PORTRAIT-ISRAEL/ELECTIONS-Eisenkot concurrence Netanyahu en incarnation de la sécurité d'Israël
information fournie par Reuters 23/10/2026 à 13:16

* Il est ancien chef d'état-major de l'armée

* Son parti Yashar devance le Likoud dans les sondages

* Il prône un usage disproportionné de la force

* Il a perdu un fils et deux neveux dans la guerre à Gaza

par Alexander Cornwell et Maayan Lubell

Réservé, peu enclin à s'exposer dans les médias et relativement novice en politique, Gadi Eisenkot, ancien chef de l'armée israélienne, offre un contraste saisissant avec Benjamin Netanyahu, qu'il espère déloger du poste de Premier ministre à l'issue des élections législatives prévues mardi en Israël.

Son image de "faucon" adepte du franc-parler, aux origines modestes, séduit dans un pays appelé à se rendre aux urnes pour la première fois depuis l'attaque du Hamas palestinien sur son sol le 7 octobre 2023.

Gadi Eisenkot promet une rupture avec Benjamin Netanyahu et ses alliés d'extrême droite, mais pas avec leur fermeté assumée sur les questions de sécurité, qui s'est encore durcie depuis le 7-Octobre. Il s'oppose ainsi à la création d'un Etat palestinien et affirme que la branche militaire du Hamas doit être détruite ou dissoute.

Les sondages montrent que son parti, Yashar, devance le Likoud de Benjamin Netanyahu dans les intentions de vote mais, en raison de la fragmentation du paysage politique israélien, aucun des deux hommes ne peut avoir la certitude d'être en position de former le prochain gouvernement à l'issue du scrutin.

Gadi Eisenkot a mis en avant ses références sur les questions de sécurité durant la campagne, insistant sur sa "doctrine Dahiyeh" consistant à riposter de manière disproportionnée à toute attaque, à l'image de ce qu'il avait appliqué lors du conflit de 2006 contre le Hezbollah libanais.

Son style austère le distingue de Benjamin Netanyahu, politicien roué adepte du coup d'éclat, poursuivi pour corruption et jugé responsable par beaucoup d'Israéliens des failles en matière de sécurité ayant abouti à l'attaque du 7 octobre 2023.

Sa stature est étoffée par le prix qu'il a personnellement payé dans le conflit déclenché par le 7-Octobre: un fils et deux de ses neveux sont morts au combat dans la bande de Gaza.

FAVORABLE À LA COLONISATION

"Il est très agréable, ce n'est pas un politicien, c'est une personne lambda", décrit Eitan Shamir, directeur du Centre Begin-Sadate pour les études stratégiques à l'université Bar-Ilan. "Il n'est pas trop sophistiqué. Les gens ont l'impression qu'ils peuvent s'identifier à lui."

Au-delà de sa volonté d'éradiquer la menace armée du Hamas, Gadi Eisenkot juge qu'Israël doit empêcher l'Iran de se doter d'une capacité nucléaire militaire, que ce soit par la force ou via un "arrangement" tel qu'une solution diplomatique soutenue par les Etats-Unis.

Il est aussi favorable à la colonisation juive de la Cisjordanie occupée, qui s'est amplifiée avec Benjamin Netanyahu alors même qu'elle est considérée par la majeure partie de la communauté internationale comme illégale et un obstacle à la paix avec les Palestiniens.

Ces colonies doivent toutefois servir les intérêts nationaux d'Israël et être "légales", a-t-il dit à la chaîne de télévision Channel 7, ce qui sous-entend une opposition aux implantations sauvages.

Gadi Eisenkot a ainsi critiqué les attaques des colons contre les Palestiniens, qui se sont multipliées depuis 2023, et a marqué son opposition à Itamar Ben-Gvir et Bezalel Smotrich, partenaires ultranationlistes de Benjamin Netanyahu tous deux sanctionnés par plusieurs pays occidentaux pour leurs incitations à la violence.

Fils d'immigrés marocains, Gadi Eisenkot pourrait devenir le premier chef de gouvernement israélien issu de la communauté des Mizrahim, Juifs originaires d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient, alors que la vie publique israélienne est dominée depuis la création de l'Etat hébreu par les Ashkénazes venus d'Europe.

Gadi Eisenkot a servi pendant 41 ans au sein des Forces de défense israéliennes (IDF), commandant des troupes en Cisjordanie durant la seconde Intifada puis au Liban en 2006 durant le conflit contre le Hezbollah.

OBSERVATEUR AU SEIN DU CABINET DE GUERRE

La "doctrine Dahiyeh" qu'il a appliquée au Liban se veut une stratégie dissuasive consistant à recourir sans retenue à la force contre les groupes armés, quitte à infliger des destructions massives y compris contre des infrastructures civiles. Son nom est tiré des faubourgs sud de Beyrouth contrôlés par le Hezbollah. Des représentants de l'Onu avaient alors déclaré que les bombardements sur Dahiyeh violaient le droit humanitaire.

Gadi Eisenkot a gravi les échelons de la hiérarchie militaire au point de devenir chef d'état-major de l'armée israélienne de 2015 à 2019.

Le parti qu'il a créé en 2025 s'appelle Yashar, terme signifiant "franc" ou "honnête" en hébreu.

Après l'attaque du Hamas le 7 octobre 2023, qui a fait 1.200 morts et permis au mouvement palestinien de prendre 251 otages, Gadi Eisenkot a intégré le cabinet de guerre de Benjamin Netanyahu en tant qu'observateur.

Il l'a quitté au bout de huit mois en critiquant la gestion de Benjamin Netanyahu.

"Je veux une chose simple. Nous avons défini, et j'ai levé la main pour l'approuver, la destruction de la puissance militaire et gouvernementale du Hamas", a-t-il dit à Channel 7.

"Nous avons décidé d'y parvenir en un an. Trois années se sont écoulées et cela ne s'est pas produit", a-t-il poursuivi, dénonçant l'objectif de "victoire totale" de Benjamin Netanyahu.

Israël a détruit la majeure partie de la bande de Gaza à la suite du 7-Octobre, faisant 74.000 morts selon le bilan des autorités sanitaires de l'enclave.

Une commission d'enquête de l'Onu a conclu qu'Israël avait commis un génocide à Gaza, une accusation rejetée par l'Etat hébreu.

HOSTILE À UN ETAT PALESTINIEN

Un plan de paix annoncé à l'automne 2025 par le président américain Donald Trump a abouti à un cessez-le-feu et à la libération des derniers otages enlevés deux ans auparavant, ce qui, aux yeux de Gadi Eisenkot, constitue le seul objectif de guerre atteint par Israël.

Ce plan américain prévoit aussi le désarmement du Hamas, la mise en place d'une nouvelle gouvernance palestinienne dans la bande de Gaza sous supervision internationale et un retrait de l'armée israélienne. Ces objectifs sont loin d'être atteints, Israël continuant d'occuper plus de la moitié du territoire palestinien tandis que le Hamas a conservé son arsenal.

Le Hamas s'est dit cet été prêt à rendre ses armes en échange d'un retrait israélien progressif mais Benjamin Netanyahu a rejeté cette proposition, affirmant que le mouvement palestinien devait être désarmé avant tout retrait.

Dans son interview à Channel 7, Gadi Eisenkot a réitéré son objectif d'éradication de la puissance militaire du Hamas.

"C'est là où nous devons voir comment y parvenir, comment la branche armée du Hamas est détruite ou dissoute. Cela doit se terminer par ça", a-t-il dit.

Gadi Eisenkot est hostile à la création d'un Etat pour les Palestiniens, qui souhaitent l'établir en Cisjordanie et dans la bande de Gaza avec Jérusalem-Est pour capitale. "Deux Etats pour deux peuples, c'est une erreur", a-t-il dit à Channel 7.

"Ma position est qu'entre le Jourdain et la mer, Israël doit assumer la responsabilité première de la sécurité. Il ne doit y avoir aucune armée étrangère entre la Méditerranée et le Jourdain si nous voulons vivre", a-t-il insisté.

Tout en étant favorable à la colonisation, il est toutefois hostile aux constructions validées par Benjamin Netanyahu dans ce qui est appelé le bloc E1, qui aboutiraient de fait à une partition en deux de la Cisjordanie et rendraient encore plus difficile la création d'un Etat palestinien.

Gadi Eisenkot a annoncé qu'il ne s'associerait à aucun parti représentant les Arabes israéliens car ils n'acceptent pas, selon lui, ses principes essentiels au premier rang desquels l'éradication ou le démantèlement des ennemis d'Israël. Cette position risque de réduire ses espoirs de dégager une majorité à la Knesset même si Yashar arrive en tête des élections.

"Je m'efforcerai d'intégrer davantage de partis sionistes car Israël a besoin d'une large coalition avec un gouvernement qui dégagera un large consensus national", a-t-il dit à Channel 7.

(Alexander Cornwell et Maayan Lubell, rédigé par Tom Perry, version française Bertrand Boucey, édité par Benoit van Overstraeten)