Pourquoi la croissance mondiale ne ralentit pas ? information fournie par Le Cercle des économistes 26/10/2026 à 08:59
L'économie mondiale a subi en 2026 plusieurs chocs défavorables : hausse des matières premières, blocus du détroit d'Ormuz, hausse des droits de douane. On aurait pu s'attendre à un freinage important de la croissance mondiale, mais ce freinage n'a pas eu lieu. Tant la croissance du PIB mondial que celle du commerce mondial de biens et services sont restées très proches en 2026 de leur niveau de 2025 et on prévoit aujourd'hui une croissance en 2027 à peu près identique à celle de 2025. Il faut trouver des explications à cette résistance de la croissance mondiale, malgré les nombreux chocs qui auraient dû l'affaiblir.
Les chocs défavorables ont en effet été très importants : le prix du pétrole a augmenté de plus de 40 % en moyenne annuelle entre 2025 et 2026, les prix des autres matières premières de 17%. En particulier, le prix du gaz naturel a pratiquement triplé en Europe et en Asie depuis le début de 2026. Le trafic dans le détroit d'Ormuz est pratiquement interrompu. De plus les taux d'intérêt réels à long terme ont considérablement augmenté : ils étaient négatifs en 2022 (autour de -1 % aux Etats-Unis et de -2 % dans la zone euro), aujourd'hui ils atteignent 2,7% aux Etats-Unis et 2,2% dans la zone euro et cette hausse des taux d'intérêt réels à long terme aurait dû normalement freiner l'investissement (des entreprises, en logements). Enfin les Etats-Unis ont mis un droit de douane, en moyenne aujourd'hui de 11,8%, qui était d'un niveau d'un peu plus de 4% au début de 2026, sur l'ensemble de leurs importations et ont obtenu un recul très important (de 30 % entre 2024 et 2025) de leurs importations en provenance de Chine, avec un embargo sur le commerce technologique entre les Etats-Unis et la Chine.
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Pourtant, la croissance du PIB mondial a à peine faibli, si on suit les dernières prévisions du Fonds monétaire international : 3,5 % en 2025, 3,1% en 2026 et 3,4% en 2027. Il en est de même pour la croissance du commerce mondial des biens et services en volume : 5% en 2025, 4,6% en 2026 et une prévision de 4,7 % en 2027. Par région, la croissance est restée identique à celle de 2025 en 2026 aux Etats-Unis (2,3%), en Afrique (4,5%), au Royaume-Uni (1,2%) : elle a faibli un tout petit peu en Europe (1,1% en 2026 contre 1,2% en 2025), en Chine (4,5% en 2026 contre 5% en 2025), en Inde (7% en 2026 contre 7,8% en 2025) et en Russie (0,9% contre 1%) ; seulement le Japon et les pays du Moyen-Orient subissent un affaiblissement important de leur croissance économique.
Le développement de l'IA en soutien
On doit donc expliquer cette résistance de la croissance mondiale et du commerce mondial. La première explication est le développement de l'intelligence artificielle. Elle explique d'une part la forte croissance des exportations des pays producteurs de semi-conducteurs et de matériel informatique (de janvier à septembre 2026, les exportations de la Corée du Sud ont progressé de 83 %, celles du Japon de 9%, celles de Taiwan de 33%, celles de la Chine de 26%) et celle de l'investissement aux Etats-Unis, particulièrement des investissements des hyperscalers (Oracle, Microsoft, Meta, Amazon, Alphabet) qui atteignent aujourd'hui 2,4 % du PIB américain et atteindront en 2027 3,2% du PIB. Les investissements mondiaux liés à l'IA atteignent d'après Gartner, 2700 milliards de dollars en 2026 (2,1% du PIB mondial) et croissent rapidement.
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La seconde explication est le fait que beaucoup de pays mènent des politiques budgétaires expansionnistes ; c'est le cas des Etats-Unis (avec un déficit public de 6,5% du PIB en 2026), de l'Allemagne (dont le déficit public passe de 2,7% du PIB en 2025 à 4% du PIB en 2026), de la Chine (déficit public de 4% du PIB), de l'Inde (déficit public de 4,4% du PIB), de la France, du Japon (avec le plan de relance de Sanae Takaïchi), du Royaume-Uni (déficit public de 5,5% du PIB). L'expansion budgétaire résulte du vieillissement démographique et de la progression induite des dépenses de santé et de retraite, de la hausse des dépenses militaires, des dépenses d'infrastructure.
Quels facteurs pourraient freiner la croissance mondiale ? Il faudrait pour cela d'une part un recul des dépenses liées à l'IA, qui pourrait provenir d'une révision à la baisse des profits futurs des entreprises qui développent des modèles d'IA, impliquant un recul des commandes de semi-conducteurs ; d'autre part, une crise des dettes publiques, imposant aux gouvernements des politiques budgétaires restrictives.