Pologne: le PM fustige les réseaux sociaux après une nouvelle attaque au couteau dans une école information fournie par AFP 08/10/2026 à 15:12
Le Premier ministre polonais a dénoncé jeudi la responsabilité des réseaux sociaux et des jeux vidéos dans l'émergence d'un "culte de la violence" après une nouvelle attaque au couteau commise par un adolescent dans une école, qui a fait un mort et deux blessés.
La Pologne a un taux d'homicides et d'atteintes physiques à la personne parmi les plus bas d'Europe. Mais depuis la rentrée de septembre, plusieurs agressions à l'arme blanche ou tentatives impliquant des mineurs ou jeunes adultes dans des écoles et lycées ont ébranlé communauté éducative et responsables politiques.
Jeudi, c'est un jeune de 15 ans qui a mortellement poignardé une femme de 37 ans, concierge de l'école primaire Jean-Paul II à Leszczydol-Nowiny, une petite localité située à 70 kilomètres à l'est de Varsovie.
L'assaillant, ancien élève de l'établissement, a ensuite blessé une enseignante et le directeur, qui sont parvenus à le maîtriser. Selon les témoins, le garçon était équipé d'un casque sur lequel il avait fixé une caméra pour filmer ses actes, sans qu'on sache à ce stade s'il comptait diffuser les images.
Une grand-mère venue chercher son petit-fils de 11 ans devant l'école accusait "l'internet" d'être au coeur de la violence chez les jeunes. "Que l'Etat fasse enfin quelque chose avec ces histoires d'internet. Ca ne va pas s'arranger, ça ne fera qu'empirer (...). Les téléphones, internet, il n'y a que ça", s'est-elle inquiétée auprès d'un journaliste de l'AFP sur place.
Phénomène d'imitation
Le Premier ministre Donald Tusk a dans la foulée convoqué une réunion de crise avec les ministres de l'Intérieur, du Numérique, de l'Éducation nationale et de la Santé, ainsi que le coordinateur des services spéciaux et le commandant en chef de la Police.
"Ce culte de la violence est devenu omniprésent dans le monde et, malheureusement, a aussi atteint la Pologne", a déploré Donald Tusk au cours d'une conférence de presse accompagnant cette réunion.
Il a évoqué "un phénomène d'imitation" touchant de jeunes garçons, sujets "très souvent à un état de crise mentale", lequel est à son tour "lié à un comportement de groupe" impliquant notamment des phénomènes de harcèlement
Et cela, a-t-il ajouté, "sous l'influence d'internet (...), des jeux vidéo, de contenus (...) qui promeuvent la pure violence, les +freak fights+".
Ce terme anglais signifiant "combats de monstres" désigne aujourd'hui des combats violents entre célébrités ou influenceurs.
Le chef du gouvernement a annoncé le renforcement de la présence policière aux abords des établissements scolaires.
M. Tusk a critiqué le président nationaliste Karol Nawrocki d'avoir posé son veto à un projet de loi qui, selon le Premier ministre, était destiné à lutter contre la violence et la haine sur les réseaux sociaux.
Selon le directeur de l'école endeuillée jeudi, l'adolescent, dont les motivations ne sont pas connues, était armé de trois couteaux.
"Il est entré (dans le bâtiment) en courant et a blessé la concierge. J’ai entendu un cri", a témoigné Krzysztof Ochmanski.
"Je suis sorti dans le couloir (...) et il est revenu vers moi les mains en l'air. Il m'a seulement touché avec la lame du couteau, une longue, parce qu'il avait trois couteaux (sur lui), puis m'a frappé avec le manche", a-t-il raconté à la chaîne publique Radio dla Ciebie.
Actes rares
En Pologne, l'école primaire rassemble l'équivalent de l'école élémentaire et du collège en France, du CP jusqu'à la classe de quatrième.
Si les attaques de cette nature y sont rares, ce même jeudi matin la police a arrêté un garçon de 17 ans à Sierpc, à 125 kilomètres au nord-ouest de la capitale, alors qu'il avait fait connaître à ses amis l'intention de faire "quelque chose de grandiose" dans son école. Alerté, un professeur a appelé la police.
Les agents ont retrouvé dans son appartement un sac avec deux couteaux.
La veille, un élève de 19 ans a blessé neuf personnes à l'arme blanche dans son lycée professionnel à Ostrołęka, à 120 kilomètres au nord de Varsovie. Dans son sac abandonné dans l'enceinte de l'école, la police a retrouvé des explosifs.
La ministre polonaise de l'Education Barbara Nowacka, a appelé les médias traditionnels mais aussi des influenceurs de réseaux sociaux à commenter ces incidents de manière "responsable" pour éviter une montée en "spirale" de ce genre d'actes de violence perpétrés par des jeunes victimes de "radicalisation".
Dans une note transmise à l'AFP, la police a fait état de plusieurs incidents impliquant ces derniers mois des écoliers ayant commis des agressions à l'arme blanche dans leur établissement, ou empêchés de passer à l'acte.