PORTRAIT-Qui est Mojtaba Khamenei, possible futur guide suprême iranien ? information fournie par Reuters 04/03/2026 à 17:33
Mojtaba Khamenei, fils du défunt ayatollah Ali Khamenei, est considéré comme un possible successeur de son père en tant que guide suprême après des années passées à nouer d'étroites relations avec les Gardiens de la révolution et à consolider son influence forte au sein de l'institution cléricale iranienne.
Agé de 56 ans, il a survécu jusqu'à présent à la campagne de bombardements aériens conduite par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran, qui a coûté la vie samedi à son père, ont déclaré mercredi deux sources iraniennes à Reuters.
Ce religieux de rang intermédiaire, qui se présente comme le "gardien" de la pensée de son père, s'est opposé aux partisans d'un dialogue avec l'Occident dans le cadre des efforts visant à freiner les ambitions nucléaires iraniennes.
Ses relations avec le Corps des Gardiens de la révolution (CGRI), l'armée idéologique du régime, lui donnent un pouvoir accru au sein de l'appareil politique et sécuritaire iranien.
"Il jouit d'un fort soutien au sein du CGRI, en particulier parmi les jeunes générations radicalisées", estime Kasra Aarabi, spécialiste du CGRI au sein de l'United Against Nuclear Iran, une organisation basée aux Etats-Unis.
"Donc si Mojtaba est vivant, il y a de fortes chances qu'il succède (à son père)", dit-il, ajoutant que Mojtaba Khamenei se conduit déjà comme un "mini-guide suprême".
L'Assemblée des experts, chargée de désigner le nouveau guide suprême, est "proche d'une conclusion" et annoncera bientôt sa décision, a déclaré l'un de ses membres, Ahmad Khatami, mercredi à la télévision d'Etat iranienne.
Pour ses détracteurs, Mojtaba Khamenei n'a pas les qualifications religieuses requises pour devenir guide suprême. Sa nomination irait à l'encontre de la volonté des fondateurs de la République islamique de rompre avec la tradition dynastique de la monarchie des shahs.
Son nom continue pourtant de circuler, en particulier depuis la mort d'un autre candidat pour ce rôle, l'ancien président Ebrahim Raïssi tué dans un accident d'hélicoptère en 2024.
RÔLE EN COULISSES
Né en 1969 à Machhad, Mojtaba Khamenei a vu pendant son enfance son père se mobiliser au côté de l'ayatollah Rouhollah Khomeini contre la dictature du shah.
Mojtaba Khamenei a combattu pendant la guerre Iran-Irak (1980-88) et effectué des études religieuses aux séminaires de Qom, épicentre de la théologie chiite.
Il porte le titre d'hodjatoleslam, inférieur à celui d'ayatollah dans la hiérarchie religieuse chiite, et le turban noir du sayyed, descendant direct du prophète Mahomet.
Il n'a jamais occupé de position officielle au sein du gouvernement de la République islamique. On a pu le voir à des rassemblements en faveur du régime mais il ne s'est que rarement exprimé en public.
Mojtaba Khamenei est visé depuis 2019 par des sanctions du département du Trésor américain, qui a estimé à l'époque qu'il représentait le guide suprême "à titre officiel même s'il n'a jamais été élu ni nommé à un poste gouvernemental", hormis son travail au sein du cabinet de son père.
Mojtaba Khamenei, affirmait encore le Trésor américain, s'est vu confier certaines prérogatives par son père et entretient d'étroites relations avec le commandant de la force Al-Qods du CGRI, chargée des opérations extérieures, et les Bassidji, milice religieuse affiliée aux Gardiens, "pour promouvoir les objectifs régionaux de déstabilisation et les objectifs intérieurs d'oppression de son père".
Dès 2007, un câble diplomatique américain dévoilé par WikiLeaks citait trois sources iraniennes décrivant Mojtaba Khamenei comme le meilleur moyen d'atteindre Ali Khamenei.
Le fils d'Ali Khamenei est considéré souvent comme à l'origine de l'ascension fulgurante du président ultraconservateur Majhmoud Ahmadinejad, élu en 2005, dont il a soutenu la réélection contestée par une vague de manifestations quatre ans plus tard.
Il a été, en 2022, une cible privilégiée des manifestants du mouvement "Femme, vie, liberté" protestant contre la mort en détention de l'étudiante Mahsa Amini après son arrestation par la police des moeurs.
Son épouse, fille d'une figure de la ligne dure, l'ancien président du Parlement Gholamali Haddadadel, a été tuée samedi dans les bombardements israélo-américains.
(Rédigé par Tom Perry, Michael Georgy et Parisa Hafezi; Jean-Stéphane Brosse pour la version française)