Perquisition au Parlement européen dans le scandale de corruption présumée avec le Qatar
information fournie par Reuters 12/12/2022 à 19:49

 (Actualisé avec déclarations de Roberta Metsola, parquet,
précisions)
    par Philip Blenkinsop et Charlotte Van Campenhout
       BRUXELLES, 12 décembre (Reuters) - 
    De nouvelles perquisitions ont eu lieu lundi au Parlement
européen à Bruxelles, secoué depuis vendredi par des soupçons de
corruption pesant notamment contre une vice-présidente de
l'institution en lien avec le Qatar.
  
        La Grèce a pour sa part annoncé le gel des avoirs d'Eva
Kaili, l'un des 14 vice-présidents du Parlement européen et
principale suspecte de l'enquête ouverte en Belgique pour
"corruption, blanchiment et organisation criminelle". Le parti
socialiste grec, le Pasok, l'a exclue de ses rangs.
  
        Dans un communiqué, le parquet fédéral belge a précisé
que les perquisitions de lundi avaient permis de saisir les
données informatiques de dix collaborateurs parlementaires.
  
        Depuis vendredi, 20 perquisitions ont été conduites qui
ont permis de saisir 600.000 euros au domicile de l’un des
suspects, plusieurs centaines de milliers d’euros dans une
valise saisie dans une chambre d’un hôtel bruxellois et 150.000
euros environ dans un appartement appartenant à un député
européen, dit le parquet.
  
        Six suspects ont été interpellés depuis vendredi, a
poursuivi le parquet belge, sans les nommer. Quatre, dont un
parlementaire européen, ont été écroués dimanche et
comparaîtront mercredi devant la chambre du conseil, organe
judiciaire en Belgique chargé de se prononcer sur le maintien ou
la levée d'un mandat d'arrêt.
  
    Exprimant sa "fureur, (sa) colère, (sa) peine", Roberta
Metsola, la présidente du Parlement européen, a annoncé devant
les eurodéputés réunis à Strasbourg avoir relevé de ses
fonctions "la vice-présidente mentionnée" et convoqué une
réunion extraordinaire de la conférence des présidents de groupe
afin de lancer une procédure pour mettre un terme définitif à
son mandat.
        Roberta Metsola a aussi reporté le vote prévu cette
semaine sur un élargissement du programme européen d'exemption
de visa au Qatar, au Koweït, à Oman et à l'Equateur.
  
        LA DÉMOCRATIE EST ATTAQUÉE, DIT METSOLA
  
        "La démocratie européenne est attaquée", a dit la
présidente du Parlement européen, mettant en cause des "pays
tiers autocratiques" soupçonnés d'avoir corrompu des ONG, des
syndicats, des eurodéputés et des collaborateurs parlementaires,
pour lesquels il n'y aura "aucune impunité".
  
        "Et nos sociétés ouvertes, libres, démocratiques sont
attaquées", a-t-elle ajouté, assurant que le Parlement européen
coopérait déjà avec toutes les autorités compétentes pour
"briser ce réseau criminel présumé".
  
        La justice belge soupçonne depuis des mois un pays du
Golfe de tenter d'influencer les décisions prises à Bruxelles.
Selon une source, il s'agirait du Qatar, qui accueille
actuellement la Coupe du monde de football.
  
        Un responsable qatari a démenti ces allégations.
  
        Outre Eva Kaili, les trois autres personnes écrouées,
selon une source au fait du dossier, sont toutes de nationalité
italienne : l'ancien eurodéputé Pier Antonio Panzeri; le
compagnon d'Eva Kaili, Francesco Giorgi, assistant
parlementaire; et le secrétaire général d'une ONG de défense des
droits humains, Niccolo Figa-Talamanca.
  
        Un autre Italien, le secrétaire général de la
Confédération syndicale internationale, Luca Visentini, a été
relâché sous conditions, ce qui signifie qu'il reste soupçonné,
a dit cette source.
  
        Les appels et courriels de Reuters à leur attention sont
restés sans réponse.
  
        La Belgique a aussi émis des mandats d'arrêt visant la
femme et la fille de Pier Antonio Panzeri en Italie, montrent
des documents vus par Reuters.
  
        LES MINISTRES EUROPÉENS CONSTERNÉS
  
        Selon ces documents, Pier Antonio Panzeri est soupçonné
d'avoir reçu de l'argent du Qatar et du Maroc pour tenter
d'influencer des personnes travaillant au Parlement européen et
sa femme Maria Colleoni et sa fille adulte Silvia étaient au
courant de ces activités.
  
        Toujours selon ces documents, ces suspects ont aussi
transporté des cadeaux et Pier Antonio Panzeri et sa femme
utilisaient en outre une carte de crédit appartenant à une
personne qu'ils appelaient "le géant" et qui n'a pas été
identifiée.
  
        Nicola Colli, avocat de la famille Panzeri, a déclaré
que la femme et la fille avaient été assignées à domicile et que
la justice italienne se prononcerait la semaine prochaine sur
leur éventuelle extradition en Belgique.
  
        Le gouvernement marocain n'a pas répondu dans l'immédiat
à une demande de commentaire.
  
        Les ministres des Affaires étrangères de l'Union
européenne ont exprimé lundi leur consternation face à ce
scandale de corruption présumée.
    "La nouvelle est certainement très inquiétante", a déclaré à
la presse Josep Borrell, le chef de la diplomatie européenne.
    L'Allemande Annalena Baerbock a dit pour sa part que la
"pleine force de la loi" devait primer dans cette affaire. "Il
en va de la crédibilité de l'Europe et cela doit avoir des
conséquences dans différents domaines".    
    La présidente de la Commission européenne a tenu un discours
identique.
        "C'est une question de confiance du peuple dans nos
institutions", a dit Ursula von der Leyen, en faisant part de sa
"plus haute préoccupation".
  
    "C'est absolument inacceptable, toute forme de corruption",
a déclaré le ministre tchèque des Affaires étrangères, Jan
Lipavsky, avant une réunion avec ses homologues à Bruxelles
destinée à décider de nouvelles sanctions contre l'Iran et la
Russie.
    "Le Qatar est un partenaire important dans le domaine de
l'énergie", a-t-il souligné, tout en ajoutant que la relation
entre l'UE et Doha "doit être construite sur un ensemble de
politiques incluant les droits de l'homme et les droits du
travail."  
 (Reportage Phil Blenkinsop à Bruxelles, Charlotte Van
Campenhout à Amsterdam, Lefteris Papadimas à Athènes, Emilio
Parodi à Milan, avec Sudip Kar-Gupta, Bart Meijer,  Angeliki
Koutantou et Ahmed El Jechtimi, rédigé par Ingrid Melander et
Philip Blenkinsop, version française Laetitia Volga, Kate
Entringer et Bertrand Boucey)