Otan : le sommet d'Ankara, une occasion en or pour l'industrie de défense turque de se mettre en valeur information fournie par Boursorama avec Media Services 06/07/2026 à 12:58
La Turquie possède la deuxième armée de l'Otan et une industrie de défense classée au onzième rang mondial.
Alors que l'Otan se réunit les 6 et 7 juillet à Ankara, l'industrie de défense turque -3.500 entreprises- compte bien profiter pour mettre en valeur ses atouts auprès de ses alliés européens, encore réticents à ouvrir leurs portes à leur voisin asiatique.
Le président Recep Tayyip Erdogan, qui réclame "l'intégration" de son pays à l'architecture de défense européenne , vise aussi la levée des restrictions qui l'empêchent d'accéder au programme SAFE de soutien (150 milliards d'euros sous condition) aux capacités industrielles et technologiques de défense des États membres. Il est pour lui "inconcevable d'envisager la sécurité européenne sans la Turquie", avec son armée de 355.000 hommes et 378.000 réservistes, la deuxième de l'Otan.
"La Turquie a été tenue à l'écart des grands programmes et projets européens et veut changer ça. Elle va profiter du sommet pour mettre en avant ses capacités", indique à l' AFP Ozgur Unluhisarcikli, directeur du German Marshall Fund à Ankara.
L'industrie de défense turque, classée au 11e rang mondial, affichait une croissance de ses exportations de 48% en 2025 et 29% depuis le 1er janvier. Représentant 1,8% des exportations mondiales d'équipements de défense, elles ont doublé en cinq ans, selon l'institut suédois Sipri.
"Ce que nous faisions en un an, nous le faisons désormais en une semaine" , s'est réjoui le président Erdogan en énumérant les performances commerciales des drones, chars, blindés, navires de guerre, comme celui livré en juin à la Roumanie -"le premier à un pays membre de l'Otan et de l'Union européenne" pointait-il.
Une question de "fiabilité"
Ankara a créé un Fonds de soutien à ses industries de défense, alimenté par des contributions publiques et privées qui ont atteint près de 7 milliards d'euros en 2025, selon une note du cabinet Advantis Turkiye.
"Nous ne voulons plus être de simples fournisseurs, mais être reconnus comme un partenaire stratégique capables d'assurer (...) la production conjointe et la coopération technologique", a déclaré le patron du secrétariat aux Industries de défense, Haluk Görgün, au site Defence24.
Cependant, ses alliés européens se "posent la question de la fiabilité de la Turquie sur le long terme en raison de son passé avec la Russie. C'est sur ce point qu'elle doit convaincre", reprend Ozgur Unluhisarcikli, qui juge cependant que "les relations sont entrées dans une phase de détoxification".
À partir de 2015, les ingérences turques en Syrie, puis en Libye, les tensions en Méditerranée orientale avec la Grèce, ajoutées à la question de Chypre, ont rendu la défense turque infréquentable. Les alliés se sont en outre défiés d'un membre de l'Otan capable d'acquérir le système antimissile russe S-400.
Depuis, Ankara a fait la preuve de son soutien actif à Kiev dès le début de l'invasion russe en 2022, mais le S-400, bien que jamais activé, continue d'empoisonner l'atmosphère. Or la Turquie s'avère incapable de s'en débarrasser comme l'exigent les États-Unis.
"Ça fonctionne plutôt bien avec le Royaume-Uni. Mais avec les Européens, je suis plus pessimiste", avance Mustafa Aydin, président du Conseil des relations internationales de Turquie et professeur à l'Université Kadir Has d'Istanbul. "Certains membres bloquent", dit-il à l' AFP citant "la France et l'Allemagne : or ce sont les deux pays qui comptent".
Tensions avec la Grèce
"Le désaccord de la Turquie avec la Grèce et Chypre bloque toujours l'accès d'Ankara au programme SAFE, mais aussi la mauvaise volonté de la France", regrette pour sa part Sinan Ulgen.
Directeur du groupe de réflexion Edam, à Istanbul, Sinan Ulgen juge "irrationnel de ne pas ouvrir les portes à la Turquie dans un contexte géopolitique aussi difficile pour l'Europe, entre la guerre en Ukraine et un désaccord tumultueux avec les États-Unis", explique-t-il à l'AFP.
Au sein de l'UE, avec l'Espagne, la Roumanie et plus récemment la Pologne, l'Italie est la plus avancée dans sa coopération avec les Turcs : Baykar, producteur à succès de drones, a ainsi acquis l'avionneur Piaggio Aerospace et conclu un partenariat avec le spécialiste de l'aérospatial Leonardo.
Hors UE, le Royaume-Uni coopère avec Ankara sur le programme du futur avion de combat Kaan, pour lequel Ankara espère pouvoir compter sur des moteurs américains, alors que ses achats de F-35 restent bloqués par le congrès. Le président américain Donald Trump, qui a dit venir à Ankara "pour" Erdogan -"un costaud", vante-t-il- a promis des "surprises qui vont le rendre heureux".