Plus de 140.000 inscrits à la primaire sociale-démocrate, plus proche d'un congrès du PS que de 2027 information fournie par AFP 06/10/2026 à 01:06
Les trois débats télévisés de la primaire de la gauche sociale-démocrate ont laissé l'impression d'un processus plus proche d'un congrès du Parti socialiste que d'un départage en vue de 2027, où personne n'a véritablement conforté sa stature présidentielle avant un vote auquel plus de 140.000 personnes pourront participer.
Dans la nuit de lundi à mardi, la commission organisant le scrutin a fourni un chiffre définitif supérieur aux prévisions: ils seront précisément 140.282 inscrits en mesure d'aller voter au premier tour les 9 et 10 octobre.
"Ces dizaines de milliers de citoyens sont la garantie de l'unité autour du vainqueur de cette désignation", a voulu croire son président Patrick Mennucci.
Les divisions ont pourtant marqué les derniers jours. Une situation illustrée par une spectatrice du panel désigné dimanche soir pour interroger les cinq candidats, lors du dernier débat sur BFMTV: celle-ci s'est dite "découragée" et "triste", jugeant même difficile de croire qu'un des candidats puisse gagner la présidentielle.
La question stratégique d'une éventuelle alliance avec La France insoumise a en effet accaparé l'attention, éclipsant les sujets de fond et les propositions des cinq candidats.
"On n'a pas été au niveau", a reconnu le leader de Place publique Raphaël Glucksmann dimanche. Puis à Marseille, il s'est dit lundi "absolument convaincu" qu'un rassemblement de la gauche non-LFI est possible pour mener "la mère de toutes les batailles" face au RN.
Pour Raphaël Glucksmann, qui revendique de faire de cette primaire le début d'une refondation de la gauche, il fallait "clarifier" : hostile à toute alliance avec la formation de Jean-Luc Mélenchon - lors de législatives qui suivraient la présidentielle -, et aidé par le député socialiste Jérôme Guedj, il a accusé le patron du PS Olivier Faure de vouloir se rapprocher du patriarche insoumis, comme il l'a déjà fait à deux reprises au moment de la Nupes (2022) et du Nouveau Front populaire (2024).
M. Glucksmann lui a notamment reproché d'avoir "l'esprit de défaite" et d'être "obscène" en exigeant de lui qu'il qualifie de "génocide" les actions meurtrières de l'armée israélienne à Gaza.
En face, Olivier Faure, partisan d'un rassemblement de la gauche à l'Assemblée, lui a reproché de toujours faire de Jean-Luc Mélenchon le "vainqueur par contumace" et a ravivé le procès en "macronisme" qui colle à la peau de l'eurodéputé, qui s'est entouré "de gens qui ont participé à la politique macroniste".
Au final, les deux principaux rivaux n'ont pas réussi à plier le match.
Pas de leadership
M. Glucksmann, considéré comme le favori selon les intentions de vote pour la présidentielle, n'a pas réussi à prendre le leadership dans les débats, en particulier face à Ségolène Royal. Elle l'a ciblé à plusieurs reprises, notamment après qu'il l'a accusée dans une vidéo d'avoir fait "la danse du ventre à Macron". "Une agression à connotation sexuelle", a-t-elle dénoncé, obtenant de lui qu'il s'excuse.
Olivier Faure, cantonné entre 3 et 5% dans les intentions de vote, n'a pas non plus réussi à casser son image d'homme d'appareil et de tacticien que lui prêtent ses adversaires, ni à émerger auprès du grand public, alors qu'il est depuis 8 ans à la tête du PS.
Les deux hommes ont encore renforcé cette impression de "congrès" par leur manière de faire campagne, dans cette primaire fermée qui nécessite de payer 15 euros pour voter.
Car si chaque débat a permis d'attirer de nouveaux électeurs - Place publique et le PS ont doublé leurs adhérents par rapport à 2025, selon Patrick Mennucci - le profil de ces électeurs reste difficile à établir.
Raphaël Glucksmann et Olivier Faure ont donc concentré leur efforts sur les militants socialistes.
L'eurodéputé a fait plusieurs déplacements dans les fédérations proches de ses soutiens socialistes, comme en Occitanie, dans l'Hérault ou la Seine-Maritime, histoire de tenter de s'assurer une base confortable, en plus des militants de Place publique qui lui sont acquis.
Olivier Faure, qui n'est plus majoritaire dans les instances du PS depuis que son ancien allié Boris Vallaud l'a lâché et a rejoint son rival, fait lui un travail de fourmi, comptant sur "l'esprit de drapeau" au sein de son parti.
"Pour énormément de responsables de fédération, ça leur déchire le cœur d'appeler à voter pour quelqu'un qui n'est pas socialiste", souligne un de ses soutiens. "Olivier passe son temps à appeler le réseau, les fédérations, les élus. On gère comme pour un congrès".