Pédocriminalité dans l'Église: sur le départ, la responsable des réparations dit sa préoccupation information fournie par AFP 14/04/2026 à 11:26
"Je suis témoin de quelque chose qui me préoccupe": sur le départ, la responsable de l'Inirr, instance de réparation pour les victimes de pédocriminalité dans l’Église, dit mardi à La Vie son inquiétude sur l'évolution du dispositif.
"Les premières pistes présentées par la CEF (Conférence des évêques de France) ébranlent les fondements et les convictions qui m'animent", affirme Marie Derain de Vaucresson, présidente de l'Instance nationale indépendante de réparation créée en 2021, et qui arrivera à son terme le 31 août.
Car les évêques ont choisi pour lui succéder une "réintégration du dispositif au sein de l’institution ecclésiale", ce qui selon elle "redéfinit profondément l’esprit du dispositif, donc son équilibre".
Dans le nouveau dispositif, présenté fin mars et vivement critiqué par les collectifs, les victimes saisiront des cellules d'écoute dans les diocèses, qui les orienteront ensuite, pour les démarches restauratives, vers un réseau local d'accompagnants constitués en organisme national indépendant.
Pour Mme Derain ce modèle "s’éloigne dangereusement des principes qui ont fait la pertinence de l’Inirr".
D'abord parce que "la clé de voûte, c’est l’indépendance": les victimes "doivent pouvoir s'adresser à un tiers, extérieur, et non à l’institution" à l'origine de leurs souffrances. Réintégrer le dispositif dans les diocèses "revient à effacer cette distance", affirme-t-elle.
Mme Derain estime aussi que certaines cellules d'écoute ont été "parfaitement au rendez-vous" mais que "ce n’est pas du tout généralisé".
Quant à l'argent donné en réparation, qui devra être demandé explicitement par la victime au terme de son parcours, il ne s'agit pas "d’un acte de charité ou d’aide" mais d'une "reconnaissance, qui ouvre un chemin de réhabilitation", selon elle.
La responsable de l'Inirr rejoint aussi les victimes dans leur critique du nom "Renaître" choisi pour le dispositif, déplorant une "dimension spiritualisante" qui "replace dans l’institution et empêche la distance".
À l'approche de la fin de son mandat, le 31 août, elle estime que "nous n’avons pas été suffisamment compris ou entendus".
Mais elle propose que des personnes pilotant le futur dispositif "puissent profiter des quelques mois qui nous restent pour venir en immersion à l’Inirr".
Car "il y a des filets de sécurité à poser, des lignes à ne pas franchir, et une responsabilité collective à assumer", ajoute-t-elle.
Toutes les victimes qui s'adresseront à l'Inirr d'ici là seront accompagnées "dans les mêmes conditions que leurs prédécesseurs", assure-t-elle.