Pierre-Édouard Stérin défend ses ambitions "métapolitiques" devant les sénateurs information fournie par AFP 04/06/2026 à 15:32
"À droite de l'extrême droite" sur l'immigration, "à l'extrême gauche de l'extrême droite" sur l'économie: devant les sénateurs, l'homme d'affaires Pierre-Édouard Stérin s'est étendu jeudi sur sa personnalité et ses ambitions "métapolitiques", un projet devant aboutir à la victoire d'une "politique de droite libérale conservatrice".
Le milliardaire conservateur âgé de 52 ans, "exilé fiscal" assumé en Belgique depuis 2012, a passé plus d'une heure et demie à répondre en visioconférence aux questions d'une commission d'enquête sénatoriale sur les mécanismes de financement des fondations privées en politique.
Très souriant derrière sa webcam, usant régulièrement d'autodérision au moment d'évoquer son parcours personnel, ses échecs ou ses "rêves", l'homme d'affaires a déroulé sereinement son exposé, refusant cordialement d'entrer dans certains "débats politiques" comme sur son opposition au droit à l'avortement.
Non sans agacer son auditoire lorsqu'il a reconnu une certaine ignorance sur les montages juridiques précis de son écosystème entrepreneurial, au point de renvoyer à plusieurs reprises certaines réponses à ses équipes, "beaucoup plus compétentes" que lui.
- "Faire de l'argent" -
"S'il fallait me définir politiquement, je me définirais comme étant au centre de la droite", a déclaré celui qui a fait fortune dans les coffrets cadeaux Smartbox, avant de se tourner vers la philanthropie.
"Je suis en faveur de la remigration des étrangers délinquants, sans papiers ou au chômage depuis plus de douze mois, donc je suis à droite de l'extrême droite" sur ce point, a-t-il détaillé d'une part, estimant "par contre" se situer "à l'extrême gauche de l'extrême droite sur les sujets économiques".
Questionné à de nombreuses reprises sur les deux structures de philanthropie qu'il a fondées, le Fonds du bien commun et Périclès, il a tenté d'en décrire les objectifs, bien distincts selon lui.
Là où le Fonds du bien commun "soutient des projets d'intérêt général" sur la culture, l'éducation ou le handicap, Périclès soutient des organisations ou cercles de réflexion susceptibles d'influer sur le débat politique sans participer directement à la compétition électorale.
Qualifiée de projet "métapolitique" par M. Stérin, la structure a pour but de "diffuser en France des idées libérales conservatrices". Afin d'aboutir, "nous l'espérons", à des votes permettant "d'avoir en France une politique de droite libérale conservatrice" dans les "prochains mois" ou les "prochaines années", a reconnu le milliardaire.
"Mais je ne le fais pas par intérêt", plutôt pour "être utile", a-t-il assuré, estimant consacrer seulement "10% de son temps" à ces activités. "Je préfère de loin la vie des affaires", martèle-t-il, un écosystème idéal pour mettre à profit son "principal talent", à savoir "faire de l'argent".
Plusieurs sénateurs ont fait part en retour de leur scepticisme, notamment sur le périmètre inclus dans la notion de "métapolitique".
- Tennis et noisettes du jardin -
"Je n'arrive pas bien à saisir la frontière entre métapolitique et politique", a pointé la socialiste Colombe Brossel, rapporteure de la commission d'enquête, s'interrogeant notamment sur l'institut Politicae, financé par M. Stérin, présenté comme une structure destinée à accompagner les candidats au mandat de maire.
"Il n'y a pas de collusion des genres", a balayé l'homme d'affaires originaire de Normandie, défendant notamment "l'agenda complètement apartisan" de Politicae et le "souci de transparence important" qu'il s'impose.
Rarissime dans ses apparitions publiques, Pierre-Édouard Stérin a profité de cette tribune pour en dire un peu plus sur sa vie personnelle, entre "parcours scolaire très compliqué" - il a passé cinq ans au lycée avant d'avoir son bac -, passion débordante pour les jeux vidéo et vente sur les marchés des "noisettes du jardin afin d'économiser un peu d'argent".
Père de cinq enfants, il a confié avoir eu "deux rêves" dans la vie: "Devenir champion du monde de tennis" et "devenir milliardaire".
Il n'a réalisé que le second, a-t-il souri, se targuant d'avoir fait fructifier "5.000 euros prêtés par (s)es parents en 2003" en "un peu plus d'1,4 milliard d'euros" début 2026.
L'homme d'affaires avait refusé l'année dernière par deux fois une convocation en présentiel d'une autre commission d'enquête de l'Assemblée nationale et a été entendu en novembre à ce sujet par la police judiciaire. Le refus de comparaître devant une commission d'enquête parlementaire est passible de deux ans d'emprisonnement et 7.500 euros d'amende.