Poutine ne veut pas admettre l'"erreur" de la guerre en Ukraine, selon un de ses ex-Premiers ministres information fournie par AFP 03/10/2026 à 18:31
Malgré les difficultés économiques croissantes et la grande lassitude de la population russe, Vladimir Poutine n'arrive pas à admettre l'"erreur" qu'il a commise en envahissant l'Ukraine, affirme Mikhaïl Kassianov ancien Premier ministre russe, dans un entretien samedi à l'AFP.
Premier ministre de 2000 à 2004, Mikhaïl Kassianov, partisan lorsqu'il était en fonction du rapprochement de la Russie avec l'Occident, est devenu après son limogeage par Vladimir Poutine l'un des critiques les plus virulents du Kremlin.
Pour lui, le président russe a "commis une erreur qu'il ne parvient pas à admettre" en envahissant l'Ukraine en 2022. "Il a cru les rapports de ses services de sécurité selon lesquels l'Ukraine était faible".
Pour l'ex-Premier ministre de 68 ans, qui s'exprimait en marge d'une conférence organisée par l'association française "Russie-Libertés", la guerre ne se terminera pas en 2027.
D'après lui, Vladimir Poutine est conforté à la fois par l'augmentation du prix du pétrole due à la guerre entre les États-Unis et l'Iran et par les désaccords entre les États-Unis et l'Europe sur la façon de traiter avec le Kremlin.
"Poutine se frotte les mains", affirme M. Kassianov. "Il pense pouvoir poursuivre la guerre sans faire la moindre concession. Et il est convaincu qu'il est en train de gagner la guerre d'usure contre l'Ukraine".
M. Kassianov, qui prédit un hiver particulièrement rude en Ukraine, appelle les pays occidentaux à exercer en rang serré une "pression psychologique sur le Kremlin" et à fournir de toute urgence des intercepteurs de missiles Patriot à l'Ukraine qui fait face à une intensification des frappes contre ses infrastructures civiles.
"Trop peur" de Poutine
M. Kassianov, qui a quitté la Russie en 2022, vit désormais en exil à Riga. En 2023, la Russie l'a désigné comme "agent de l'étranger". Il explique être toujours en contact avec des membres de la classe dirigeante en Russie.
Selon lui, en Russie, "tout le monde veut que la guerre se termine. Une écrasante majorité, en tout cas".
"La différence tient au type de fin : certains veulent que la guerre se termine par une victoire, d'autres par la défaite de Poutine, et d'autres encore veulent simplement qu'elle s'arrête, quelle qu'en soit l'issue".
M. Kassianov dit ne voir "aucune raison à une révolte", malgré les nombreux morts au front et la hausse des prix alimentaires.
"Les Russes vivent avec une forte inflation depuis 30 ans". "Ils se sont habitués à la supporter". À ses yeux, dans ce pays devenu "pratiquement totalitaire", seule une mobilisation à grande échelle pourrait déclencher des manifestations.
"Il y a un fort sentiment de fatalisme et de grandes tensions dans la société", dit-il. "Les gens se replient sur leur famille, et les sentiments négatifs envers les autres grandissent".
Il appelle les pays occidentaux, et notamment européens, à ne pas avoir peur des rodomontades de Vladimir Poutine ni ses menaces d'utiliser l'arme nucléaire.
Jeudi, le chef d'Etat russe a affirmé que la Russie envisagerait d'utiliser "tous les types d'armes" si l'enclave de Kaliningrad était attaquée.
"La plus grande erreur des Occidentaux et des Européens, c'est d'avoir trop peur de Poutine. Il n'est pas aussi fort qu'il en a l'air", a lancé M. Kassianov devant une salle comble lors de la conférence de Russie Libertés.
"Poutine craint le bouton nucléaire, beaucoup plus que les Européens", a-t-il ajouté.
Il veut faire croire aux étrangers que c'est "un psychopathe", alors que ce n'est qu'un "cynique très calculateur".
Malgré la multiplication en Europe d'attaques attribuées au Kremlin, M. Kassianov ne croit pas que le dirigeant russe soit prêt à un conflit ouvert avec l'Europe.
"Ce que veut Poutine, c'est du respect", a-t-il affirmé. "Il veut contraindre toute l'Europe à le lui accorder".
Mais il prévoit une augmentation des actes de guerre hybride, estimant que Vladimir Poutine, ancien officier du service de sécurité russe du KGB, cherche à pousser l'Occident à réagir d'une manière qu'il pourra exploiter en la présentant comme une attaque contre la Russie.
"C'est un provocateur", a-t-il ajouté. "La seule méthode qu'il comprenne est celle qu'on lui a enseignée à l'académie du KGB. Il me l'a dit lui-même".