Ouverture du procès de l'Iranienne qui pourrait être échangée contre les Français Kohler et Paris
information fournie par AFP 13/01/2026 à 09:49

Des portraits de l'Iranienne Mahdieh Esfandiari, arrêtée en France en février 2025, lors d'un rassemblement réclamant sa libération, devant l'ambassade de France à Téhéran, le 21 octobre 2025 ( AFP / ATTA KENARE )

Le procès pour apologie du terrorisme de l'Iranienne Mahdieh Esfandiari, possible monnaie d'échange avec Téhéran contre les Français Cécile Kohler et Jacques Paris, s'ouvre ce mardi au tribunal correctionnel de Paris, pour quatre jours.

Cette affaire devrait être scrutée de près: les autorités iraniennes souhaitent échanger Mahdieh Esfandiari, arrêtée en France en février 2025, contre Cécile Kohler, 41 ans, et Jacques Paris, 72 ans, qui avaient été incarcérés en Iran en mai 2022 avant d'être condamnés respectivement à 20 et 17 ans de prison notamment pour espionnage pour Israël puis libérés début novembre 2025 avec l'interdiction toutefois de quitter le pays.

Ils restent bloqués à l'ambassade de France à Téhéran. Mahdieh Esfandiari a pour sa part obtenu fin octobre, après huit mois de détention provisoire, sa libération sous contrôle judiciaire, avec interdiction de quitter le territoire français.

"Cet échange entre nous et la France a été négocié. Il y a eu un accord et en effet, nous attendons que toute la procédure juridique et judiciaire se fasse dans les deux pays", avait déclaré fin novembre le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, à France 24.

Des membres des forces de sécurité iraniennes montent la garde devant l'ambassade de France à Téhéran, le 21 octobre 2025, lors d'une manifestation de soutien à l'Iranienne Mahdieh Esfandiari, arrêtée en France ( AFP / ATTA KENARE )

"Une procédure judiciaire est en cours qu'il ne nous appartient pas de commenter", a de son côté déclaré une source diplomatique française.

Interrogée par l'AFP, la diplomatie française s'est refusée à tout commentaire sur l'impact potentiel sur leur libération du mouvement de protestation qui secoue l'Iran depuis des jours, et dont la répression a fait des centaines de morts.

- Cinq prévenus, dont Alain Soral -

L'Iranienne de 39 ans sera jugée avec quatre autres personnes, dont l'essayiste d'extrême droite multicondamné Alain Soral.

L'essayiste d'extrême droite Alain Soral, le 27 septembre 2023 à Lausanne, en Suisse ( AFP / FABRICE COFFRINI )

Résident en Suisse, il est visé par un mandat d'amener, faute d'avoir répondu à sa convocation devant le juge d'instruction.

Mme Esfandiari comparaîtra pour apologie d'un acte de terrorisme commis en ligne, provocation directe en ligne à un acte de terrorisme (des délits passibles de sept ans d'emprisonnement et 100.000 euros d'amende), injure publique en ligne en raison de l'origine, ethnie, nation, race ou religion et association de malfaiteurs. Elle conteste les accusations.

"Nous abordons très sereinement ce procès qui va permettre à ma cliente de préciser ses propos", a commenté son avocat, Me Nabil Boudi, pour qui il "apparaît prématuré à ce stade d'évoquer un échange tant qu'il y a l'incertitude du volet judiciaire".

Les faits qui lui sont reprochés ont été commis à Paris et à Lyon de courant 2023 jusqu'au 3 décembre 2024, notamment sur les plateformes Telegram et X, Twitch et YouTube et le site Egalité et réconciliation d'Alain Soral.

Le 30 octobre 2023, le parquet de Paris avait reçu un signalement du ministre de l'Intérieur sur un compte Telegram @Axe_de_la_Résistance, faisant l'apologie de l'attaque sanglante menée par le mouvement islamiste palestinien Hamas le 7 octobre 2023 en Israël, incitant à des actes de terrorisme et injuriant la communauté juive.

Après plusieurs mois d'enquête, des juges d'instruction avaient été saisis en novembre 2024.

Selon leur ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel, Mahdieh Esfandiari a occupé une "place centrale dans l'organisation Axe de la Résistance" et "a secondé" Maurizio Buisson, un ancien étudiant de l'université Al-Mustafa de Qom en Iran qui en était le principal organisateur. Il sera lui aussi jugé.

Lors d'une perquisition au domicile de l'Iranienne, ont été retrouvés des livres édités par le régime iranien et plus de 2.000 euros en liquide.

Arrivée en France en 2018, elle y a créé une entreprise de traduction et interprétariat et avait pour projet en 2025 de rentrer dans son pays.

Parmi les nombreux propos qui lui sont reprochés: avoir publié la phrase "Une attaque qui fait le bonheur de milliards de gens dans le monde..." en référence aux massacres du 7-Octobre; avoir remercié "ceux qui ont soutenu la Résistance (...) Et à leur tête la République islamique d'#Iran" ou un an plus tard avoir célébré notamment avec des émoticônes l'anniversaire de l'attaque perpétrée par le Hamas.

Le tribunal pourrait rendre sa décision dans la foulée du procès ou la mettre en délibéré à plusieurs semaines.