Perpignan : début du procès de trois hommes pour un incendie ayant fait huit morts information fournie par AFP 01/10/2026 à 22:29
Un épicier, son frère et un exécutant ont comparu jeudi devant la cour d'assises des Pyrénées-Orientales pour leur implication dans un incendie qui a fait huit morts, dont cinq personnes d'une même famille, en février 2022, avec l'objectif présumé d'encaisser une prime d'assurance.
L'incendie s'est déclaré dans la nuit du 13 au 14 février 2022, dans une épicerie du centre de Saint-Laurent-de-la-Salanque, bourg de 10.000 habitants proche du littoral méditerranéen, avant de se propager rapidement aux habitations des numéros 9 et 11 de la rue Arago.
La famille résidant au-dessus du commerce a survécu, mais dans le bâtiment voisin, de jeunes parents de 20 ans ont péri avec leurs deux enfants de 4 et 18 mois, ainsi que le père de la jeune femme, tout comme trois personnes résidant dans d'autres appartements du petit immeuble.
Les enquêteurs de la section de recherche de Montpellier ont écarté l'hypothèse d'un incendie accidentel, des expertises ayant permis d'établir que de l'essence a été aspergée dans l'épicerie.
Une bonne partie de la journée de jeudi, premier jour de ce procès qui se tient jusqu'au 16 octobre à Perpignan et pour lequel 55 personnes se sont portées parties civiles, a été consacrée à la lecture par la présidente de la cour d'assises de son rapport sur les faits.
Un commanditaire
Madjid Mekhelfi, un Algérien de 32 ans en situation irrégulière, retrouvé grièvement brûlé à proximité et sur les vêtements duquel des traces d'essence seront plus tard détectées, était devenu le principal suspect.
Placé en garde à vue deux mois après le drame, il reconnaît avoir déclenché l'incendie, mais assure que c'est le gérant, Khaled Ben Abdeljelil, qui le lui a demandé afin d'obtenir une indemnisation de son assurance, en échange d'un futur emploi et d'un coup de main pour obtenir ses papiers.
Khaled Ben Abdeljelil, 46 ans, et son frère Raouf, 44 ans, ressortissants tunisiens arrivés en France dans les années 2010, contestent toute implication et minimisent leurs liens avec Madjid Mekhelfi, en dépit de témoignages attestant que ce dernier était hébergé chez le cadet et donnait parfois un coup de main à l'épicerie.
55 parties civiles
Une hypothèse confortée par une récente remise à neuf du dispositif anti-incendie de l'épicerie, et surtout par une modification du contrat d'assurance, cinq jours avant le drame, qui avait fait grimper le montant des indemnités en cas de sinistre.
L'un des avocats de Khaled Ben Abdeljelil, Paul Gallix, a qualifié jeudi cette hypothèse de "cliché terrible" et de "caricature". "Il y a un contexte, mais un contexte ne fait pas une culpabilité", a-t-il déclaré en marge de l'audience.
"Nous avons beaucoup de questions à poser au directeur d'enquête, aux témoins pour essayer de faire la lumière sur tous les éléments. On veut être sûr (...) qu'on ne va pas trop vite en besogne. Il y a des éléments à décharge dans le dossier qui vont devoir être examinés", a-t-il encore affirmé.
Auditionné jeudi, l'expert psychiatre Philippe Darbourg a estimé de son côté que M. Mekhelfi était "facilement influençable", mais qu'il ne présentait "pas de pathologie particulière ni de trouble psychique".