérieux les harcelés": foule à la marche pour Camélia qui s'est suicidée
information fournie par AFP 25/01/2026 à 16:59

La mère de Camélia, une lycéenne qui s'est suicidée le 13 janvier, brandit le portrait de sa fille lors d'une marche en sa mémoire, le 25 janvier 2026 à Mitry-Mory, en Seine-et-Marne ( AFP / Thomas SAMSON )

"Les mots des enfants étouffés par le silence des adultes finissent par tuer", a déclaré dimanche à Mitry-Mory (Seine-et-Marne) l'oncle de Camélia, lycéenne qui s'est suicidée à 17 ans le 13 janvier, en conclusion d'une marche en sa mémoire réunissant plus de 2.000 personnes.

Devant le lycée où était scolarisée sa nièce, Salim Ayachi a imploré: "Parlez !"

Face à la foule compacte (quelque 2.200 personnes de source policière), il a enjoint aux élèves de raconter le harcèlement, aux parents de l'évoquer avec leurs enfants, et s'est adressé aux établissements: "Soyez transparents, quand des faits sont signalés, prenez vos responsabilités"...

La mère de Camélia, brandissant un portrait de sa fille unique, n'a pu prononcer que quelques remerciements.

La banderole de tête de la marche blanche, partie de la gare de Mitry-Claye, à 38 km au nord-est de Paris, avait donné le ton: "Ensemble contre le harcèlement scolaire".

L'élève de terminale, qui devait fêter ses 18 ans vendredi, s'est tuée le 13 janvier dans une gare de la ville. Le lendemain, deux enquêtes judiciaires ont été ouvertes, dont l'une pour "harcèlement scolaire ayant conduit la victime à se suicider", tandis qu'une enquête administrative était ordonnée.

"Camélia, elle était dans mon groupe de sport. Elle avait la joie de vivre... Deux heures avant qu'elle aille s'ôter la vie, j'étais avec elle. Elle était comme d'habitude, gentille, on rigolait, on chantait", a témoigné auprès de l'AFP Amina (prénom d'emprunt), 17 ans, au bras d'une amie la soutenant.

Depuis, elle a su que la famille de la lycéenne avait décrit, dans des courriers en décembre et janvier, les faits de harcèlement que l'élève avait relatés, et une nouvelle entrevue entre Camélia et le proviseur l'après-midi du drame.

"Dans le lycée, on a dit qu'elle s'était fait harceler et d'autres (ont soutenu) que non, qu'elle avait agrandi les choses", rapporte-t-elle. "Il aurait fallu prendre plus au sérieux sa parole. Celle de tous ceux qui sont harcelés."

Dans un communiqué mardi, le procureur de Meaux, Jean-Baptiste Bladier, avait appelé "solennellement à la plus grande prudence" dans la mise en cause médiatique de personnes, "notamment le proviseur", en retrait de l'établissement.

"Pour pousser une enfant à partir comme ça, il y a certainement des mots malheureux, mal compris, maladroits, qui ont été dits", a glissé un autre membre de la famille, Aziz, 52 ans, rencontré par l'AFP en marge de la marche et qui n'a pas souhaité donner son nom, tout en s'en remettant à l'enquête.

- La réputation des filles visée -

Marche en mémoire de Camélia, une lycéenne qui s'est suicidée le 13 janvier, le 25 janvier 2026 à Mitry-Mory, en Seine-et-Marne ( AFP / Thomas SAMSON )

Salim Ayachi a rapporté que Camélia avait subi quotidiennement insultes, brimades, humiliations, de la part de plusieurs élèves, mais qu'elle n'était "pas l'enfant harcelée que l'on imagine": elle se montrait "sociable, joyeuse", avait "des amis, une famille soudée", savait "défendre ses opinions"...

Il a assuré que la mère de Camélia avait "appelé à l'aide" et "reçu en retour le silence".

En marge de la marche, des élèves évoquaient un harcèlement qui, très souvent, passe par des rumeurs portant sur la réputation des filles.

Telle Laura (prénom d'emprunt), 16 ans, élève d'un autre lycée, confiant que "c'est archigrave ce qui se passe mais on n'en parle pas" ajoutant qu’il faut "prendre au sérieux les harcelés".

"On vise toujours le corps des filles et leur mentalité, la plupart du temps c'est par rapport aux relations avec les garçons", dit la jeune fille, mentionnant, comme beaucoup d'autres, que "l'insulte BDH (pour "bandeuse d'homme") est très très courante".

Dans le même lycée que Camélia, Julie, 16 ans, dit avoir "des amies qui se sont fait harceler: peu de gens ont agi, elles ont dû se débrouiller seules" ou faire intervenir leurs frères. Les rumeurs les visant évoquaient toujours le même thème: "genre les garçons, ce qu'ils auraient pu faire, envoyer des vidéos, recevoir des vidéos, être traitées de pute et tout ça".

Dans la marche, la présidente de la FCPE (première fédération de parents d'élèves de l'école publique) dans le département, Bélinda Borsali, a pointé auprès de l'AFP le manque de moyens pour faire appliquer le programme Phare (de lutte contre le harcèlement), "bien construit".

Elle a conclu par le message de sa banderole: "Un mot peut blesser. Un mot peut sauver".