Pas-de-Calais: au procès de Jérôme P., le portrait d'une famille polygame et violente par "coutume" information fournie par AFP 08/06/2026 à 14:40
"Une secte": au procès de Jérôme P., jugé devant la cour criminelle du Pas-de-Calais pour viols et violences sur fond d'emprise, la cour a dressé lundi le portrait d'une famille coutumière de la polygamie et des violences.
Cette famille, "ce sont des personnes qui sont violentes, très impressionnantes, qui manipulent. C'est pour moi une secte", commence à la barre Christelle L., ex-compagne de Joël P, frère aîné de Jérôme P.
Cheveux grisonnants et lunettes de vue sur le nez, Jérôme P., 45 ans, est jugé jusqu'à jeudi à Saint-Omer pour viols sur l'une de ses compagnes et pour violences intrafamiliales. Il encourt vingt ans de réclusion criminelle.
Entendue comme témoin, Christelle L. s'est séparée en 2018 de Joël P., 49 ans, aujourd'hui en détention provisoire pour viols, prostitution et violences.
Elle souligne qu'une autre femme vivait avec eux. "Donc pendant une certaine période, il a eu deux femmes?", demande la présidente. "Pendant 18 ans", répond la témoin.
"C'est la coutume d'avoir plusieurs femmes" chez les hommes de cette famille marquée par "beaucoup de violences", ajoute-t-elle.
Elle assure avoir vu Jérôme P. frapper, à coups de poing et de pied, Jennifer C., l'ex-compagne qui a déposé plainte contre lui en novembre 2022.
"On ne dit pas non aux P.", assure à sa suite une autre témoin, ex-femme d'un autre frère de l'accusé. La polygamie, "c'était secret d'Etat", ajoute-t-elle, disant avoir été informée par son mari du fait que Jérôme P. avait plusieurs compagnes.
"Vu de l'extérieur, le fonctionnement de mon domicile pouvait paraître un peu bizarre", mais "je refuse de reconnaître les violences", a déclaré à l'ouverture de son procès l'accusé, chauffeur routier de profession, qui vivait du RSA au moment de sa mise en examen.
Femmes "en détresse"
Lors de son dépôt de plainte, Jennifer C. avait décrit aux gendarmes l'emprise, la surveillance constante, les viols et les coups portés par son conjoint, avec qui elle a eu trois enfants.
Depuis le début des années 2000, le couple partageait son foyer avec deux autres femmes, également compagnes de l'accusé d'après plusieurs proches.
Entendue comme témoin, la mère de l'accusé a nié qu'il ait été en couple simultanément avec plusieurs femmes. Selon elle, Jérôme P. est venu en aide à "des femmes en détresse".
Elle assure notamment qu'il a proposé d'héberger l'une d'elles, Aurélia D., après qu'elle avait été "mise à la porte" de chez sa mère.
Ces deux femmes ont continué au cours de l'instruction à soutenir Jérôme P. Des expertises psychologiques citées lundi par la présidente de la cour ont souligné leur "situation d'emprise relationnelle" et leur "dépendance".
L'enquêtrice de personnalité, qui n'a rencontré, à l'exception d'un ancien employeur, que des membres de la famille de Jérôme P., dit n'avoir "jamais" entendu quelqu'un dire du mal de l'accusé. Elle dit que le foyer lui a été présenté comme une large "colocation".
"Harem"
"Les témoignages sont unanimes: M. Pécourt est un fils parfait, un frère parfait et un père parfait", ironise la présidente à l'écoute de cette enquêtrice.
Selon des membres du foyer et de l'entourage, les trois compagnes de Jérôme P. étaient privées de vie sociale, n'avaient que rarement le droit de travailler et n'avaient pas accès librement à leurs cartes bancaires.
"Il avait un harem. Il est le chef, il est soit dans son lit, soit dans son fauteuil", a dit à l'AFP l'avocate de la plaignante, Me Fabienne Roy-Nansion.
Dans la maison, des caméras de surveillance étaient placées dans plusieurs pièces et à l'extérieur, un logiciel de géolocalisation permettait de tracer les téléphones.
"Il dort de 7 heures à 15 heures, et quand il se lève à 15 heures, il regarde ce qu'ont fait les unes et les autres", ajoute l'avocate. "Quand quelque chose ne lui plaît pas, il frappe".
La fille aînée de la plaignante et la fille que l'accusé aurait eue avec une autre compagne, toutes deux nées au début des années 2000, vont dans le sens des accusations portées par Jennifer C.
Un autre frère de Jérôme P. s'est suicidé en 2024 alors qu'il était placé en détention provisoire, mis en examen pour viols incestueux et viols sur conjoint.