Otan, Ukraine, relation transatlantique... : la Lituanie déplore ces pays européens qui ne prennent pas la défense "au sérieux"
information fournie par Boursorama avec Media Services 15/05/2026 à 10:44

Vilnius a visé le sud de l'Europe, sans nommer de pays en particulier.

Kestutis Budrys à Vilnius, en Lituanie, le 14 mai 2026. ( AFP / PETRAS MALUKAS )

Le ministre lituanien des Affaires étrangères, Kestutis Budrys, a dénoncé jeudi 14 mai certains pays européens qui ne participent pas suffisamment au financement de l'effort de guerre ukrainien et les velléités d'autonomie par rapport aux États-Unis de certains capitales européennes.

"Je ne vois pas d'autre voie que de miser sur de solides relations transatlantiques et sur le renforcement de l'Otan , en montrant que nous sommes unis", a déclaré le ministre dans un entretien accordé à l' AFP . "Tous les pays d'Europe ne prennent pas cette responsabilité au sérieux", a-t-il regretté, en faisant référence à l'Europe du Sud, mais sans nommer de pays particuliers.

Située sur le flanc est de l'Otan, la Lituanie est un proche allié de l'Ukraine depuis le début de l'invasion russe en 2022.

L'ancienne république balte, occupée longtemps par les Soviétiques, consacre actuellement 5,4% de son PIB à la défense , au-delà de l'objectif de 5% fixé par l'Otan pour ses membres à l'horizon de 2035. "C'est la part la plus élevée au sein de l'Alliance et de l'ensemble du monde libre", a affirmé Kestutis Budrys. Au début de la semaine, le commandant suprême allié en Europe, le général américain Alexus Grynkewich, a qualifié la Lituanie de "formidable exemple à suivre" en matière de contribution à la défense.

La Lituanie s'est engagée en faveur de la défense à l'échelle européenne : elle est le deuxième pays de l'UE, après la Pologne, à avoir signé un programme d'emprunt européen SAFE allouant plus de 6,3 milliards d'euros à ses forces armées. Ce pays balte de 2,8 millions d'habitants accueille de manière permanente sur son sol une brigade de 4.800 soldats allemands.

Mais selon Kestutis Budrys, ancien haut inspecteur au département de la sécurité de l'État lituanien, même de telles mesures ne peuvent pas se substituer à l'Alliance. Les dispositions européennes en matière de sécurité constituent "un élément important, complémentaire de l'Otan, mais pas un substitut à l'Otan", a-t-il insisté. "Toutes ces autres idées qui émergent sur une Europe autonome , qui ferait tout par elle-même, viennent à ma surprise le plus souvent des capitales qui font le moins en matière de défense", a-t-il souligné.

Tout le monde doit payer sa part

"Tout le monde doit payer sa part, et aujourd'hui ce n'est pas le cas", a déclaré Kestutis Budrys, citant les pays nordiques, les Baltes, la Pologne et l'Allemagne comme exemples de pays consacrant des montants adéquats à la défense. "Plus on descend vers le sud, moins les finances sont destinés à l'Ukraine", a-t-il ajouté, en soulignant que "le financement européen sous forme de prêt de soutien de 90 milliards... n'est pas suffisant".

Personnalité politique indépendante, très investi sur les questions de sécurité, Kestutis Budrys a fait de l'Otan et du maintien de bonnes relations avec Washington ses grandes priorités, depuis le début de son mandat en 2024. "La leçon de la guerre froide, c'est que nous savons dissuader. Les Soviétiques ont été dissuadés, et la Russie peut l'être aussi, et ce n'est pas par des discussions", a-t-il estimé. "Dépensez et montrez comment vous renforcez vos capacités" , a-t-il appelé.

Limitrophe de l'enclave russe de Kaliningrad et du Bélarus qui est un proche alliée de Moscou, la Lituanie, tout comme de nombreux autres États du flanc oriental de l'OTAN, a connu des incursions de drones sur son territoire, ainsi qu'un afflux de ballons chargés de contrebande en provenance du Bélarus.

Sans bagatelliser la menace, Kestutis Budrys veut y voir une motivation supplémentaire pour œuvrer à renforcer leur défense. À l'approche du prochain sommet de l'Otan, prévu à Ankara en juillet, il insiste sur le fait que "c'est l'occasion de combler les lacunes, et peut-être aussi de montrer aux autres nations qu'il existe bien des solutions". "Nous l'avons déjà fait dans tant d'autres domaines, que ce soit la résilience économique, la résilience culturelle ou tant d'autres", a-t-il souligné.