Paris ouvre un canal de discussion avec les talibans pour expulser des Afghans
information fournie par AFP 07/10/2026 à 19:07

La France a entamé des discussions avec les talibans pour "faciliter" l'expulsion vers l'Afghanistan de ressortissants afghans en situation irrégulière ( AFP / STEPHANE DE SAKUTIN )

La France a engagé des discussions "techniques" avec les talibans afin de faciliter le renvoi en Afghanistan de ressortissants afghans en situation irrégulière présentant une "menace" à la sécurité des Français, a appris mardi l'AFP d'une source diplomatique et d'une source informée du dossier.

"A l'instar d'autres pays européens, un dialogue technique a été initié avec les talibans afin de faciliter l'éloignement direct vers l'Afghanistan de ressortissants afghans en situation irrégulière représentant une menace à l'ordre public", a déclaré la source diplomatique, qui a requis l'anonymat en raison de la sensibilité du sujet.

Elle a souligné que ces discussions "ne remet(tent) pas en question" la position française sur l'Afghanistan.

La France n'entretient plus de relations diplomatiques avec les talibans depuis leur retour au pouvoir en août 2021, et son ambassade à Kaboul demeure fermée.

Mais aux côtés de l'Allemagne, de la Belgique ou encore de la Suède, elle fait partie d'une vingtaine de pays de l'Union européenne favorables à une accélération des renvois d'Afghans en situation irrégulière, notamment ceux condamnés pour leur participation à des trafics ou à des violences contre les personnes.

Les autorités talibanes, qui ne sont pas reconnues officiellement par l'Union européenne, cherchent de leur côté à renforcer leur présence internationale.

Le 31 août, Berlin avait ainsi annoncé avoir autorisé l'entrée sur son territoire de représentants du gouvernement taliban pour traiter exclusivement de questions "techniques" liées aux expulsions d'Afghans vers leur pays d'origine.

Le ministère allemand des Affaires étrangères avait alors pris soin de préciser que ces représentants, soumis à un contrôle de sécurité, n'étaient "pas des diplomates accrédités en Allemagne". En clair, cette ouverture ne constituait pas une normalisation des relations diplomatiques.

Des représentants en France ?

Interrogé par l'AFP sur l'éventuelle venue en France de représentants talibans afin de faciliter les procédures d'expulsion, le ministère français des Affaires étrangères n'a pas répondu.

La source diplomatique n'a, elle, pas souhaité préciser le nombre d'Afghans susceptibles d'être concernés.

Une source proche du dossier évoque toutefois un volume important, "des centaines" de personnes potentiellement visées par ces mesures.

"Les modalités concrètes sont en cours d'étude", a par ailleurs indiqué la source diplomatique.

En juin, une réunion à Bruxelles entre responsables européens et représentants talibans avait suscité de vives critiques d'organisations de défense des droits humains et d'élus de gauche au Parlement européen. Ceux-ci dénonçaient tout contact avec un régime qui a imposé, depuis son retour au pouvoir, une interprétation rigoriste de la loi islamique et privé les femmes et les filles de droits fondamentaux.

Les Afghanes sont exclues de nombreux emplois ainsi que de la plupart des lieux publics, tandis que l'accès à l'enseignement est interdit aux filles au-delà de 12 ans.

Selon l'Unesco, quelque 2,4 millions de jeunes Afghanes sont aujourd'hui privées d'enseignement secondaire.

Parallèlement à ces démarches visant les Afghans sous le coup d'une obligation de quitter le territoire français (OQTF), Paris affirme maintenir son soutien à la population afghane, en particulier aux femmes.

La France continue d'acheminer une aide humanitaire via les ONG et les agences des Nations unies présentes sur le terrain. Elle accueille également des Afghanes et Afghans menacés dans leur pays au titre du droit d'asile.

"Depuis 2015, la France est devenue l'un des principaux pays d'accueil des réfugiés afghans, dans le sillage de la crise syrienne, des politiques de fermeture au nord de l'Europe et de l'effondrement du régime afghan", relevait en juin 2025 Didier Leschi, directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii).

"Avec plus de 100.000 Afghans présents en 2024, cette migration s'est imposée comme un phénomène massif, récent, inattendu par son ampleur", ajoutait-il.

L'Allemagne compte pour sa part environ 450.000 ressortissants afghans sur son territoire, selon sa diplomatie.