Pétards et sirènes hurlantes, 8.000 pompiers manifestent à Paris
information fournie par AFP 29/09/2026 à 18:08

Des pompiiers manifestent place de la Nation à Paris, le 29 septembre 2026 ( AFP / Anne-Christine POUJOULAT )

Quelque 8.000 sapeurs-pompiers ont manifesté mardi à Paris, la mention "en grève" scratchée à leur polo, à l'appel de syndicats dans un concert continu de pétards pour faire entendre leurs revendications et leur "colère" au gouvernement.

Reçus en milieu d'après-midi par le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, les représentants de l'intersyndicale, qui ne s'attendaient pas à de "grandes annonces", ont reconnu à la sortie des "signaux positifs" envoyés par le ministre.

"Il y a une prise de conscience sur les dangers qu'on peut faire courir à nos concitoyens lorsque la sécurité civile est affaiblie et qu'on ne peut pas répondre aux demandes de secours", a déclaré le porte-parole de l'intersyndicale, Xavier Boy, à la fin de la rencontre.

"Aujourd'hui il y a presque 8.000 manifestants sapeurs-pompiers, on n'est pas venus chercher 1 euro de plus pour notre salaire, on est venus dénoncer l'état catastrophique de la sécurité civile", a-t-il ajouté.

La préfecture de police de Paris a aussi fait état de 8.000 pompiers dans la rue.

Sous un nuage de fumigènes rouges, les sapeurs-pompiers ont défilé dans la capitale derrière une banderole de l'intersyndicale sur laquelle il était écrit : "Des moyens, pas des miracles". Dans le cortège, des pancartes proclamaient "Vocation, pas prostitution" ou encore "Moins de milliardaires, plus de Canadair".

Des pompiers manifestent place d'Italie à Paris, le 29 septembre 2026 ( AFP / Kenzo TRIBOUILLARD )

Partis de la place d'Italie, les pompiers ont rejoint, sous les applaudissements, la manifestation de la fonction publique place de la Bastille.

"On vient défendre notre profession face aux difficultés qu'on rencontre depuis des années maintenant", explique Guillaume Civray de la Fédération autonome SPP-PATS du Var. "Cet été, on a eu encore le drame de perdre quatre collègues, plusieurs centaines de pompiers intoxiqués."

"Clairement, on est fatigués", abonde Julien Dubois, pompier en Seine-et-Marne. "Ça fait plusieurs années qu'on le signale, qu'on demande beaucoup de moyens. Nos interventions augmentent, mais par contre, le personnel diminue", et "les camions sont de moins en moins efficaces", dénonce-t-il sur fond de sirènes hurlantes et de drapeaux des syndicats CGT, SUD, Solidaires et de la Fédération autonome SPP-PATS.

Pour un financement pérenne

Selon la direction de la sécurité civile, 4.903 pompiers professionnels étaient déclarés grévistes mardi. Cela correspond, toujours selon la direction, à 13,6% de l'ensemble des 44.000 pompiers professionnels dont tous n'étaient pas de garde mardi.

Des pompiers manifestent place de la Bastille à Paris, le 29 septembre 2026 ( AFP / Thomas SAMSON )

Les syndicats ont avancé eux le chiffre de 50% de grévistes, dénonçant un problème dans les calculs qui ne prennent pas en compte les pompiers grévistes désignés pour travailler afin de garantir le service de secours.

Les pompiers veulent faire pression avant l'examen prévu à l'automne d'un projet de loi dit de modernisation de la Sécurité civile, et l'examen du projet de finances à partir du 20 octobre, date de fin théorique d'un préavis de grève des pompiers professionnels qui court depuis le 8 septembre.

Ils réclament aussi un financement pérenne des Services départementaux d'incendie et de secours (Sdis), dont les dépenses de fonctionnement sont passées de 3,9 milliards d'euros en 2012 à 5,2 milliards en 2025, selon l'Observatoire des finances et de la gestion publique locales.

Les pompiers professionnels réclament en outre "un recentrage" sur les missions de secours et de soins d'urgence aux personnes (SSUAP) qui représentent plus de 4,89 millions d'interventions en 2025, soit 87% de leur activité.

Une mission parlementaire mandatée en urgence après les mégafeux de cet été dans le Sud-Ouest, quatre ans après ceux de 2022, a remis lundi ses conclusions au Premier ministre. Son "rapport est vide : encore une fois des constats, des bonnes intentions plus que des mesures", a commenté Xavier Boy du syndicat FA SPP-PATS.

Le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé 200 millions d’euros fléchés vers les services départementaux, principaux financeurs, mais "ça ne sera pas suffisant", estime-t-il.