Pas d'avancée notable entre Edouard Geffray et les organisations lycéennes
information fournie par AFP 15/10/2026 à 21:01

Le ministre de l'Education nationale Edouard Geffray (c) visite le lycéen Les Iris, saccagé le 8 octobre 2026, à Lormont, le 15 octobre 2026 près de Bordeaux, en Gironde ( AFP / Christophe ARCHAMBAULT )

Le ministre de l'Éducation nationale Edouard Geffray et les organisations lycéennes n'ont pas fait d'avancée notable jeudi, pour leur troisième échange depuis le début du mouvement, alors que les blocages d'établissements et les manifestations ont continué contre les problèmes de bâti scolaire, Parcoursup et les emplois du temps.

La réunion entre M. Geffray et les organisations lycéennes, en visioconférence, a même semblé figer les positions, alors que les vacances scolaires débutent vendredi.

"Nous avons quitté la réunion (au bout d'une heure, ndlr) parce que nous n'étions pas écoutés et on nous annonce une nouvelle réunion lundi à laquelle nous ne nous rendrons pas, tout simplement parce que ça ne sert à rien (...) la mobilisation va aussi continuer pendant les vacances et à la rentrée aussi", a expliqué Marius Mesnil, co-secrétaire général de l'Union syndicale lycéenne.

L'USL a également annoncé vouloir désormais échanger directement avec Matignon, plutôt que le ministère de l'Education.

Le ministre de l'Education nationale Edouard Geffray (c), aux côtés de la préfète de Gironde Sophie Brocas (c,g), rencontre des lycéens lors d'une visite au lycée des Graves, le 15 octobre 2026 à Gradignan, près de Bordeaux ( AFP / Christophe ARCHAMBAULT )

Même son de cloche pour le syndicat Les Lycéens!, qui, comme l'USL, a de nouveau appelé les lycéens à manifester aux côtés des divers mécontents (gilets jaunes, agriculteurs) le samedi 17 octobre.

"On ne s'attendait à rien, et on est quand même déçus", a lâché Louis Letoublon, vice-président de Les Lycéens!. "On va maintenant s'adresser à Matignon au Premier ministre qui a fait un certain nombre d'annonces sur d'autres sujets importants", a-t-il ajouté.

Nathanaël Combary, président de Renouveau lycéen et adhérent du parti Renaissance, souhaite lui "deux avancées très claires: des Etats généraux pour la refonte complète de Parcoursup, et un plan national pour le bâti scolaire".

De son côté, Edouard Geffray a mis en avant les actions menées, avec notamment les 3.000 professeurs remplaçants annoncés à l'issue de la précédente réunion avec les syndicats, qui permettent ce jeudi soir de ne plus comptabiliser que "41 établissements" en grande difficultés, contre 114 jeudi dernier.

Concernant Parcoursup, des mesures concrètes "seront communiquées d'ici fin octobre", a rappelé M. Geffray.

Dans la matinée, le ministre s'était rendu au lycée Les Iris à Lormont, près de Bordeaux, en partie saccagé le 8 octobre, avec des dégâts estimés par la région à au moins 250.000 euros.

"Les gens qui font ça (...), c'est des criminels. Tenez bon !", a lancé le ministre, avant de remercier les personnels qui ont "sauvé des jeunes", mais "aussi des adultes".

Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a dénoncé la transformation du "mouvement lycéen" en "un mouvement de violences urbaines", qui fait "injure d'ailleurs aux lycéens" qui ont voulu témoigner de leur "angoisse" et "mécontentement", ou "demander des choses".

"profs à bout"

Jeudi, la mobilisation s'est poursuivie un peu partout, alors que les syndicats étudiants ont appelé à se joindre à la journée de mobilisation programmée samedi 17 octobre.

Manifestation de lycéens à Bordeaux, le 15 octobre 2026 en Gironde ( AFP / Christophe ARCHAMBAULT )

Des manifestations spontanées, réunissant plusieurs centaines de personnes, ont démarré en début d'après-midi, à Bordeaux, Lille et à Aubervilliers notamment.

Les personnels du lycée Paul-Eluard de Saint-Denis, un des épicentres du mouvement lycéen, ont dénoncé une intervention "violente" de policiers en civil dans l'enceinte de l'établissement pour y interpeller un élève.

"Il y a un cadre légal", a réagi Edouard Geffray. "On assiste à des violences extrêmement fortes, notamment contre les chefs d'établissement. (...) Il y a une institution judiciaire à laquelle il appartient de faire de discerner le vrai du faux".

Des élèves et des enseignants du lycée Paul-Éluard manifestent devant le commissariat de Saint-Denis pour dénoncer une intervention "violente" de policiers en civil dans l'enceinte de l'établissement, le 15 octobre 2026 en Seine-Saint-Denis ( AFP / Dimitar DILKOFF )

"Nos profs sont à bout", a témoigné auprès de l'AFP une élève de l'ENS Lyon, qui souhaite rester anonyme. "Ils sont super pessimistes et en sont à nous demander de faire des temps de réflexion entre nous pour y voir plus clair sur la manière de faire cours. (...) ils ne savent pas gérer la situation ni à court ni à long terme".

Au niveau national, les proviseurs étaient appelés par leur principal syndicat à une "opération rideaux" jeudi après-midi, consistant à ne gérer que les urgences, pour signifier leur "ras-le-bol".

gilets jaunes

Parti d'un établissement de banlieue parisienne le 17 septembre, le mouvement des lycéens s'est propagé en France, soutenu par des organisations étudiantes et syndicales.

Des CRS près de poubelles en feu, lors d’une manifestation de lycéens devant le lycée Déodat à Toulouse, le 15 octobre 2026 en Haute-Garonneevances. ( AFP / Ed JONES )

Concernant les facs, le ministre de l'Enseignement supérieur Philippe Baptiste, a évoqué jeudi "une quinzaine" d'interventions des forces de l'ordre dans les universités jusqu'à présent.

Depuis le début de la contestation, "près de 900" policiers et gendarmes ont été blessés selon le ministère de l'Intérieur, tout comme plus de 200 lycéens et près de 150 personnels de l'Éducation. Trente-six enquêtes ont été ouvertes par la police des polices dont quatre concernent des "blessures mutilantes" et six des "blessures significatives".

Le gouvernement table sur les vacances scolaires pour provoquer son essoufflement dans les 3.700 lycées du pays, mais des organisations de jeunesse appellent à rejoindre la mobilisation samedi avec des gilets jaunes contre la vie chère.