Possible monnaie d'échange contre Kohler et Paris, l'Iranienne Esfandiari cautionne les massacres du 7-Octobre
information fournie par AFP 13/01/2026 à 20:42

L'Iranienne Mahdieh Esfandiari (C) et ses avocats, Mes Antoine Pastor (G) et Nabil Boudi (D), le 13 janvier 2026 au tribunal judiciaire de Paris ( AFP / STEPHANE DE SAKUTIN )

Jugée à Paris pour apologie du terrorisme, l'Iranienne Mahdieh Esfandiari, possible monnaie d'échange avec Téhéran contre les Français Cécile Kohler et Jacques Paris, a cautionné mardi les publications en ligne sur les massacres commis par le Hamas le 7 octobre 2023 en Israël pour lesquels elle est poursuivie.

Née en Iran et arrivée en France en 2018 où elle a fait un master avant de monter une entreprise de traduction et interprétariat, cette femme aujourd'hui âgée de 39 ans est poursuivie, avec quatre autres coprévenus, pour des publications en 2023 et 2024, notamment sur les plateformes Telegram, X, Twitch et YouTube et le site Egalité et réconciliation de l'essayiste d'extrême droite multicondamné Alain Soral.

Au premier jour du procès, juste avant le début de l'audience, la prévenue, vêtue d'une longue robe sur un jean et d'un foulard, a assuré vouloir dissiper les "mensonges" à son sujet.

Le 30 octobre 2023, le parquet de Paris avait reçu un signalement du ministre de l'Intérieur sur un compte Telegram @Axe_de_la_Résistance, faisant l'apologie de l'attaque menée par le mouvement islamiste palestinien Hamas le 7 octobre 2023, incitant à des actes de terrorisme et injuriant la communauté juive.

Selon les juges d'instruction qui l'ont renvoyée en procès, Mahdieh Esfandiari a occupé une "place centrale dans l'organisation Axe de la Résistance" et "secondé" Maurizio Busson, un ancien étudiant de l'université Al-Mustafa de Qom en Iran qui en était le principal organisateur. Il est jugé à ses côtés.

Alors qu'elle a effectué près de huit mois de détention provisoire, elle comparaît notamment pour apologie d'un acte de terrorisme commis en ligne et provocation directe en ligne à un acte de terrorisme, des délits passibles de sept ans d'emprisonnement et 100.000 euros d'amende.

Parmi les nombreux propos qui lui sont reprochés: avoir publié la phrase "Une attaque qui fait le bonheur de milliards de gens dans le monde..." en référence aux massacres du 7-Octobre; avoir remercié "ceux qui ont soutenu la Résistance (...) Et à leur tête la République islamique d'#Iran" ou, un an plus tard, avoir célébré notamment avec des émoticônes l'anniversaire de l'attaque perpétrée par le Hamas.

- Admiratrice des gardiens de la Révolution -

A la barre, cette admiratrice des gardiens de la Révolution, qui a traduit en français des ouvrages publiés par une maison d'édition rattachée au régime iranien, reconnaît avoir été à l'origine de la chaîne Axe de la Résistance, mais conteste être l'autrice des publications. Ce qui ne l'empêche pas de défendre les massacres.

L'essayiste d'extrême droite Alain Soral, le 27 septembre 2023 à Lausanne, en Suisse ( AFP / FABRICE COFFRINI )

"Notre vision de l'impérialisme est un peu différente de votre vision", affirme-t-elle dans un français quasi-parfait, évoquant la "colonisation" et "la guerre menée par les Etats-Unis ou son allié Israël". "Notre chaîne avait pour mission d'éclairer les gens sur les enjeux politiques dans cette région".

Au fil de l'audience et des questions, elle devient de plus en plus virulente.

"Il y a eu des enfants tués, des femmes tuées, des prises d'otage du côté palestinien et le 7-Octobre, c'était une réponse logique", estime-t-elle encore. "Ce n'est pas un acte de terrorisme, c'est un acte de résistance", poursuit-elle, n'hésitant pas à affirmer qu'aucune enquête internationale n'avait fait la lumière sur l'attaque.

Le procès, qui intervient en plein mouvement de protestation en Iran durement réprimé, doit durer quatre jours et est scruté de près.

Les autorités iraniennes souhaitent échanger Mahdieh Esfandiari, arrêtée en France en février 2025, contre Cécile Kohler, 41 ans, et Jacques Paris, 72 ans, incarcérés en Iran en mai 2022 avant d'être condamnés respectivement à 20 et 17 ans de prison, notamment pour espionnage pour Israël, puis libérés début novembre 2025 avec interdiction de quitter le pays. Ils restent pour l'heure bloqués à l'ambassade de France à Téhéran.

Des membres des forces de sécurité iraniennes montent la garde devant l'ambassade de France à Téhéran, le 21 octobre 2025, lors d'une manifestation de soutien à l'Iranienne Mahdieh Esfandiari, arrêtée en France ( AFP / ATTA KENARE )

"Cet échange entre nous et la France a été négocié. Il y a eu un accord et en effet, nous attendons que toute la procédure juridique et judiciaire se fasse dans les deux pays", avait déclaré fin novembre le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi.

La diplomatie française a pour sa part refusé de commenter une procédure judiciaire "en cours" et n'a rien voulu dire sur l'impact potentiel sur leur libération du mouvement actuel.

Devant l'Assemblée nationale, le Premier ministre Sébastien Lecornu a néanmoins justifié mardi la prudence de la France sur la contestation en Iran, critiquée par le fils de l'ancien chah et d'une partie de la classe politique française, par la situation "plus que fragile et préoccupante" des deux Français.

La soeur de Cécile Kohler, Noémie, a toutefois indiqué qu'ils allaient "bien". "Ils se remettent peu à peu de leur détention mais sont impatients de rentrer", a déclaré Anne-Laure Paris, fille de Jacques Paris.