Pas-de-Calais: un conducteur de TGV tué dans un accident, un chauffeur routier en garde à vue information fournie par AFP 07/04/2026 à 14:14
Un chauffeur routier a été placé en garde à vue après une collision entre son poids lourd et un TGV mardi sur un passage à niveau dans le Pas-de-Calais, qui a coûté la vie au conducteur du train et blessé une quinzaine de personnes.
Une enquête a été ouverte du chef d'homicide routier: le chauffeur, un Polonais de 30 ans, est en garde à vue pour "homicide involontaire aggravé par la mise en danger délibérée d'une obligation de sécurité", selon le procureur de la République de Béthune Etienne Thieffry.
Le camion impliqué dans l'accident était "un convoi exceptionnel privé" transportant "un pont mobile des armées", a précisé sur place le préfet du Pas-de-Calais, François-Xavier Lauch.
L'engin avait été utilisé en exercice en Belgique, et le poids lourd devait le ramener à Angers au 6e régiment du génie, selon l'Armée de terre.
Le chauffeur du camion est un civil, a précisé le procureur de Béthune, sans pouvoir dire dans l'immédiat s'il avait forcé ou non le passage à niveau: "L'enquête vient de débuter" et elle va "prendre du temps".
Le choc s'est produit à 06H48 du matin. Le TGV, qui reliait Dunkerque à Paris avec 246 passagers à bord, a percuté le poids lourd sur un passage à niveau dans la commune de Bully-les-Mines, entre Béthune et Lens, à une vitesse estimée de 160 km/h, selon le préfet.
Le passage à niveau "était en état de fonctionnement normal", a déclaré sur place le PDG de la SNCF Jean-Castex.
- "Gros boum" -
"J'étais en train de me réveiller, j'ai entendu un gros boum", a rapporté un témoin, Pierre-François Dhoossche, 22 ans. "J'ai directement été sur les lieux et j'ai vu le chauffeur du poids lourd (...) un peu choqué", raconte-t-il, expliquant que "la cabine était légèrement après le passage à niveau", tandis que l'arrière de la remorque a été visiblement heurté par le train.
Le pont mobile, engin militaire de plusieurs dizaines de tonnes, a été propulsé sous le choc à une dizaine de mètres, près d'un jardin de riverains.
M. Castex a rendu hommage au conducteur du train, "un professionnel très chevronné", âgé de 56 ans et a adressé ses pensées à sa famille et à "l'ensemble de la communauté cheminote".
Au-delà de cette victime, morte sur le coup selon M. Thieffry, deux blessés ont été hospitalisées en "urgence absolue" mais leurs jours "ne sont pas en danger", a assuré le préfet du Pas-de-Calais. Il y a 14 autres blessés en urgence relative, selon un nouveau point de situation de la préfecture à 13H15.
"Heureusement qu'à cet endroit, le TGV ne roule pas à sa vitesse maximale, il est à 130-140 km heure" car "il y a un virage juste avant" a souligné Laurent Poissant, maire de Mazingarbe, commune limitrophe des lieux de l'accident.
Secouristes et équipes techniques étaient déployés en nombre autour du lieu de l'accident, ont constaté des journalistes de l'AFP, qui ont vu l'avant du train nettement enfoncé.
Le train a fait plusieurs centaines de mètres avant de s'arrêter en pleine voie, a précisé M. Lauch.
Le ministre des Transports, Philippe Tabarot, est attendu sur place à partir de 13H45.
- Trafic suspendu plusieurs jours -
Dans un communiqué, la fédération CGT des cheminots a réclamé des "mesures d'accompagnement des collègues directement touchés par ce drame", appelant à ce que "toute la lumière soit faite sur les circonstances de ce drame".
Le trafic ferroviaire sera totalement interrompu sur cette voie pendant "au moins une semaine", a déclaré M. Castex.
Sur les axes Lille-Béthune, Lille-Lens et Lille-Douai, les TER empruntent un autre itinéraire avec un allongement du temps de parcours de 40 minutes à prévoir selon le compte X de la SNCF Hauts-de-France.
En 2024, 89 accidents impliquant un passage à niveau, dont 20 mortels, ont été recensés en France, d'après SNCF Réseau. La France compte environ 15.000 passages à niveau, selon cette même source.
Le 25 mars, un TER avait percuté un poids lourd à hauteur d'un passage à niveau à Saint-Raphaël (Var) provoquant la mort du conducteur du camion, âgé de 60 ans.
Et en mars 2025, deux militaires sont morts après avoir été percutés dans leur véhicule par un TER sur un passage à niveau près d'Arras.